Tribune Libre
09:38 27 juin 2019

De quoi je me mêle?

De quoi je me mêle?

Ainsi la loi québécoise sur la laïcité est dangereuse et elle va à l’encontre des valeurs canadiennes, affirme le premier ministre manitobain Brian Pallister. Il demande à ses homologues de l’Ouest de la condamner formellement à l’occasion de leur réunion du 27 juin. « Je suis offusqué de voir une loi qui est à mes yeux contraire à l’esprit du Canada. Je ne crois pas que nous devons rester silencieux face à quelque chose qui menace les libertés individuelles dans notre pays. »

En lisant cette déclaration « pancanadienne » du premier ministre manitobain Brian Pallister, on croirait entendre le premier ministre du Canada se porter à la défense du multiculturalisme canadien. En effet, depuis quand un premier ministre provincial plaide-t-il la défense des « libertés individuelles dans notre pays »? En vertu de quel pouvoir M. Pallister se sent-il légitimé de « pousser [ses] collègues à le faire dans le communiqué final » de la conférence des premiers ministres de l’Ouest? En quoi la loi québécoise sur la laïcité risque-t-elle d’enfreindre la « diversité culturelle » au Manitoba?

À mon sens, Brian Pallister outrepasse ses fonctions de premier ministre provincial en s’engageant dans un processus de coalition avec ses homologues de l’Ouest dans le but de condamner vertement une loi légitime votée par l’Assemblée nationale du Québec… De quoi je me mêle, M. Pallister?

Henri Marineau, Québec

Commentaires 1

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  • Alain Rioux

    Il faut être un imbécile incurable et un crétin fini pour ne pas remarquer que l’adoption du suffrage universel oblige toute communauté politique à s’aligner sur le modèle républicain de gouvernement. Car, à partir du moment ou tous peuvent voter, alors il est patent que la fin de la société est la liberté, la promotion de la capacité de délibération de ses membres. De sorte que, le peuple souverain se dédoublant en gouvernement et en citoyens, à cause de l’universalité du suffrage, exige, en contrepartie que l’État, ou le gouvernement, soit neutre idéologiquement, ou laïc, afin de ne pas interférer au sein de la délibération citoyenne, compte tenu de son monopole de la capacité de contrainte. C’est pourquoi, dans ce contexte, l’attachement multiculturaliste au libéralisme lockéen relève de la dernière idiotie et la plus parfaite incohérence, puisque le droit n’est plus conçu en tant que propriété exclusive (Locke), à opposer à quiconque, mais comme participation équivalente (Rousseau), méritant un égal respect, de tout un chacun à la liberté, ou la souveraineté de l’État. A ce titre, tout salarié de l’État doit être idéologiquement neutre, lors de ses heures de travail, afin de ne pas compromettre l’exercice serein de la délibération citoyenne. De plus, en tout état de cause, le fonctionnaire retrouve ses droits d’expression en dehors de son temps salarié. A ce titre, le fonctionnaire n’est d’aucune façon lésé, puisqu’en acceptant de travailler pour le corps politique, il défend, au moyen de sa neutralité, le bien commun de la cité : la liberté de tous, la sienne et celle des autres. Par conséquent, seuls des demeurés et des abrutis peuvent s’opposer à la cohérence d’une telle démarche politique, comme on a, hélas, pu le constater ces temps derniers…

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