Tribune Libre
13:04 6 juillet 2021 | mise à jour le: 6 juillet 2021 à 13:04 Temps de lecture: 6 minutes

Protection des enfants: Encore du travail à faire

Protection des enfants: Encore du travail à faire
Photo: /Photo Métro Média

La plupart conviendraient que la protection des enfants devrait être notre priorité absolue. Les publicités pour les produits alimentaires sucrés qui s’adressent aux enfants sont contestées depuis des années, et certains pays ont même choisi de les interdire d’une manière ou d’une autre. Le Royaume-Uni, le dernier pays à l’avoir fait, interdit désormais la publicité télévisée pour les produits alimentaires riches en graisses, en sel et en sucre entre 5 h 30 et 21 h.

Le Canada a déjà tenté de réglementer les publicités pour les enfants. Le projet de loi S-228, connu sous le nom de Loi sur la protection de la santé des enfants, a été déposé dans le but de restreindre la commercialisation de produits alimentaires et de boissons riches en sel, en gras saturés et en sucre auprès des enfants de 12 ans et moins. Cependant, le projet de loi n’a jamais vu le jour en raison des élections fédérales de 2019. Bien que le Parlement n’ait rien fait depuis, Santé Canada a fourni des lignes directrices à l’industrie et examine actuellement les nouvelles règles du Royaume-Uni sur la publicité.

Pendant ce temps, notre propre industrie alimentaire vient de publier un code pour la publicité responsable des produits alimentaires et des boissons à l’intention des enfants. Une coalition, qui comprend la plupart des grands transformateurs et restaurants au Canada, a choisi de ne pas attendre qu’Ottawa adopte une loi. L’annonce mentionne que le code dépasse les recommandations de Santé Canada. Peut-être, mais de nombreux Canadiens se montrent sceptiques sur les propositions d’autoréglementation émanant de l’industrie. Lorsqu’il s’agit de problèmes de santé publique, les Canadiens ont tendance à faire davantage confiance aux gouvernements qu’à l’industrie.

Il y a certaines données scientifiques derrière la volonté que le marketing ne cible pas les jeunes consommateurs. Des progrès récents en neurosciences ont montré que le développement cognitif des jeunes enfants les empêche de prendre des décisions rationnelles lorsqu’ils regardent de la publicité et qu’il peut fausser leur jugement. Et le marketing consiste justement à créer des désirs. De nombreux pays ont reconnu ce problème et ont depuis adopté une réglementation pour l’industrie. Le Mexique, l’Iran, le Chili et de nombreux pays européens ont réglementé les pratiques de commercialisation des produits alimentaires.

« Plusieurs pensent qu’il est temps que le Canada réglemente les publicités de restauration rapide ou la commercialisation de produits alimentaires sucrés auprès des enfants. Le Québec impose des règles depuis l’année 1980, mais pas le Canada. Le Royaume-Uni est le dernier pays à l’avoir fait. Mais réglementer le marketing alimentaire n’est pas facile. »

Selon Statistique Canada, près du tiers des enfants canadiens sont en surpoids ou obèses, et plusieurs soupçonnent que le nombre d’enfants obèses au Canada pourrait avoir augmenté au cours des derniers mois. Durant la pandémie, les fermetures et les mesures de sécurité publique continues ont éloigné de nombreux enfants des sports et des activités physiques organisés et entraîné des conséquences néfastes sur la santé globale de nos jeunes. C’est un défi que nos régulateurs devront garder à l’esprit, qu’ils décident ou non de réglementer la publicité pour les enfants.

Mais ce type de réglementation n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser. D’abord, la télévision n’est pas la façon dont la plupart des enfants assimilent l’information de nos jours. Les services de diffusion en continu sur Internet et les médias sociaux sont les principaux véhicules que beaucoup d’entre nous utilisent actuellement. Il peut être difficile de réglementer quoi que ce soit sur ces plateformes. En 1980, le Québec a interdit les publicités de jouets et d’aliments pour les enfants de moins de 13 ans dans les médias imprimés et électroniques. Cette interdiction a eu des résultats mitigés puisque de nombreuses personnes dans la province regardent du contenu médiatique diffusé à l’extérieur du Québec. De plus, les entreprises alimentaires font désormais de la publicité auprès des enfants plus âgés, ce qui rend le seuil de 13 ans difficile à respecter dans de nombreux contextes sociaux et commerciaux.

Le projet de loi C-10, qui vise à mettre à jour la Loi sur la radiodiffusion du Canada, aurait donné à Ottawa plus de pouvoir pour réglementer les services de diffusion en continu les plus populaires, tels qu’Amazon Prime, Disney Plus et Netflix. Le respect de toutes les règles serait attendu de tout le monde, comme c’est le cas actuellement pour les radiodiffuseurs traditionnels tels que CTV, Global et les stations de radio privées. Sans tout cela, la réglementation du contenu de nombreux médias sera difficile, voire impossible. Mais à l’approche des élections, le projet de loi C-10 pourrait subir le même sort que le projet de loi S-228 et ne jamais voir le jour.

Mais au-delà de la réglementation existe l’un des outils les plus puissants dont nous disposons pour une alimentation saine : l’éducation. Ce n’est pas les enfants qui achètent ces produits, mais bien les parents. Étant donné que les enfants sont très vulnérables, les parents devraient continuer d’agir en tant que gardiens des réfrigérateurs et des armoires dans leurs maisons. Quand il s’agit de nourriture, notre meilleure défense est une bonne parentalité responsable.

Au fil du temps, en tant que société, nous arrivons à décider de ce qui est bien ou mal en demandant aux gouvernements d’agir. Cela pourrait très bien être le cas pour la publicité malavisée de l’industrie alimentaire à l’intention des enfants. Mais en attendant, puisque l’industrie a sans aucun doute reconnu que nous avons un problème en publiant son propre code afin de limiter la publicité pour les enfants, nous devons essayer d’agir et voir ce qui se passera au cours des prochaines années. Mais Ottawa devrait certainement mettre l’industrie en garde. Il n’y a rien de plus précieux dans nos communautés que nos enfants.

 

Dr. Sylvain Charlebois, professeur titulaire, directeur principal, Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire, Université Dalhousie

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