Opinion
06:32 9 mai 2020 | mise à jour le: 8 mai 2020 à 18:44

Congé le dimanche: un frein à l’achat local

Congé le dimanche: un frein à l’achat local

Le déconfinement est amorcé. Les entreprises ont commencé depuis le 4 mai, à ouvrir leurs portes. Cependant, une règle demeure: tous les établissements commerciaux doivent être fermés au public les dimanches de mai. Sauf les suivants: pharmacies, dépanneurs, stations-service, restaurants (livraison et à emporter), épiceries (livraison et à emporter).

Au coeur de la souveraineté alimentaire, les marchés publics sont désormais réputés comme un service essentiel. Par contre, l’obligation de fermer les dimanches est tout à fait contre-productive. Les gens s’attendent à aller au marché public la fin de semaine, le samedi comme le dimanche. Les entreprises agroalimentaires et horticoles ne peuvent présenter leur produit toute l’année donc comptent énormément sur les ventes du dimanche pour pouvoir rentabiliser leurs dépenses et faire foisonner leurs commerces. Pour des entreprises saisonnières comme les horticulteurs, s’absenter du marché le dimanche ne représente pas que 17% des pertes de revenus, mais beaucoup plus puisque habituellement, ils n’ont que 6 semaines pour faire leur vente de l’année.

La saisonnalité de nos productions fait la force de notre fraicheur, de notre traçabilité, de l’importance de la relation directe, sans intermédiaire entre le producteur et le client. La saisonnalité de nos productions souffre d’autant plus si le gouvernement retranche une journée lucrative de vente à la population et met en péril la survie des producteurs d’ici qui n’ont qu’une fenêtre très étroite pour produire et vendre leurs récoltes.

La fermeture des marchés publics, les dimanches, est un frein à l’économie locale ainsi qu’à l’autonomie alimentaire que veut prôner le gouvernement du Québec. Empêcher les marchés publics d’opérer le dimanche, c’est empêcher nos producteurs locaux d’avoir accès à leur clientèle alors que certains ont déjà perdu des revenus importants issus de la vente adressée aux restaurateurs. Nous demandons donc un amendement à la consigne de fermeture des commerces le dimanche, pour tous les marchés publics du Québec.

Le marché public est l’extension des activités de production et de transformation à la ferme. Les marchands, ces artisans du marché, vous proposent des produits qu’ils ont cultivés ou transformés eux-mêmes, le tout à proximité de votre lieu de résidence (source: ampq.ca). Le marché public illustre la personnification de l’achat local. Il incarne, représente et épouse l’autonomie et la souveraineté alimentaire.

Tout comme le réseau des fermiers de famille, le réseau des marchés publics du Québec contribue grandement au droit inaliénable à l’alimentation et à la sécurité alimentaire locale. La mission de l’Association des marchés publics du Québec est d’accompagner et de soutenir le réseau des marchés publics au profit des communautés locales et des producteurs, transformateurs et artisans bioalimentaires québécois.

Notre Association recense près de 130 marchés publics sur le territoire québécois auxquels se joignent plus de 1 200 entreprises bioalimentaires d’ici et qui opèrent en collaboration avec le monde municipal (campagne vidéo « Marchés publics et municipalités : faits pour s’entendre! »).

L’essentiel des activités du réseau – sa mission humanitaire – est de permettre le contact de proximité, sécurisé et sécuritaire en cas de pandémie, entre les producteurs et les consommateurs, dans chacune des localités où se trouvent un marché.

Isabelle Brodeur, présidente de l’Association des marchés publics du Québec et directrice générale du Marché public de Sainte-Foy

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