Société
14:58 8 février 2017 | mise à jour le: 8 février 2017 à 14:58 temps de lecture: 4 minutes

Attentat de Québec: la mission des intervenants psychosociaux

ATTENTAT. Le soir même des événements de Québec, une équipe ressource du CIUSSS de la capitale nationale se mettait en branle pour soutenir ceux et celles qui étaient affectés par la situation. Leur rôle a été primordial dans les premiers moments, mais se poursuit encore pour plusieurs mois.

En plus des services d’urgence, les intervenants psychosociaux du CIUSSS ont contribué au soutien des victimes et des témoins de la tragédie de dimanche soir.

(Photo TC Media – Archives)

Dimanche soir, 21h. L’horreur vient de se passer à Québec. Johanne Baril, travailleuse sociale pour le Centre intégré universitaire de santé et services sociaux (CIUSSS) de la capitale nationale de garde cette soirée-là, est appelée à se rendre à l’hôpital Saint-François-d’Assise. «On avait 12 témoins de l’attentat qu’on devait accueillir, raconte Mme Baril. Ils devaient rencontrer l’infirmière, le médecin, puis les enquêteurs.»

Le rôle de Johanne Baril et ses collègues à ce moment-là: supporter et écouter et référer aux bons intervenants les personnes, toujours en situation de choc quelques heures à peine après les événements. «Ce n’est pas le temps de faire de la grosse intervention psychosociale», explique la spécialiste. Elle s’est rendue ensuite à l’aréna de Sainte-Foy. Là-bas, les gens au premier étage attendaient pour rencontrer les enquêteurs, tandis que ceux au rez-de-chaussée attendaient des nouvelles de leurs proches, victimes de l’attentat.

Les premières heures et les premiers jours après les événements, il est essentiel de normaliser les émotions vécues par les personnes touchées. Les conseils sont tout simples et l’écoute est primordiale. «On retourne beaucoup aux besoins de base, rapporte Johanne Baril. As-tu mangé? As-tu dormi? As-tu pris le temps de te laver? »

Le docteur Jean-Bernard Pocreau, psychologue et cofondateur du Service d’aide psychologique spécialisée aux immigrants et réfugiés, s’est impliqué dès le lendemain matin sur plusieurs fronts, dont le coaching des intervenants. «Ça prend une approche adaptée à ce genre de situation, mais aussi en harmonie avec la communauté ethnoculturelle avec qui on doit travailler.»

Laisser tomber la poussière

Dans les prochains jours, le centre de crise mis en place à l’hôpital Jeffery Hale sera dissous, mais le travail ne s’arrête pas pour autant. «La porte d’entrée pour recevoir de l’aide, c’est la ligne 811», martèle Johanne Baril. Le service Info-Social 8-1-1 est composée de travailleurs sociaux qui répondent aux questions de ceux qui les appellent et les réfèrent au bon service pour eux.

Vivre un événement d’une telle violence est d’autant plus difficile pour les membres de la communauté musulmane, étant donné que la plupart d’entre eux ont quitté leur pays qu’ils aimaient en raison de la guerre qui frappait. «Plusieurs sont venus ici pour deux raisons: retrouver un sentiment de sécurité et offrir à leurs enfants cette sécurité», explique M. Pocreau. Certaines personnes, porteuses de blessures antérieures, pourraient réagir difficilement à une telle épreuve.

La solitude est un facteur aggravant des syndromes post-traumatiques. «Quand la personne est seule, c’est là que le ruminement commence, explique Dr Pocreau. On se repasse le scénario en boucle dans la tête, comme quand on vient de vivre une situation avec un haut degré de stress.» Les intervenants du CIUSSS ont d’ailleurs contacté plus de 200 personnes impliquées de près ou de loin avec les événements pour faire connaître leur service et leur offrir leur écoute.

Le docteur Pocreau est clair à ce sujet: il faut rester attentif aux signes qui peuvent indiquer les symptômes d’un stress post-traumatique, même, et surtout, plusieurs mois après les événements. «Pendant le premier mois, on peut voir des périodes de stress aigu, explique le spécialiste. C’est après cette période que les symptômes d’un stress post-traumatique commencent à apparaître. C’est là qu’il faut rester particulièrement vigilant, parce qu’on ne fait pas toujours le lien avec les événements.» La dégringolade peut être brutale dans ce genre de situation, mais le CIUSSS travaille à accompagner les personnes en difficulté.

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