Opinion
05:47 13 février 2019

Enregistrement des armes ou soins en santé mentale? Faux débat!

Enregistrement des armes ou soins en santé mentale? Faux débat!

La majorité des décès par arme à feu au Québec sont des suicides et plus de 100 Québécois s’enlèvent la vie à l’aide de ce moyen tous les ans. Pour prévenir le suicide, nous devons agir sur plusieurs fronts, notamment en réduisant l’accès aux moyens de s’enlever la vie (dont les armes à feu) et en facilitant l’accès à des ressources et des soins en santé mentale. Ce sont deux mesures qui ont démontré leur efficacité.

En verrouillant, en entreposant et en enregistrant leurs armes, les propriétaires contribuent à la prévention du suicide. Ils le font pour leur propre sécurité, mais aussi pour celle d’un membre de leur famille, d’un ami ou d’un voisin, puisque près du tiers des personnes qui utilisent une arme à feu pour se suicider ne sont pas propriétaires de l’arme. La vigilance de chacun est nécessaire.

Un registre permet de savoir si un individu possède des armes et à quel endroit elles sont entreposées. Il facilite ainsi le travail des policiers et des intervenants lorsqu’ils doivent intervenir de façon urgente ou préventive avec une personne en détresse. L’arme à feu est un moyen extrêmement létal qui n’offre que très rarement une seconde chance à la personne en détresse. Bien que le suicide soit multifactoriel, la présence d’une arme dans la maison multiplie par cinq les risques de suicide.

Il importe ici de comprendre dans quel état se trouve la personne ayant des pensées et des comportements suicidaires : elle souhaite cesser de souffrir, sa perception de la situation et de l’aide disponible est troublée par sa souffrance et elle est ambivalente face à la mort jusqu’à la toute dernière seconde. Si le moyen qu’elle a en tête pour s’enlever la vie n’est pas disponible au moment où sa détresse est la plus vive, un drame peut être évité. La présence d’une arme à feu, surtout lorsqu’elle n’est pas traçable par les intervenants et les policiers, donne très peu de temps aux proches, intervenants et policiers pour intervenir auprès de la personne suicidaire. L’arme représente un risque majeur dans ces circonstances.

Investir dans un registre, c’est investir dans une mesure de prévention du suicide

Des voix s’élèvent actuellement contre le registre des armes à feu et réclament que les sommes qui lui sont investies soient plutôt consacrées à la santé mentale. Nous croyons qu’il est tout à fait injustifié de prétendre qu’investir dans l’une de ces mesures se fait au détriment de l’autre. L’enregistrement des armes est une façon d’agir en prévention du suicide.

Rappelons que les nombreux suicides par arme à feu ont un coût énorme pour notre société, alors que l’enregistrement des armes est gratuit pour les propriétaires et représente un coût annuel de 5M$ pour l’État (soit 0,60$ par citoyen), une somme relativement minime par rapport aux besoins en santé mentale. En effet, 1,3 milliard de dollars par an sont actuellement consacrés aux programmes de santé mentale (en plus des sommes investies dans les services hospitaliers et communautaires) et il est absolument nécessaire de renforcer les soins, puisque les besoins sont grands; les lacunes et le manque de ressources en santé mentale sont sérieux et méritent d’être évalués attentivement.

L’investissement collectif dans un registre est donc tout à fait raisonnable pour une mesure qui a déjà contribué à sauver des vies : l’ensemble des mesures fédérales adoptées à la suite de la tuerie à Polytechnique, dont l’enregistrement de toutes les armes, ont été associées à une baisse des suicides par armes à feu. Au Québec, nous avons constaté une baisse de 53 % des suicides par arme à feu entre 1995 et 2011, et ce, sans indice de substitution avec d’autres moyens. Il est également démontré que les pays ayant un contrôle plus serré des armes à feu présentent un taux de suicide avec ce moyen inférieur aux pays qui n’en ont pas. Investir en santé mentale ne remplacera pas l’enregistrement des armes à feu : ces mesures sont toutes deux nécessaires pour prévenir les décès par suicide.

