Tribune Libre
11:02 19 février 2018 | mise à jour le: 19 février 2018 à 11:02 temps de lecture: 5 minutes

325e anniversaire de la mort du père Chaumonot

HISTOIRE. Ce mercredi 21 février marque le 325e anniversaire de la mort du père Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, jésuite, compagnon des saints martyrs (1693-2018), «un remarquable oublié» dirait sans doute l’anthropologue Serge Bouchard.

Gravure du père Pierre-Joseph-Marie Chaumonot.

(Illustration gracieuseté)

Son parcours est assez singulier. Né à Sainte-Colombe-sur-Seine en Bourgogne, il fait ses études classiques à Châtillon-sur-Seine. À 18 ans, il vole de l’argent à son oncle prêtre et devient un vagabond. Il entreprend alors un long pèlerinage jusqu’à Rome, «pour gagner les pardons.» En Italie, son état devient de plus en plus lamentable. Il se décrit comme «un malotru puant et sale, sans souliers, sa chemise pourrie, ses habits pleins de vermine. Le pire, c’est sa tête, couverte d’une horrible gale pleine de pus et de vers. Quand il enlève son chapeau, on recule à cause de l’extrême puanteur» (Autobiographie).

Il parvient au sanctuaire de Loreto où se trouve la Sainte Maison de Nazareth transportée là par les Croisés en 1294. Après avoir «prié assez froidement la Vierge» il est guéri.

Entré chez les Jésuites, il prend le nom de Joseph-Marie. Lors d’un dernier pèlerinage au sanctuaire de Lorette, il forme le projet de construire au Canada une chapelle semblable à la Sainte Maison de Nazareth.

Arrivé en Nouvelle-France en 1639, en même temps que les premières religieuses Augustines et Ursulines, dont Marie de l’Incarnation, il travaille 11 ans au pays des Hurons (1639-1650), pour ensuite, pendant 43 ans, accompagner des survivants de la Nation Huronne dans leurs différents déplacements: à Québec (1650-1651), à l’île d’Orléans (1651-1656), à Québec (1656-1666), à Notre-Dame-de-Foy (1667-1673 : il est aussi supérieur de la maison des Jésuites à Sillery), à Notre-Dame-de-Lorette (1673-1693).

Auprès des Hurons

Il ne quitte «ses chers Hurons» que pour trois brèves missions: en 1663, il est à Montréal où il fonde avec Marguerite Bourgeoys la Confrérie de la Sainte-Famille approuvée l’année suivante à Québec par le premier évêque François de Laval; de 1655 à 1658, soit cinq ans seulement après la période des martyrs, il est chez les Iroquois où il est le premier missionnaire à s’adresser aux chefs des Cinq Nations; en 1665-1666, il est aux forts du Richelieu comme aumônier des régiments de Carignan-Salières.

Lors de ses deux dernières missions, il fait construire les chapelles de Notre-Dame-de-Foy (1669) et de Notre-Dame-de-Lorette (1674), celle-ci bâtie, suivant son projet, sur le modèle de la Sainte Maison de Nazareth de Loreto. Mgr de Laval érige ses deux missions en paroisses en 1678.

Dans sa Continuation de la vie du père Chaumonot, le père Martin Bouvart écrit: «Le jour de son enterrement, il se fit même un miracle en la personne d’une jeune Iroquoise de la mission huronne de Lorette qui avait un si grand mal de jambe que, pendant tout l’hiver, elle n’était presque pas sortie de sa cabane. Toutes les personnes du village étant déjà parties pour venir à l’enterrement de ce cher défunt, elle résolut de s’y traîner aussi, dût-elle mourir en la peine. En effet, elle pensa demeurer en chemin plusieurs fois, mais sa foi et sa dévotion lui ayant donné des forces, elle arriva enfin auprès du corps du mort où, ayant fait sa prière au père Chaumonot, elle se sentit exaucée. Le service étant fait, elle s’en retourna sans peine. Depuis ce moment de sa guérison miraculeuse, elle agit comme si elle n’avait jamais eu de mal.»

Quatre ans après la mort du père Chaumonot, à la fin de 1697, les Hurons se déplacent une dernière fois pour fonder « La Jeune Lorette » aujourd’hui appelé Wendake. La première Lorette devient alors « l’Ancienne-Lorette. » Un siècle plus tard, en 1795, les Français établis près du « Village-Huron » fondent « Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette » au lieu appelé aussi « Loretteville. » C’est ainsi que le nom de « Lorette », qui remonte au père Chaumonot, s’est répandu dans la région de Québec.

Engagements multiples

Ce grand missionnaire a donc été évangélisateur, spécialiste des langues huronne et iroquoise, interprète, ambassadeur, protecteur des pauvres et des réfugiés, aumônier militaire, fondateur de paroisses, thaumaturge, homme de prière et d’action, apôtre de la Vierge et de la Sainte Famille. Le Ménologe de la Compagnie de Jésus le déclare «merveille de sainteté.» Il est mort le 21 février 1693 au Collège des Jésuites où se trouve aujourd’hui l’Hôtel de Ville de Québec, face à la basilique de Québec. Il a été inhumé dans l’église des Jésuites qui était aussi située sur l’actuelle rue Des Jardins. Il est mort à 82 ans, après 54 ans de vie missionnaire au Canada au service des Hurons, des Iroquois et des Français. Le 21 février 2018 marque donc le 325e anniversaire de sa mort.

Gilles Drolet, L’Ancienne-Lorette, auteur de la bande dessinée Missionnaire en Nouvelle-France, Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, Éditions Anne Sigier, 1989, 2011 (épuisé)

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