Opinion
09:32 18 avril 2019

Faut-il resserrer les règles encadrant l’école à la maison?

Faut-il resserrer les règles encadrant l’école à la maison?

Devant l’intention du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, de resserrer les contrôles pour les parents qui font l’école à la maison en exigeant des agents de suivi du ministère de l’Éducation qu’ils rencontrent les élèves à la maison pour s’assurer qu’ils ont bel et bien suivi le programme obligatoire, des voix se sont élevées pour faire valoir leur « droit à la diversité » en éducation. « Avec le nouveau règlement, la maison devient carrément un local de l’école publique. Le ministre détruit l’esprit de l’école à la maison », argue un parent.

Or, un article publié dans la Loi sur l’instruction publique stipule « qu’il n’est pas obligatoire de fréquenter l’école pour l’enfant qui reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience éducative qui, d’après une évaluation faite par la commission scolaire ou à sa demande, sont équivalents à ce qui est dispensé ou vécu à l’école. »

D’ailleurs, à cet effet, certains constats ont révélé des lacunes dans l’encadrement de l’école à la maison, notamment des contacts entre des parents et des agents de suivi du ministère de l’Éducation qui se font au téléphone, des agents qui se font carrément raccrocher la ligne au nez, et des projets d’apprentissage soumis par des parents qui se résument en un bout de papier.

Dans ces circonstances, je suis d’avis que les règles encadrant l’école à la maison doivent être resserrées pour le plus grand bien des jeunes soumis à ce système d’éducation parallèle.

Commentaires 3

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  • Vincent Bilodeau

    Ce sont des cas plutôt isolés, si je me fis à une lettre partagée de la part d’un agent du ministère de l’éducation, la collaboration se passe plus souvent qu’autrement, bien. Il y a aussi beaucoup de fermeture d’esprit en général par rapport à l’enseignement à domicile. Si je vous disais que le unschooling est une pratique fonctionnelle et adoptée dans plusieurs pays, et qu’en détail, ça se traduit essentiellement par : c’est l’enfant qui décide ce qu’il apprend et quand, avec le parent qui le guide… et bien autant que c’est un choix d’éducation qui est valide et qui donne des résultats positifs (si, comme tout type d’éducation, elle est bien faite), autant la société la rejette, tout comme beaucoup d’enseignants, à cause de préjugés. Essayez de débattre votre choix au téléphone avec quelqu’un qui ne l’accepte pas, d’autant plus que ça concerne vos propres enfants… ça va vite finir enflammé comme discussion.

    Si on lit la déclaration universelle des droits de l’homme, les pays se sont entendu pour dire que les parents devraient avoir priorité quant au choix de l’éducation. Cette déclaration ne forme peut-être pas la loi, mais il apporte tout de même un esprit éthique.

    Pourquoi les gouvernements se sont entendus pour déclarer cette priorité parentale comme étant un droit? Pour laisser aux familles le pouvoir de se protéger contre le gouvernement. Ça peut sembler farfelu, dit comme ça, mais c’est absurde de croire que notre système scolaire est optimal pour tout enfant. Il ne le sera jamais, car il doit offrir un service à tout un tas de types d’enfants différents. C’est mieux que rien. Mais ce n’est pas optimal par enfant.

    Et c’est un énorme problème que d’obliger une famille à suivre un système qui n’est pas optimal pour les enfants de celle-ci. « Je veux le mieux pour mon enfant ». Cette phrase vient dans la tête de beaucoup de familles. Le gouvernement n’a pas les capacités de définir ce qui est le mieux pour chaque enfant. Pourtant, chaque règle qui resserre, restreint l’enseignement à domicile, et une barrière pour ceux en quête de cet objectif d’optimisation.

    Ça ouvre tout autant la porte aux enfants de dire plus tard qu’ils n’ont pas eu la meilleure éducation, non pas parce que les familles n’en étaient pas capable, mais parce qu’il y avait trop de contraintes.

    Notez qu’ici, je parle d’optimisation. C’est vaste. Il y a des enfants en difficulté scolaire qui s’enfonce dans un trou en restant dans le système actuel. Il y a des moyens optimaux et différents pour chacun d’adresser ce problème. Il y a des enfants surdoués aussi, qui se retrouvent ralentis dans le système. Eux aussi, un parcours non optimal peut leur faire très mal.

    Mais allons plus loin que ça :

    Est-ce déraisonnable si je vous dis que toute personne apprendra plus rapidement dans un domaine qui l’intéresse? Est-ce déraisonnable si je vous dis, que toute personne a un intérêt variable dans le temps? Tantôt, on peut s’intéresser à une langue, et à d’autres moments, ça peut être les math, ou encore le dessin, la musique, et j’en passe. Est-ce déraisonnable, si je vous dis, que si on organiserait l’apprentissage d’un enfant selon l’ordre temporel où les divers domaines va l’intéresser? Qu’au lieu de passer 13 ans à apprendre les choses de la vie dans le même ordre que tout le monde, il peut arriver au même résultat en beaucoup moins de temps, s’il voit les matières dans un ordre personnalisé? Qu’il en apprendra donc beaucoup plus, rendu au même temps passé que les autres? Les contraintes que le ministre veut apporter empêchent cet ordre personnalisable.

    Je vous laisse y penser un peu.