En terminant, rappelons que trois suicides sont commis chaque jour au Québec alors qu’il s’agit d’une cause de décès évitable. Faisons ce qui est facilement à notre portée pour prévenir d’autres drames. Nous enregistrons nos voitures, certains animaux de compagnie. Pourquoi pas nos armes à feu? Pour la prévention du suicide, appuyons le registre, enregistrons nos armes et investissons dans les soins de santé mentale.

Jérôme Gaudreault, Association québécoise de prévention du suicide
Diane Harvey, Association québécoise pour la réadaptation psychosociale
Geneviève Fecteau, Association canadienne pour la santé mentale – Division du Québec
Renée Ouimet, Mouvement Santé mentale Québec
Lynda Poirier, Regroupement des centres de prévention du suicide du Québec
Roxane Thibeault, Regroupement des services d’intervention de crise du Québec

Commentaires 11

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  • Boissonneault

    Selon les statistiques, rien n’indique que l’enregistrement des armes longues a influencé le nombre annuel de suicides. Cet enregistrement a été aboli en 2012 et il n’y a eu aucune augmentation du nombre de suicides au Québec depuis. Ce système d’immatriculation des armes d’épaule ne sera pas plus utile que le registre fédéral qui a coûté une fortune et qui n’a pas démontré avoir sauvé une seule vie en 17 ans d’existence.

  • Yves Boissonneault

    Pourquoi présenter les données jusqu’en 2011 ? Si on regarde plus loin, soit après l’abolition du registre fédéral des armes d’épaule en 2012, il n’y a aucune augmentation du nombre annuel de suicides. Il y a meme une baisse importante en 2016. Cela démontre que l’enregistrement des armes longues n’a aucune influence sur le nombre de suicides. Ce système d’immatriculation des armes d’épaule au Québec n’aura aucune utilité et regardez bien les coûts exploser comme ce fut le cas avec le registre fédéral qui, après 17 ans d’existence n’a pas démontré avoir pu sauver une seule vie.

  • Potvin, Jean-FGrancois

    L’argument d’exemple de voitures et d’animaux de compagnie est encore une fois une argmument poudre aux yeux.

    L’enregistrement de voiture sert au policiers sur la route ainsi que pour payer pour le réseau routier, indemnisation pour les blessés via la SAAQ.

    Pour les animaux c’est pour le service de gestion des animaux faites par les municipalités.

    Pour les armes à feu on peut svp m’expliquer il s’agit de quoi ??

    Aucun registre va sauver des vies. Écrit noir sur blanc dans le rapport du coronaire du massacre de la Poly.

    Ce qui peux sauver des vies est l’éducation et le bon entreposage et plus de vérification pour les demandeurs de PPA, investir en santé mentale pour détecter les individus problématique.

    Présentement les saisies préventives quand quelque ne va pas bien se font et ce sans registre.

    D’ailleurs il y a aussi le programme verrouile ton arme de la fédéCP qui va haut delà des les lois fédérales.

    Malheureusement les sous du registre ne sont pas égalé en santé mentale et les organismes qui pronent le registre nuisent à leur cause par la bande.

    Je trouve ca vraiment triste que depuis 29 ans on ne veux pas aller dans une direction différente pour oser obtenir de vrais résultats et au lieu de se fier à des statisques bidons.

  • Potvin, Jean-Francois

    RE: un coût annuel de 5M$ pour l’État (soit 0,60$ par citoyen)

    Euh Pardon ?

    Contestation judicière pour obtenir les données irronés du défunt registre fédérale.
    plus de 25 millions.

    Défense de contestation contre la NFA contre le registre Québecois et l’appel du 26 fev 2019
    ? $$$$$

    7.2 Millions de dépensé jusqu’à maintenant pour pas 25% des armes, ca fait plus de 20$ par armes à feu.

    Imbrication du registre dans le CRPQ. Ordi dans les voitures de police. Il n’est pas inclus dans le budget celui là
    ni le 5M annuel.

    • Denis Doucet

      7.2 millions c’est ce que le (ou la) porte-parole du gouvernement a donné. Mais la ministre elle-même avait dit « à date 20 millions dont 15 pour l’enregistrement et 4 pour (je me rappelle plus pourquoi) » Cela donne 19 millions mais c’est ce qu’elle a dit dans sa conférence de presse le 28 janvier, veille de la date butoir .

