15:05 4 février 2019

Le clan d’Eleider Alvarez est à la fine pointe des avancées scientifiques

Le clan d’Eleider Alvarez est à la fine pointe des avancées scientifiques

FRISCO, Texas — En anglais, on dit de la boxe qu’elle est «the sweet science». Le clan d’Eleider Alvarez a décidé de prendre l’expression au pied de la lettre.

Depuis plus de deux ans, Alvarez travaille avec David Tinjust, docteur en neurosciences, afin d’optimiser ses capacités cognitives.

«On travaille à augmenter ses capacités cérébrales, afin qu’il déclenche ses coups plus rapidement. Le terme anglophone, c’est speed of processing, donc on pourrait traduire par capacité de traitement cognitif», explique le diplômé de médecine de l’Université de Paris et détenteur d’un doctorat en neurosciences de l’Université de Montréal.

«C’est sensoriel, poursuit-il. C’est à dire qu’on travaille vraiment sur des réseaux de neurones. On utilise des stimulis qui peuvent être auditifs, sensoriels, visuels. Nous avons différents types de protocoles et d’appareils.»

Ex-footballeur de haut niveau dans son île de la Réunion natale et en France, le Dr Tinjust souhaite pousser plus loin ses recherches. Ses travaux ont abouti à la formation de sa compagnie ApexK. Cette entreprise privée, financée par du capital de risque d’investisseurs québécois, travaille avec plusieurs athlètes, notamment avec la FIFA, l’écurie sportive Red Bull ou encore le gardien Marc-André Fleury des Golden Knights de Vegas. Il est venu à la boxe par passion. Mais de mettre le pied dans le vestiaire d’Alvarez n’a pas été chose facile.

«La boxe est parmi les sports les plus conservateurs. C’est une très vieille école. Ça prend des visionnaires et le premier dans l’entourage d’Eleider, c’est Stéphane Lépine.»

Le gérant du Colombien a entendu parler de Tinjust par le préparateur physique du boxeur, Marc-André Wilson. Mais il restait à convaincre l’entraîneur, Marc Ramsay.

«Pour Marc, tant qu’il ne peut pas quantifier une différence, ça n’existe pas», souligne Lépine. Le Dr Tinjust s’est donc mis au travail.

«Nous avons commencé tranquillement, on pourrait dire par un projet pilote, trois mois avant son combat contre Lucian Bute (en février 2017). Pour convaincre des coachs, il faut avoir des résultats. Marc Ramsay a vu la différence très rapidement.»

«Après le combat contre Bute, Marc a demandé à rencontrer David. Parce qu’il pouvait quantifier une différence», ajoute Lépine.

Ramsay a ouvert les portes de son écurie à Tinjust, qui travaille également avec Oscar Rivas et Artur Beterbiev.

«Les exercices donnent des chiffres et il y a un bulletin de notes à la fin qui nous permet de suivre la progression de l’athlète, indique le Dr Tinjust. Depuis notre naissance, on apprend à parler, à marcher, etc. Mais un individu normal ne développe pas plus à fond ses capacités, car nous n’en avons pas besoin. Mais quand on travaille avec des athlètes de haut niveau, on peut continuer le développement.»

Le développement se poursuit même jusqu’à quelques heures d’un combat: le vestiaire du boxeur est équipé comme un laboratoire et il s’est soumis à une séance d’activtion — c’est le terme utilisé par le clan Alvarez — environ trois heures avant de monter dans le ring face à Sergey Kovalev.

Les applications développées par le Dr Tinjust et sa petite équipe — ApexK compte cinq personnes, incluant David Tinjust — attirent l’attention. Certains programmes militaires russes et américains notamment, utilisent des variantes de ce que fait ApexK. Le ministère de la Santé de Dubaï s’en sert également pour tenter de ralentir la dégénérescence causée par la maladie d’Alzheimer chez certains patients.

«Si on veut vulgariser, les capacités cognitives sont le muscle du cerveau. Un athlète qui ne s’entraîne pas pendant deux mois et qui veut offrir une performance en sera incapable, image Dr Tinjust. C’est la même chose pour le cerveau. La croyance populaire voulait qu’après la croissance, on ne pouvait plus développer les capacités cérébrales. La science est en train de montrer qu’il n’y a presque plus de limites.»

Frédéric Daigle, La Presse canadienne


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