Société
20:00 16 octobre 2018

La guérison des victimes est possible

Élevée dans un petit milieu où la communauté était tissée serrée, Sarah* a subi de l’intimidation pendant huit ans dès le primaire où il y avait une centaine d’écoliers. Malgré ces événements qui l’ont blessée secrètement, la femme d’aujourd’hui est parvenue à se libérer des sentiments de culpabilité et de honte.

Sarah a mis du temps pour se sortir des séquelles dues à l’intimidation, mais elle y est parvenue.

(Photo Métro Média – Alain Couillard)

 

«Tout a commencé au primaire et cela s’est poursuivi au secondaire et même un peu au cégep soit de 1995 jusqu’en 2003. Au primaire, j’étais une enfant comme tous les autres. J’étais toujours choisie la dernière quand il y avait deux chefs d’équipe. J’étais souvent mise de côté et je ne savais jamais pourquoi.» Ce sentiment de rejet, Sarah a dû composer avec au moment de la transition entre l’enfance et l’adolescente qui marque un pas important dans la vie.

Sarah se souvient qu’au moment de la prise de la photo officielle à l’école, en début d’année, qu’elle était toujours la petite fille bien assise au milieu en avant. «J’avais souvent la plus belle robe et mes parents étaient très loin d’être riches. En 1997, son père a mis sur pied un organisme communautaire qui avait une très grande visibilité régionale ce qui m’a amené à être sous les projecteurs. «Je recevais beaucoup de félicitations d’adultes par mon implication et encore une fois, je crois qu’il y avait la jalousie.»

Elle raconte que sa première journée à l’école secondaire, regroupant 400 élèves, l’a marquée. «Je suis allée saluer des amis assis sur un banc et on m’a clairement dit qu’on ne voulait pas de moi avec eux. Mes parents sont allés parler aux parents de ceux qui m’intimidaient. Cela n’a vraiment pas été une bonne idée. Ce que je subissais à l’école s’est déplacé dans l’autobus et ailleurs.»

S’en libérer est possible

Dans la trentaine aujourd’hui, Sarah a complété ses études universitaires et elle est parvenue à extirper ces éléments qui l’ont marqué. «Je pense que j’ai toujours eu confiance en moi. Le conseil que je veux donner aux adolescents qui subissent de l’intimidation c’est de se mettre en action. De trouver des champs d’intérêt ou des passions et les vivre. Surtout, il faut en parler à des gens de confiance et ne pas s’isoler.»

Avec ses étincelles dans les yeux, indiquant qu’elle mord aujourd’hui plus que jamais dans la vie, Sarah avoue qu’il n’est pas facile de s’en sortir complètement. «Au cégep, il m’est arrivé de m’auto rejeter d’un groupe par peur d’une perception faussée.

Un concours de circonstances a fait en sorte qu’elle a croisé l’un de ceux qui l’avaient intimidée à l’adolescence. «Celui qui parlait plus fort que les autres à l’école est devenu un ami. Un soir, l’alcool aidant, on s’est parlé et il m’a dit qu’il ne se souvenait pas de m’avoir intimidée.» Son but, se souvient-elle, était de faire rire les autres. «Il ne faisait que répéter ce qu’un autre élève lui soufflait à l’oreille. Je ne pouvais pas contrôler la façon dont je me sentais par rapport aux mots et aux gestes dont j’étais victime.»

:*Prénom fictif pour protéger l’anonymat.

Un phénomène qui n’a rien de marginal

Un portrait de la violence regroupant 125 écoles primaires et 79 écoles secondaires du Québec, réalisé par Claire Beaumont et Éric Frenette de l’Université Laval, et Danielle Leclerc de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), a été publié en avril 2014. Il démontrait que la proportion d’élèves victimes de harcèlement à l’école était similaire au primaire et au secondaire et variait selon la nature de l’agression.

Pour la région de Québec, INTERaXions agit auprès des adolescents victimes d’intimidation, de leurs parents et du milieu scolaire. Établi depuis 2014, il a comme objectif d’informer, de sensibiliser, d’outiller et d’accompagner chaque victime.

Selon la directrice générale Suzy Patton, l’intimidation est présente dans le milieu scolaire. «On l’identifie par quatre critères: l’intention de blesser ou de faire du tort, la répétition des gestes, l’inégalité des rapports de force et est-ce que cela blesse la victime?» La directrice générale mentionne que l’organisme offre un lieu à l’extérieur du milieu scolaire.

Suzy Patton insiste, les jeunes qui sont témoins d’intimidation deviennent des facteurs de changements. «Selon des statistiques, lorsqu’un jeune se positionne contre l’intimidation, le comportement de l’agresseur va généralement cesser dans les 10 secondes qui suivent.» Elle soutient qu’une personne sur trois subit de l’intimidation dans son parcours de vie.

La responsabilité de l’école

La loi 56, en vigueur depuis le 15 juin 2012, prévoit l’obligation, tant pour les établissements d’enseignement publics que privés, de mettre en oeuvre un plan de lutte contre l’intimidation et la violence. Il vise à prévenir et à contrer toute forme d’intimidation et de violence à l’endroit d’un élève, d’un enseignant et de tout autre membre du personnel de l’école. D’ailleurs, le conseil d’établissement a l’obligation d’approuver le plan de lutte contre l’intimidation et la violence et son actualisation est proposée par le directeur de l’école.

Parmi les éléments inscrits dans la Loi 56, on prévoit, entre autres, des mesures visant à assurer la confidentialité de tout signalement et de toute plainte concernant un acte d’intimidation ou de violence. S’ajoutent des mesures de soutien ou d’encadrement offertes à un élève victime d’un acte d’intimidation ou de violence ainsi que celles offertes à un témoin ou à l’auteur d’un tel acte. Les sanctions disciplinaires sont applicables spécifiquement au regard des actes d’intimidation ou de violence selon la gravité ou le caractère répétitif.

Il est bon de noter que l’établissement scolaire a l’obligation de transmettre au ministre, au plus tard le 31 décembre de chaque année, un rapport annuel qui fait mention de la nature des plaintes qui ont été portées à sa connaissance et des interventions qui ont été faites.

www.interaxions.org

L’intimidation au primaire en chiffres

20.6% : Élèves insultés ou traités de noms quelques fois par mois

23.8% : Élèves qui ont été frappés une ou deux fois dans une année

5.6% : Élèves agressés et blessés gravement une ou deux fois par année

(Source: Beaumont, Leclerc et Frenette, 2014)

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