  • Mélanie Camirand

    Dans un premier temps, il est bon de savoir que la législation a déjà été modifiée l’an dernier et que les règles ont donc déjà été resserré. En tant que parent-éducateur, cet année, j’ai soumis un plan d’apprentissage pour les 7 matières obligatoires (math, français, langue seconde, science, univers social, arts et développement personnel). Au ministère, on m’a attitré une personne ressource qui fait le suivi de mon dossier. À la mi-année, j’ai soumis un bilan de mi-parcours suite à quoi j’ai eu une rencontre téléphonique avec ma personne ressource afin de discuter de chaque point de mon bilan en détail. À la fin de l’année, je devrai soumettre un bilan final et choisir une des 5 options d’évaluation proposées. Finalement, mon évaluation sera évalué par ma personne ressource. Il semblerait que nos règles actuelles en matière d’école-maison soient similaires à celles de la Russie, donc j’imagine qu’on peut considérer que c’est déjà suffisamment encadré. Également, le Québec est actuellement la deuxième province la plus sévère au Canada pour l’école-maison. Donc, on peut conclure que l’école-maison est déjà très bien encadrée au Québec.

    Or, ça mène au deuxième point, est-ce que la règlementation amène à de meilleurs résultats? Les États-Unis ayant une plus longue d’histoire maison que nous ont des études sur le sujet. Or, ces études américaines révèlent que là où il y a le plus de règlementations, les résultats en moyenne sont exactement au même niveau que ceux de l’école public. Cependant, là où il y a le moins de règlementations, la moyenne des résultats est plus élevée que ceux de l’école public et ça c’est sans compter que l’expérience éducative est vraiment plus enrichissante. En effet, forcer un cadre, qui est normalement appliqué à une classe de 30 et qui de par le nombre doit être fait en fonction de la moyenne, ne permet pas à l’école-maison d’en exploiter toute sa richesse. Le domaine de l’éducation est beaucoup plus vaste que le système québécois. Il existe un grand nombre de pédagogies et d’approches différentes, une panoplie de curriculums variés, diverses manières d’évaluer les apprentissage et plusieurs chemins vers la diplomation. Cela permet donc de s’adapter à l’enfant, à son rythme d’apprentissage, à ses difficultés ou sa douance, à son tempérament, à ses passions, à la direction qu’il veut donner à sa vie (en fonction de sa carrière future), à sa façon d’apprendre (visuel, auditif, kinesthésique), etc. Il est donc évident que forcer un cadre homogène et rigide ne permet pas d’exploiter le plein potentiel de l’école-maison. Ça reviendrait à forcer un artisan à construire ses meubles selon les standards et procédés de l’usine.

    Quant aux constats démontrant des lacunes que cette lettre d’opinion souligne, il faut savoir que nous sommes dans une année d’adaptation de la nouvelle législation qui date de 9 mois. Et comme ce fut mis en application très rapidement, il n’était pas clair de savoir exactement ce qui était demandé. D’ailleurs le Guide des bonnes pratiques, rédiger par le ministère de l’éducation devrait sortir sous peu. Aussi, des lacunes dans la façon de remplir la paperasse bureaucratique demandée n’a rien à voir avec des lacunes dans l’enseignement. Cela fait 15 ans que je fais l’école-maison et ce que j’ai observé dans ce milieu ce sont majoritairement des expériences éducatives rigoureuses, enrichissantes et souvent supérieures (à cause de l’enseignement personnalisé 1 à 1).

    Je conclurais donc en disant que la règlementation actuelle est plus que suffisante et un plus grand resserrement serait contre-productif et risquerait de susciter un exode d’un grand nombre de familles qui se dévouent à l’éducation de leurs enfants.

  • Alex Ghislain

    Il y a plusieurs lacunes en effet mais elles sont dues à un manque d’informations de votre part. En effet, la loi a été changée et vous citez l’ancienne loi. Les parents ont de très bons rapports avec la direction de l’enseignement à domicile, mise en place depuis juillet 2018. Il y a une bonne collaboration. Il est évident que les agents de qui vous parlez ne proviennent pas de cette direction. Il est possible de ce soient des membres de commission scolaire qui ne détiennent aucun projet d’apprentissage et n’ont aucun contact légitime avec les parents car ils ne sont plus sous leur juridiction. Lorsqu’il y a des dépôts de plaintes intempestifs à la DPJ, il est peut être comprenable que les parents dénoncés faussement ne souhaitent plus de contacts. Le protecteur du Citoyen a dénoncé cette pratique des commissions scolaires de faire des plaintes non fondées à la DPJ. Le protecteur du Citoyen a aussi exprimé le manque de collaboration que cela entrainait puisque la relation de confiance n’était plus possible par la suite. Faut-il se plaindre de récolter ce que l’on a semé? Être favorable à un resserrement des règles sans fonder notre opinion sur les faits et divulguer cette fausse information dans les médias est néfaste aux personnes concernées, à la qualité de l’information que devrait promouvoir les journalistes ainsi qu’à la démocratie. Il est dommage de lire de telles inepties dans la presse. Le règlement actuel oblige d’émettre un avis, de rédiger un projet d’apprentissage, d’enseigner 7 matières de base obligatoires, de faire état de la progression de l’enfant, de faire des bilans de mi- et de fin de parcours, de participer à une ou des rencontres de suivi (cela peut être fait par téléphone parce que les intervenants au dossier n’ont pas de fonds pour se déplacer à domicile), de fournir des évaluations (examens du ministère, par un titulaire de droit d’enseignement, par un porte-folio,…). C’est plus que suffisant pour s’assurer du suivi des enfants. Obliger les examens et le programme du ministère est illégal (selon les dires de Monsieur Proulx en séance parlementaire) et néfaste pour les enfants. Il serait pertinent de se demander ce qui poussent des parents à se priver d’un second salaire pour rester avec leurs enfants à la maison plutôt que de les envoyer dans le système. Pourquoi imposer un système à des enfants qui souvent ne peuvent s’y adapter et vivent une expérience éducative alternative et enrichissante à la maison? Pourquoi conformité semble être synonyme de qualité éducative pour le ministre alors que nous savons tous les résultats médiocres du système (taux élevé de décrochage, faible taux de diplomation ) ?

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