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09:46 5 février 2020 | mise à jour le: 5 février 2020 à 09:46

Présence des femmes dans le sport: du progrès, mais beaucoup de chemin à parcourir selon une chercheuse de l’Université Laval

Présence des femmes dans le sport: du progrès, mais beaucoup de chemin à parcourir selon une chercheuse de l’Université Laval
Photo: Photographer:Sergey Novikov (SerIl est encore difficile pour les femmes de faire leur chemin dans des postes de direction dans le domaine sportif. (Photo gracieuseté – 123RF)

SOCIÉTÉ. La journée internationale du sport féminin (24 janvier) offrait une occasion en or de dresser un bilan sur la présence des femmes dans le domaine. Guylaine Demers, professeure au Département d’éducation physique de l’Université Laval et nommé comme femme d’influence pour l’avancement des femmes, du sport et de l’activité physique (ACAFS) en 2015 est assurément une personne dont la compétence n’est plus à prouver pour nous éclairer sur le sujet.   

«Les chiffres bougent très lentement. S’il y a une amélioration sur la participation des femmes qui font du sport alors que les chiffres montrent une progression constante, le nombre de femmes dans des postes clés de direction sportive est problématique», assure la chercheuse qui se décrit également comme féministe.

La chercheuse Guylaine Demers affirme que l’avancement de la situation des femmes dans le sport canadien est beaucoup plus lent qu’en Europe. (Photo gracieuseté – site de l’Université Laval)

Dans une étude sur le leadership féminin dans le sport canadien à laquelle la professeure a elle-même participé, on constate que le nombre d’entraîneurs féminins dans les sports olympiques a même diminué depuis 2000 passant de 13% à seulement 6% en 2016. Une situation un peu loufoque si on considère que les athlètes féminines canadiennes ont remporté un pourcentage de médailles plus élevé que leurs comparses masculins.

«J’ai des collègues qui ne parlent pas d’un plafond de verre, mais bien d’un plafond de béton à fracasser. Je vois bien qu’il n’y a pas de mauvaises intentions, mais quand vient le temps d’afficher un poste d’entraîneur ou de direction d’une association sportive, les décideurs n’ont jamais le réflexe d’inclure une femme et ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de candidatures intéressantes. De plus, il est prouvé qu’une femme entraîneur est aussi critiquée et jugée plus rapidement que son homologue masculin», précise la chercheuse qui prône la patience chez les décideurs après avoir engagé une femme.

Du positif

Si tout est loin d’être rose, il y a quand même certains points positifs qui sont relevés par la chercheuse. «Il y a de plus en plus de femmes qui s’intéressent à l’arbitrage dans le sport et le nombre de femmes qui écoutent du sport est en progression, ce qui aide à changer l’image de certains sports. L’auditoire du Super Bowl est maintenant composé de 48% de femmes et la NFL est au courant de ce chiffre. On peut sentir l’influence de l’auditoire dans les commerciaux qui ont radicalement changé. Les publicités pour la bière sont nettement moins sexistes qu’auparavant. »

Besoin de modèles

Un autre problème en territoire nord-américain est le manque de ligue professionnelle pour les athlètes féminines. Une situation qui n’aide pas les adolescentes à la recherche de modèles alors que plusieurs choisissent d’arrêter de faire du sport.

«La situation européenne est nettement plus développée que la nôtre. Quand une fille termine son parcours scolaire au Québec, il faut souvent qu’elle s’expatrie en Europe pour pouvoir faire du sport professionnel. Les conditions ne sont pas réunies au Canada pour les athlètes féminines de vivre de leur sport. C’est aussi simple que ça.»

Que fait la LNH?

L’exemple des joueuses de hockey qui n’ont toujours pas de ligue professionnelle respectable pour évoluer est frappant pour la chercheuse. «En basketball, la NBA a chapeauté la WNBA alors que la ligue a essuyé des pertes au début du circuit féminin. La ligue est maintenant rentable. Il ne fait aucun doute à mes yeux qu’une ligue professionnelle masculine qui a les ressources financières pour le faire doit aider les débuts d’une ligue professionnelle féminine. C’est simplement une évidence», affirme l’enseignante qui a visiblement hâte que le constat soit le même pour les dirigeants du circuit Bettman.

Lueur d’espoir

Il y a maintenant plusieurs entraîneurs adjoints féminins qui travaillent pour une organisation située à l’intérieur d’une ligue professionnelle masculine. Que ce soit Becky Hamon (Spurs de San Antonio NBA), Katie Sowers (49ers NFL), Alyssa Nuken (Giants de San Francisco MLB) ou Dawn Braid (Coyotes de l’Arizona LNH), le jour n’est pas si loin avant d’avoir une femme à la tête d’une formation professionnelle masculine.

«Comme je suis Canadienne, j’espère que ça se fera au hockey et dans notre pays. Le plus tôt sera le mieux», termine la chercheuse.

 

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