Tribune Libre
13:23 26 octobre 2020 | mise à jour le: 5 novembre 2020 à 08:55 temps de lecture: 4 minutes

Lettre ouverte aux enseignants

Lettre ouverte aux enseignants

Pénurie, décrochage, tâches démesurément lourdes, manque de ressources auxiliaires … La profession d’enseignant, par les temps qui courent, est bien malmenée. Aussi ai-je cru opportun d’apporter ma modeste contribution à la revalorisation de la profession d’enseignant en tant qu’ex-enseignant qui n’oubliera jamais la joie de vivre de ses anciens élèves.

Tout au cours de ma carrière de 32 ans dans le monde de l’éducation, dont 23 dans l’enseignement, j’ai toujours répondu que j’exerçais le plus beau métier du monde quand les gens me demandaient ce que je faisais dans la vie. « Pourquoi? », me demandaient certains. « Tout simplement parce que je suis continuellement en contact avec des jeunes ». En vérité, elle est là tout d’abord la richesse de la profession d’enseignant, la relation constante avec celles et ceux qui incarnent l’avenir de notre société. N’est-ce pas là un privilège extraordinaire?

Par surcroît, j’enseignais le français au secondaire, une discipline qui me permettait de m’éloigner du strict contenu du programme pour entamer des conversations avec les élèves sur différents sujets qu’ils me proposaient, un exercice de communication orale enrichissant autant pour les élèves que pour moi qui m’amenait à mieux connaître les jeunes ados que j’avais devant moi.

Bien sûr, je devais établir avec eux des règles de conduite en début d’année tout en leur expliquant le pourquoi de ces règles, notamment le respect de l’autre. J’ai aussi appris, avec les années d’expérience, qu’il fallait permettre à l’élève le droit à la première faute sans appliquer de facto la conséquence prévue pour tel manquement. En bref, j’avais une main de fer dans un gant de velours, la meilleure attitude à prendre, selon moi, avec des adolescents.

Lorsque j’entrais en classe, je me sentais bien comme un poisson dans l’eau. J’aimais l’atmosphère rafraichissante qui régnait dans le local. Mais par-dessus tout, j’aimais mes élèves et ils me le rendaient bien. À cet effet, j’aimerais vous rapporter un court extrait d’une conversation que j’ai eue avec un jeune handicapé gravement atteint du cancer lors de mon passage comme bénévole auprès des enfants malades :
Louis me regarde …
-Ça ne va pas?
Il me fixe profondément…
-Tu as mal?
Il devient triste.
-Je puis faire quelque chose?
Il me fait signe d’approcher.
-Dans trois mois, je ne serai plus!…En attendant, aime-moi!

Aujourd’hui, ma fille aînée, Catherine, est enseignante au primaire depuis une vingtaine d’années. Inutile de vous dire que nos conversations tournent souvent autour de sa relation avec ses élèves de cinquième année. Toutefois, j’ai découvert d’abord et avant avec les années, à quel point la réussite de ses élèves lui tient à cœur et toute l’énergie qu’elle déploie pour inventer de nouvelles approches pédagogiques pour leur faciliter la tâche. J’ai découvert aussi tout le professionnalisme qu’elle consacre à la préparation de ses cours et aux nombreuses rencontres avec les enseignants du même degré pour ajuster leur programme.

Par ailleurs, c’est certain, les temps ont changé. Les jeunes, notamment ceux du primaire, sont davantage ouverts au monde grâce aux nouvelles technologies de l’information. La démarche pédagogique de l’enseignant doit s’adapter aux temps modernes. Cependant, il y a quelque chose qui n’a pas changé et ma fille est en complet accord avec moi : enseignant, c’est encore le plus beau métier du monde!

 

Henri Marineau, enseignant retraité et père d’une fille enseignante, Québec

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