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16:51 18 juillet 2007 | mise à jour le: 18 juillet 2007 à 16:51 temps de lecture: 6 minutes

Récit d’une championne de jeux vidéo

Stéphanie Harvey rentre à la maison après un périple de plusieurs jours en Europe où elle aura réalisé son rêve de devenir championne du monde de « Counter Strike », un jeu vidéo fort populaire auprès des jeunes internautes.

Elle en était à sa troisième présence à la Coupe du monde de jeux vidéo. En compagnie de quatre autres joueuses provenant de Dallas, Los Angeles, Virginie, et Winnipeg, elle représentait la compagnie SK-Gaming. C’est d’ailleurs grâce à cette organisation et ses commanditaires que son équipe a pu se rendre là-bas.

Si les compétitions de jeux vidéo sont plutôt méconnues en Amérique du Nord, il en est tout autrement en Europe et en Asie. Elles sont suivies par des milliers de spectateurs et de journalistes, et regroupent des joueurs provenant de plus de 52 pays.

D’ailleurs, durant toute la compétition, Stéphanie et ses coéquipières ont été suivies par une équipe de tournage qui scrutait ses moindres faits et gestes pour réaliser un reportage sur le « gaming ».
«Mon expérience à la Coupe du monde a été un rêve devenu réalité. Nous étions littéralement des stars là-bas ! », indique-t-elle.

Des mois de préparation

Les cinq filles se sont d’abord rencontrées en Cologne, en Allemagne, au bureau de SK-Gaming. C’est à cet endroit que débutait leur entrainement intensif de neuf jours, qui faisait suite à leur préparation de plusieurs mois via l’Internet.

« Un entrainement en LAN (réseau local) équivaut à plusieurs mois de pratique par Internet. On se lève, on pratique pendant près de 12 heures par jour, puis on se couche… C’est la meilleure façon de perfectionner nos stratégies et notre style de jeu », insiste la nouvelle championne.

L’entrainement ne sert pas qu’à améliorer ses tactiques, mais également à développer une amitié et une complicité entre les joueuses. Le jeu est 90 % mental et 10 % d’habiletés.

Dans les compétitions, un joueur est meilleur qu’un autre dû à son positionnement, à la façon dont il gère la situation, ainsi qu’à la confiance qu’il a en son équipe. L’important n’est pas de savoir viser plus vite que l’autre…

Un départ encourageant

Dès le début de la compétition, l’équipe de Stéphanie était classée parmi les favorites pour remporter le tournoi. « Dès le premier groupe de matchs, nous avons écrasé tous nos compétitrices avec des scores assez impressionnants. C’est à ce moment que le rêve à vraiment commencé », raconte la jeune fille.

« On sentait une grande fébrilité dans l’air, particulièrement après notre écrasante victoire contre les chinoises, qui sont payées par leur gouvernement pour pratiquer et faire ce métier à temps plein. »

Son équipe a ensuite affronté les championnes de l’année dernière, les Françaises, puis, les Suédoises, les Brésiliennes, les Espagnoles, les Grecs, les Danoises, les Finlandaises, les Suisses… Aucune de ses équipes n’aura réussi à les battre !
« Nous nous sommes même fait accuser de tricher dans certains matchs, parce que nous dominions trop nos adversaires. Nous étions pourtant propres et totalement légales! Les organisateurs s’excusaient même de devoir vérifier si tout était conforme à plusieurs reprises », renchérit-elle.
« Notre jeu d’équipe était mieux organisé et nous avions une meilleure complicité. Bref, notre préparation était supérieure à celle des autres », explique-t-elle

En finale contre les chinoises

« C’était comme un scénario de film! On se dirige vers l’arrière scène, où on entend les fans crier « SK, SK, SK! ». On a une loge à nous pour se préparer mentalement et c’est à cet endroit que notre manager a décidé de nous faire écouter le discours d’Al Pacino dans le film « Any Given Sunday ». Après quelques larmes dues à l’émotion, nous étions prêtes pour affronter nos adversaires… », se remémore Stéphanie.

Trois écrans géants diffusent la compétition accompagnée du récit des commentateurs, dix autres écrans plasmas retransmettent la vision de chacune des joueuses, des dizaines de caméras sont présentes et des milliers de spectateurs crient à tue-tête !
« Jamais de toute ma vie je n’avais été aussi nerveuse et j’ai pourtant fait des dizaines de spectacles et de compétitions… Rien n’est comparable à cela ! », assure Stéphanie.
« Nous avons finalement remporté les deux premières parties de la série deux de trois. C’était fait, nous étions championnes ! Tous ces jours de travail, plus d’une centaine, pour finalement aboutir au sommet ! Je n’ai jamais ressenti autant d’émotions en même temps à l’intérieur… La médaille d’or, le chèque géant de 15 000 $ US, les caméras qui fusent de toute part, et ensuite, les interviews et les autographes ! »

En plus de gagner le tournoi féminin et d’écraser toutes les équipes rencontrées, l’équipe de Stéphanie venait, selon plusieurs, de rehausser la barre du « gaming féminin ».

Retour à la réalité

Après tant d’émotions, le retour au Québec est un peu plus difficile. Stéphanie a recommencé à travailler, elle ne passe plus ses journées devant un ordinateur à pratiquer avec ses amis, le tout la laisse un peu amère.

« Toute ma vie était consacrée à mon équipe, mes études étant la seule chose qui passait avant les pratiques. Même mon emploi au Dreamcité, un centre de jeux, a été choisi afin de m’aider dans mon cheminement vers la Coupe du monde », indique-t-elle.

Si elle vivait en Europe, Stéphanie pourrait participer à d’autres compétitions qui se déroulent durant l’été, mais ici, en Amérique du Nord, il n’y a pas d’événements comparables et les coûts faramineux des voyages représentent un obstacle de taille.

Stéphanie prévoit-elle y faire carrière ? « Probablement pas… Présentement en Amérique, c’est impossible de vivre simplement de ça. Je termine mes études en architecture bientôt, alors on verra ce que l’avenir me réserve ensuite ! »

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