  • Donald Bouchard

    J’ai un permis de possession d’arme à feu que je renouvelle au 5 ans, j’achète un permis de chasse à l’orignal chaque année depuis 35 ans, j’achete un permis de chasse au petit gibier à chaque année et tout ça est déjà informatisé. Il doivent bien savoir que je possède des armes, je chasse quand même pas avec une sarbacane.je comprend pas en quoi l’enregistrement de mes armes changerait quoi que ce soit à part coûter dès millions de dollars à une province qui est déjà parmi les plus taxés au monde .
    Disons donc la vérité, c’est rien d’autre qu’une décision purement politique pour plaire à un lobbying anti armes , rien d’autre. Ils passent leurs temps à nous traiter de pro arme, je suis pas pro arme et je comprend que de détenir une arme est un privilège et c’est lors de la remise du PPA que le travail doit être fait .

  • Etienne Tremblay

    Sur les 100 suicides commis avec une arme à feu annuellement, combien sont survenus avec des armes qui n’ont pas été ramassées par les policiers lors d’un retrait préventif? Car si celui ci n’a pas lieu, l’enregistrement d’une arme est insignifiante.

  • Alcide Bélanger

    Article très intéressant démontrant que l’un n’empêche pas l’autre et rédigé par des experts du milieu de la santé mentale et dont je supporte entièrement. Merci.

  • Alcide Bélanger

    Je me demande bien quelles sont les qualifications en santé mentale que possèdent les chasseurs comparées à celles des personnes qui ont rédigé cet article si ce n’est une propagande provenant de NFA National Fire Arm Association qui milite contre le registre de peur que d’autres provinces emboitent le pas.

  • Luc Coderre

    Allez vous vouloir enregistrer les arbres dans la forêt au cas ou l’un d’eux servirait à un suicide ( comme c’est arrivé si et trop souvent) ? Allez vous vouloir enregistrer les cordes pour tous ceux qui ont décidé d’utiliser cet outil pour se suicider ?
    Ou bien tous ceux qui se suicident par noyade, allez vous demander d’enregistrer les piscines, les lacs et les rivières ?

    Rien ne va empêcher quelqu’un de passer à l’acte s’il le décide et peu importe la façon et les outils pour le faire.
    Qu’une arme soit utilisé ou bien un autre outil, si la personne n’est pas soignée quand elle en a de besoin, elle peut passer à l’acte peu importe la façon de faire.

    Ce n’est donc pas les armes qui sont en cause, mais bien les individus qui sont troublé d’une façon quelconque.

  • Guylaine Presseault

    Vous proposez des solutions faciles mais combien inefficace et cela a déjà été prouver avec l’ancien registre fédéral. Des causes de suicides il y en a multitude et les armes à feu sont loin d’être la principale source. Les propriétaires d’armes légales ont tous un PPA ( qui commande une enquête à tous les 5 ans) .
    Parmi ceux qui ce sont suicidé, combien avait un PPA en règle ?

    Si vous voulez vous attaquer au vrai problème ? Commencez par investir dans les soins mentale pour tous ceux qui ont besoin de se faire traiter au lieu de vous attardez à des honnêtes gens qui pratiquent leur sport en toute sécurité.

    Par ce que l’on peut lire, il est facile de constater que vous n’êtes pas bien placer ni très connaissant pour pouvoir vous exprimez sur ce sujet.

    Chaque propriétaire d’armes légales possède plus de connaissance en la matière que vous n’en n’aurez jamais. N’allez surtout pas demander à un piéton qui n’a jamais conduit de sa vie de faire des règles sur la conduite automobile, il ou elle ne possède pas les qualifications requises.
    Chacun son domaine, et la majorité des suicides ne sont pas commis par arme à feu.

    Le propriétaire d’une voiture , même si elle est enregistrée, rien empêche un conducteur d’aller frapper une autre voiture si elle est décidé.

    Faux débat, c’est certain, c’est complètement illogique et irresponsable de penser comme ca. Donnez donc des soins aux gens qui en ont vraiment besoin.
    C’est là que doit aller les investissements au lieu de vous attaquez à des gens qui n’auront jamais en généralité de problèmes de santé mental. Très minime %, on ne parlerait même pas de 1 % des détenteurs de PPA.

    Merci