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15:01 25 novembre 2018

Le Québec tremblait il y a 30 ans

ÉVÉNEMENT. Le 25 novembre à 18h46 marquera le 30e anniversaire du tremblement de terre qui a secoué une bonne partie du Québec. Le séisme d’une magnitude 5,9 sur l’échelle de Richter, qui en compte 9, s’est produit à 35 km au sud de Chicoutimi. Des dommages de plusieurs millions de dollars ont été causés un peu partout au Québec, mais principalement au Saguenay et dans les secteurs avoisinants.

Une carte montrant l’intensité du tremblement de terre.

(Photo gracieuseté – Ministère énergie et ressource)

Considéré encore aujourd’hui comme le plus fort tremblement de terre de l’est de l’Amérique du Nord, il est documenté de façon importante puisqu’une équipe de sismologues avait été dépêchée dans ce secteur 24 heures plus tôt. Richard Fortier, directeur du Centre d’études nordiques et professeur titulaire du département de géologie et de génie géologique Université Laval, indique qu’un séisme précurseur d’une magnitude de 4,7 a été ressenti le 23 novembre 1988 à 4h11. «Souvent, lorsqu’il y a un événement sismologique important, la Commission géologique envoie du personnel installer de l’instrumentation pour suivre les répliques.»

De fait, Maurice Lamontagne, ingénieur-géologue, fait alors des recherches sur les tremblements de terre de l’est du Canada et leurs impacts depuis 1985 et agit souvent comme porte-parole de Ressources naturelles Canada lors de séismes pour Ressources naturelles Canada. Il s’est rendu à Chicoutimi le 24 novembre 1988.

Bob Schieman, du laboratoire de la division de géophysique, rapporte l’enregistrement des répliques du séisme de Saguenay de novembre 1988.

(Photo gracieuseté – Maurice Lamontagne)

Secousses

Malgré la stabilité du plateau de l’estuaire du Saint-Laurent, Richard Fortier indique que plusieurs sources sont à l’origine du phénomène sismique dans le secteur de Charlevoix-Kamouraska. «Après la période de déglaciation, le relèvement de la croûte terrestre se produit encore aujourd’hui d’où l’apparition de tremblement de terre. L’impact d’une météorite dans Charlevoix, qui avait un diamètre de 2 à 4,5 km, survenu il y a environ 400 millions d’années est responsable de certains petits séismes pour la même raison que la déglaciation.»

Un rapport plus détaillé a été produit en 1990 par la division géologique à Ottawa. L’un des trois signataires, Maurice Lamontagne, indique que 2000 questionnaires ont été distribués dans diverses communautés de l’Ontario, du Québec, dans les Maritimes et Terre-Neuve afin de déterminer l’intensité du séisme. Les données compilées avec celles des États-Unis démontrent que 1924 communautés ont ressenti la secousse sismique à divers degrés d’intensité.

Histoire et prévision

Le secteur de Charlevoix-Kamouraska est particulièrement ciblé pour ces secousses. Parmi les tremblements de terre importants, on indique ceux de 1663 (magnitude 7), 1791 (magnitude 6), 1860 (magnitude 6), 1870 (magnitude 6,5) et 1925 (magnitude 6,2). On note qu’entre le 25 novembre 1988 et le 31 octobre 1989, 85 petits tremblements de terre, d’une magnitude inférieure à 3 sur l’échelle de Richter, ont été enregistrés dans le secteur de Chicoutimi. Les répliques ont duré jusqu’au 12 décembre 1988. Maurice Lamontagne indique que la magnitude des séismes anciens est estimée d’après les conséquences. Quant à celui de 1925, il a été enregistré et les sismologues ont pu calculer sa magnitude par la suite.

Richard Fortier avoue qu’il est très difficile de prévoir un tremblement de terre malgré toute la technologie dont on dispose. «Ce sont des systèmes hypercomplexes où l’on a pratiquement pas de mesures ni d’équipements en place autre que le suivi des ondes qui se déplacent et leur amplitude. On ne sera jamais capable de prévoir un séisme en dedans de 24 heures, d’une semaine ou d’un an. Le système terrestre est trop complexe et on ne le comprend pas assez bien. Personne ne va se lancer à faire de courtes prévisions. Par contre, on peut se baser sur des statistiques de séismes et voir leur taux de récurrence et leur magnitude.»

La plus récente secousse a été enregistrée à La Malbaie le 8 novembre dernier à 23h12. Elle avait une magnitude de 3,2 et était située à 14 km au sud-ouest.

www.seismescanada.rncan.gc.ca/historic-historique

Témoignages

«On a eu la peur de notre vie»

Le vendredi 25 novembre 1988, Suzane Chaloult demeure sur la rue Saint-Olivier, dans le faubourg St-Jean-Baptiste, et elle travaille sur la Rive-Sud. Au moment du séisme, son conjoint à l’époque s’occupe de donner le bain au garçon de deux ans. «Je me préparais pour aller travailler. J’avais de la vaisselle et des bibelots dans un vaisselier, tout s’est mis à trembler de partout et certaines pièces sont tombées par terre. Il y avait un bruit épouvantable et cela a été la panique.» Se retrouvant sans électricité ni moyen de communication, le réseau téléphonique étant saturé, le seul média disponible était la radio. «Là, ils [les médias] nous disaient de ne pas utiliser les ponts. Je n’avais donc aucun moyen pour me rendre à Lévis.» Elle avoue ne pas être demeurée chez elle en attendant que tout revienne progressivement à la normale.

Pas de panique

Francine Dion, qui habite aujourd’hui Val-Bélair, résidait à Loretteville à ce moment. «Je demeurais au 3e étage et je croyais que c’était un camion qui avait reculé sur le mur du bloc-appartements. Quelques secondes plus tard, il n’y avait plus d’électricité. Là je me suis dit, ça ne marche pas, ce n’est pas un camion qui a causé ce bruit. C’est un tremblement de terre.» Elle raconte que ce vendredi-là elle devait amener ses parents aux Galeries de la Capitale. «Ils avaient un rendez-vous pour se faire photographier. On s’est retrouvés sans téléphone. Lorsque j’ai réussi à leur parler, mon père m’a dit: la maison a tremblé fort.» Habitant dans une maison familiale centenaire, Mme Dion indique que son père a fait une vérification et tout semblait normal. «C’est une vieille maison pièce sur pièce et seul le feu pourrait la détruire.» Ils ont dû rebrousser chemin, une fois rendus à destination, puisqu’il n’y avait pas d’électricité dans ce secteur.

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