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15:15 1 mars 2018 | mise à jour le: 1 mars 2018 à 15:15 temps de lecture: 5 minutes

Sept députés quittent le Bloc québécois, Martine Ouellet reste

OTTAWA — Les sept députés dissidents du Bloc québécois claquent la porte et siégeront comme indépendants à la Chambre des communes. Celle dont ils contestaient le style de gestion, Martine Ouellet, a affirmé qu’elle comptait néanmoins rester à la barre du parti.

Louis Plamondon, doyen du Bloc.

La Presse canadienne

«Je reste en place. J’ai été élue par les membres du Bloc québécois», a tranché la leader bloquiste en point de presse, mercredi.

La chef Ouellet a affirmé que la porte serait «toujours ouverte» pour les sept démissionnaires, plaidant au passage que son côté «orienté tâche» avait peut-être pris le dessus sur le «côté orienté personne» et que cela avait pu être un irritant.

«Je suis vraiment déçue parce qu’on a une responsabilité au-delà de nos individus, on a une responsabilité envers le Bloc québécois, envers les 20 000 membres du Bloc québécois, on a une responsabilité envers l’indépendance du Québec», a-t-elle dit.

Le caucus du Bloc québécois s’était réuni quelques heures auparavant pour tenter de dénouer la crise.

À son arrivée au parlement, mercredi matin, avec les trois élus qui s’étaient rangés dans son camp — Marilène Gill, Xavier Barsalou-Duval et Mario Beaulieu —, Martine Ouellet se disait prête à tendre la main aux sept députés dissidents et à travailler sur sa personnalité.

Ces dissidents — Louis Plamondon, Luc Thériault, Rhéal Fortin, Gabriel Ste-Marie, Monique Pauzé, Michel Boudrias et Simon Marcil — sont entrés dans la salle en groupe et en sont ressortis ensemble peu de temps après le début de la rencontre.

Martine Ouellet dit leur avoir soumis une proposition de travail plus souple et avoir ouvert la porte à une médiation, sans succès.

«La journée d’aujourd’hui, ce n’est pas la fin du Bloc québécois», a offert Xavier Barsalou-Duval, l’un des trois alliés de Mme Ouellet, lorsqu’il a pris la parole au même lutrin où les députés dissidents étaient venus annoncer un peu plus tôt qu’ils abandonnaient le navire bloquiste.

«On a tout essayé»

Le doyen du Bloc québécois, Louis Plamondon, qui a lu la déclaration dans le foyer de la Chambre des communes, mercredi matin, n’a pu retenir ses larmes en annonçant l’éclatement du Bloc québécois, entouré des élus qui partent avec lui.

Son collègue Luc Thériault lui a posé la main sur l’épaule pour le réconforter avant de prendre la parole à son tour et affirmer que le caucus «ne pouvait plus continuer à se promener d’une crise à l’autre».

«On était devant deux choses, là, c’est bien bien clair: soit Mme Ouellet partait, ou soit nous, nous partions. Les Québécois méritent (…) qu’on se tienne debout pour eux et qu’on fasse notre job ici», a-t-il tranché.

Disant «trouver ça dur», il a ajouté que la «proposition de fonctionnement» que leur avait soumise Martine Ouellet un peu plus tôt n’avait «rien de nouveau» et que cela témoignait d’un «déni inquiétant».

«Ça fait à peu près un an qu’on vit ça à l’interne, a expliqué le député Gabriel Ste-Marie. (…) À chaque semaine, il y avait une confrontation, une mésentente.»

«Je veux que nos sympathisants, notre monde chez nous, comprenne qu’on a tout essayé. (…) C’est le coeur meurtri qu’on sort aujourd’hui», a tranché M. Thériault.

De retour au micro, le député Plamondon a soutenu qu’il «quitte la chef», mais qu’il «ne quitte pas le Bloc québécois».

«J’ai eu plusieurs crises au Bloc québécois. C’est sans doute la plus profonde», a soufflé celui qui a été élu pour la première fois à la Chambre des communes en 1984.

Comprendre le message

Attristé par la situation, l’ex-chef du Bloc québécois Gilles Duceppe invite Martine Ouellet à quitter ses fonctions.

«Je pense qu’il y a un message à Mme Ouellet, 70 pour cent du caucus dit que ça ne fonctionne pas avec elle, a-t-il souligné en entrevue. Elle devrait comprendre le message, me semble-t-il.»

L’opposition entre l’indépendance et la défense des intérêts du Québec, citée par Martine Ouellet comme l’une des pommes de discorde, est un faux débat, à son avis.

«Ça masque qu’il y a un problème de leadership très clairement et ça masque que préparer la souveraineté, ce n’est pas seulement le dire. Il faut le faire concrètement et éviter des erreurs comme siéger dans un autre parlement que celui où est le parti dont on est le chef.»

Martine Ouellet siège comme députée indépendante à l’Assemblée nationale tout en étant chef du Bloc québécois à Ottawa.

Celle-ci a rappelé qu’elle avait été élue par acclamation à la tête de son parti. «Le Bloc québécois, c’est beaucoup plus que le caucus, c’est l’ensemble de ses membres», a-t-elle expliqué en donnant en exemple le «renouveau complet» de l’aile jeunesse du parti comme l’un de ses succès.

En début de journée, le Forum jeunesse du Bloc québécois, présidé par l’ancienne attachée de presse de Mme Ouellet, Camille Goyette-Gingras, avait lancé une véritable attaque en règle contre les élus mécontents.

«Vous avez une responsabilité, une redevabilité envers le mouvement indépendantiste (…), pouvait-on lire dans le communiqué. Vos actions susciteront véritablement des réactions et des conséquences qu’il faut à tout prix éviter.»

L’exécutif du parti doit se réunir samedi pour discuter de la situation. Le prochain congrès du parti où un vote de confiance pourrait avoir lieu est prévu en mai 2019, soit quelques mois avant la prochaine campagne électorale fédérale.

Mylène Crête et Mélanie Marquis, La Presse canadienne

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