Opinion
10:17 11 avril 2019 | mise à jour le: 11 avril 2019 à 10:17 temps de lecture: 2 minutes

Laïcité et signes religieux

Laïcité et signes religieux

Quoique je puisse comprendre que le fait que le principe de dérogation et l’utilisation possible du bâillon soient intégrés dans le projet de loi sur la laïcité de l’État horripilent le co-président de la commission Bouchard-Taylor, Gérard Bouchard, je sourcille quelque peu toutefois sur un des arguments utilisés par le sociologue en entrevue à l’émission 24/60 sur les ondes de RDI.

«Quand les gens parlent de laïcité, ils font référence à la séparation de l’Église et de l’État. […] Mais en quoi le port de signes religieux par un employé de l’État peut remettre en question cette séparation?», déclare Gérard Bouchard.

Là où ou le bât blesse dans cette assertion, c’est d’énoncer que porter une croix autour du cou, un turban sur la tête ou bien un voile, n’empêcherait pas les défenseurs du port de signes religieux d’exercer leurs taches avec compétence et impartialité. Or, à mon point de vue, ils ont déjà franchi le seuil de l’impartialité dans une salle de classe lorsque leurs convictions religieuses affichées par un symbole religieux sont plus importantes que leur professionnalisme en tant que représentants d’un État laïc auprès des jeunes.

Conséquemment, le port de ces signes religieux heurte de plein front la notion même de « référence à la séparation de l’Église et de l’État ».

 

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Commentaires 1

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  • Roitel

    Ce n’est pas en refusant le débat juridique, politique et social que l’on peut apprécier l’importance de l’identité qui unit les sujets du droit comme principe de liberté dans un état laïc.
    Comme personne juridique et agent politique, mon identité est disjointe de mes appartenances, de mes croyances, de mon orientation sexuelle. Autrui ne me ressemble pas forcément, répète John Locke, mais c’est un autre moi identique dans sa liberté de penser, sa sensibilité, son expression qui s’exercent dans le cadre du droit commun.

    Au-delà des divergences, plusieurs chercheurs et philosophes rappellent que « l’identité qui unit les sujets du droit est aussi le principe dont dérivent leur pluralité et leur diversité. C’est donc aux antipodes d’une uniformisation. En établissant chacun dans ce droit égal et universel, l’individualité juridico-politique ne confine pas les individus à leur état réel. Loin de les méconnaître, elle leur ouvre l’éventail des possibilités, leur permet de déployer leur singularité pourvu que les droits d’autrui (qui sont les miens) soient préservés. Ce déploiement peut s’enraciner dans une communauté préexistante au corps politique ou disjointe de lui. Mais le droit d’adhérer à une communauté n’est effectif que subordonné à la liberté de non-appartenance. »
    Ce droit qui favorise le citoyen dans la société civile plutôt que l’individu est supporté par une perspective différente selon le droit anglo-saxon, le libéralisme à l’américaine ou selon le droit républicain, à la française.

    Alors il est primordial de légiférer en matière de laïcité.

    En ce qui a trait à l’éducation, comme professeure en Éthique et Culture des religions depuis 2008, j’ai pu – dans une certaine mesure – « vérifier » que le cours ÉCR n’est pas un moyen d’éduquer au vivre ensemble et que des dispositions laïques seraient le mieux adaptées à l’éducation de notre société.
    Ce n’est pas en juxtaposant les différentes positions qu’on arrive à construire quoi que ce soit, ni en leur disant «il y a différentes communautés et chaque communauté fait ce qu’elle veut, c’est toujours respectable ». Parce qu’alors, chacun reste campé sur son appartenance –à supposer qu’il en ait une.
    Il faut passer par la crise, une mise à distance de ce que l’on croit penser, de ce que l’on croit être ; c’est nécessaire pour tout le monde. Un débat utile où on fait un pas au-delà de la simple tolérance, où le doute est non seulement permis, mais requis.
    Et cela passe aussi par un acte visible, « une sorte de rite qui rappelle concrètement cette nécessité : en passant le seuil de l’école, on devient un peu un autre, un enfant devient un élève. »
    Cela ne signifie pas que l’on soit « discriminé », contraint ou que l’on doive rompre avec son identité, avec sa communauté, mais qu’il y a un moment où sa propre pensée doit comprendre où se déployer et où s’abstenir. Contre l’intégrisme, la respiration laïque pour reprendre l’expression de Kintzler, c’est la possibilité de vivre ensemble et c’est aussi le défi auquel nous sommes confrontés aujourd’hui au Québec.