Société
15:00 29 avril 2017 | mise à jour le: 29 avril 2017 à 15:00 temps de lecture: 6 minutes

Un quart d’heure dans le bureau de la (di)rectrice

PORTRAIT. Travail d’équipe, développement et reconnaissance : la nouvelle rectrice élue Sophie D’Amours a dévoilé comment elle amènera l’Université Laval à se dépasser lors d’une rencontre avec Québec Hebdo, à son bureau, hier matin.

Sophie D’amours a été élue au poste de rectrice de l’Université Laval.

(Photo tirée du site de Sophie D’Amours)

«C’est une belle semaine. C’est une belle victoire d’équipe. J’ai eu beaucoup de support et d’appuis», mentionne-t-elle doucement d’entrée de jeu, revenant sur sa victoire de mercredi, faisant d’elle la première femme à occuper l’important poste pour la communauté universitaire, mais également la première à être élue au premier tour avec 50,7% des voix.

Mme D’Amours aura les yeux bien tournés vers l’avenir au cours de son mandat, ne mentionnant aucunement la précédente administration, si ce n’est que pour avoir de bons mots pour son rival Éric Bauce. Et l’avenir, selon elle, devra être construit en équipe.

«Je veux qu’on fasse tomber des silos, qu’on travaille plus ensemble. Les défis de nos sociétés sont complexes. On a besoin que nos experts des différents domaines travaillent plus ensemble pour adapter nos formations et pour faire avancer la recherche. Dans l’interface des disciplines, il y a beaucoup de découvertes à faire», assure-t-elle.

Une communauté éprouvée

L’élection de la professeure titulaire en génie industriel est survenue après une année fort éprouvante pour la communauté universitaire. D’abord à l’automne, un étudiant s’infiltre dans les résidences et aurait agressé sexuellement des locataires. Puis, cet hiver, la grève du Syndicat des employés de soutien paralyse les services aux étudiants sur le campus, causant de nombreuses frustrations.

Comment réinstaurer le climat de confiance à l’Université? «On s’occupe de notre monde. Les gens sont fatigués. Il y a eu beaucoup d’émotion et de travail cette année. Je pense que les gens ont besoin qu’on leur dise merci, qu’on est fier d’eux», réagit d’abord l’ancienne vice-rectrice à la recherche.

Elle demeure somme toute fière de la façon dont le campus s’est sorti de sa torpeur. «On a vu qu’une des grandes forces de l’Université Laval, c’est de se serrer les coudes pour faire face à ses défis et de passer au travers. Ça donne beaucoup d’espoir pour l’avenir. Il y a une envie de protéger nos étudiants, de maintenir leur formation malgré toutes les difficultés, maintenir notre qualité d’enseignement et de recherche. C’est vraiment quelque chose, quand on pense aux défis qu’on a vécus cette année.»

Une nouvelle façon de voir l’enseignement supérieur?

Sophie D’Amours souhaite se pencher sur l’offre de formation de l’Université. La formation à distance, technologie oblige, prend davantage de place dans l’offre. Les détracteurs de cette formule se font parfois entendre.

Professeure depuis 1995, Mme D’Amours a vécu le changement technologique. Loin d’être contre la formation à distance, elle y voit un puissant outil, lorsque c’est possible de l’appliquer. Mais sa réflexion va plus loin. «On va travailler à enrichir l’expérience étudiante : comment les étudiants peuvent interagir entre eux, avoir des projets. On veut travailler de nouvelles approches pédagogiques plus actives, plus conscientes de l’environnement, des enjeux sociaux, des effets sur la culture. On a besoin d’avoir de l’ouverture pour nos étudiants», assure-t-elle.

La recherche, une nécessité

La nouvelle élue voit la recherche universitaire comme une nécessité, et non comme un luxe. «Il faut continuer à mettre de la pression très, très forte sur le gouvernement parce que les résultats de la recherche bénéficient en premier lieu aux citoyens du Québec et du Canada», argue-t-elle.

Elle comprend cependant que le financement de la recherche doit également se développer à l’aide de partenariats interuniversitaires. «On peut travailler avec les autres universités québécoises et même d’ailleurs à travers le monde, partager un certain nombre d’infrastructures de recherche», avance-t-elle.

Mme D’Amours estime arriver en poste à une période charnière pour la recherche. «On pense qu’on va faire plus de découvertes dans les 20 prochaines années que ce qu’on a fait depuis le début de l’humanité. Laval, on va être dans le coup», certifie-t-elle.

Partenaire de Québec

L’Université est indissociable de Québec, croit Sophie D’Amours. Des milliers d’étudiants travaillent et vivent des expériences de stage dans la capitale, fait-elle remarquer.

Elle n’hésite pas à plaider pour une meilleure association entre les deux entités. «Il faut arrimer certaines stratégies de développement, que ce soit le développement économique ou le développement international. Je pense qu’on peut faire de grands progrès. L’Université attire un grand nombre d’étudiants internationaux, qui, on l’espère, vont avoir envie de s’installer à Québec et y avoir leur famille. Si on travaille mieux avec la Ville, on pourra mieux réussir cette intégration», pense-t-elle.

Mme D’Amours veut que son institution fasse partie de la solution pour le transport en commun de la région. «On a besoin d’une solution de transport en commun bonifiée. On a maintenant 60 000 étudiants inscrits, il y a un flot, une congestion, qui est plus fréquente autour de l’université et à l’entrée des ponts. C’est clair qu’on devra résoudre le puzzle du transport en commun», indique-t-elle.

Où sera l’Université Laval dans 100 jours?

Après 100 jours d’administration D’Amours, où en sera l’Université Laval? «Elle est sur les rails par rapport à un certain nombre de dossiers. Les chantiers de l’avenir sont des propositions de révision, des grandes initiatives où on va développer des nouvelles offres de formation. Ils seront en marche. Nous aurons aussi une nouvelle équipe avec des mandats renouvelés pour l’ensemble de la direction d’ici le 1er juillet et on aura lancé la planification stratégique.»

D’ici son entrée en poste, Sophie D’Amours s’alloue du repos, mais surtout de la réflexion. Un leadership féminin différent, certes, mais qui s’annonce surtout posé et progressiste.

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