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14:15 17 juillet 2021 | mise à jour le: 9 juillet 2021 à 09:49 Temps de lecture: 6 minutes

Votre enfant est-il vraiment difficile?

Votre enfant est-il vraiment difficile?
Photo: Stuart JennerLes pleurs sont un signe de détresse émotionnelle chez l’enfant. /123RF

Parentalité. On entend souvent les parents se plaindre que leur enfant est difficile, qu’il fait des crises. Et pourtant, selon le psychologue et professeur émérite associé à l’École de psychologie de l’Université Laval, Richard Cloutier, une minorité d’enfants ont vraiment un tempérament difficile. Mais beaucoup d’enfants ont des parents qui les encadrent mal.

Quand un parent dit de son enfant qu’il est difficile, c’est qu’il a attribué à l’enfant une part de responsabilité dans les crises. «Vous le diagnostiquez comme étant difficile. La notion d’enfant difficile c’est le réflexe parental d’apposer une étiquette à leur enfant.»

Selon le psychologue, les enfants qui ont un tempérament difficile, donc qui sont plus irritables de naissance, sont rares. La notion de tempérament fait référence au bagage héréditaire, alors que la personnalité réfère à l’histoire personnelle ajoutée au tempérament.

«Si l’enfant se manifeste par un débordement émotionnel, et que vous lui apposez cette étiquette, il va peut-être vous donner raison en devenant ce personnage. Notre idée de nous-même, notre estime de soi, est le reflet de ce que l’environnement nous renvoie dans notre enfance. Donc si tu entends à répétition que tu es un enfant difficile, ça va devenir ton modèle mental», expose le Dr. Cloutier.

Le langage et les émotions

Avant l’apparition du langage, donc avant l’âge de 3 ans, il est plus difficile pour l’enfant d’exprimer ses états d’âme et ses émotions comme la colère et la frustration. Donc, souvent, c’est par les pleurs qu’il va s’exprimer lorsque la marmite déborde. «Ça fait partie de la vie!

À partir de 3 ans, il pourra faire ses demandes verbalement, s’exprimer. On observe qu’il y a moins de gestes impulsifs à partir de cet âge lors d’épisodes de colère.»

La clé se trouve dans la dynamique que le parent établit avec son enfant, à savoir ce qui est acceptable ou pas. Certains sont interventionnistes obsessifs, alors que d’autres laissent tout tomber. «Notre norme en tant que parent peut jouer beaucoup sur l’existence d’un problème. Il existe une différence marquée d’une famille à l’autre, selon qu’elles soient plus ou moins strictes. L’enfant apprend à composer avec ça.»

Comment agir?

Le psychologue croit que la première chose à faire pour un parent est de se questionner.

Est-ce que c’est moi ou c’est vraiment mon enfant qui déborde? L’idée est de chercher à comprendre ce qui se passe, et éviter de penser que le parent a raison en partant.

«Un enfant fatigué, qui a faim, qui vit des tensions, compte tenu de sa propre norme, va être dans un concept plus favorable à disjoncter. C’est ce que j’appelle la tempête parfaite. Un enfant sensible, irritable, que l’on met dans une situation interminable ou désagréable, c’est évident qu’il y aura une explosion possible. Surtout s’il ne doit pas toucher à rien, ou attendre longtemps. Certaines familles sont souvent proches de la tempête parfaite parce que la gouverne et l’anticipation n’ont pas lieu. Le parent est fatigué lui-même, surchargé et n’a pas beaucoup d’aide, ou de ressources. Ça peut sauter facilement. »

Des outils pour diminuer le risque

Si l’on ne comprend pas la cause du débordement émotionnel et que ça survient souvent, c’est plus préoccupant. La crise peut devenir une stratégie payante pour l’enfant s’il obtient ce qu’il veut avec cette méthode. «Il ne faut pas que la crise soit payante, mais il ne faut pas non plus penser que tous les enfants mentent ou manipulent», croit le Dr. Cloutier qui est un grand adepte des stratégies parentales de prévention.

Penser que nous ne devons pas changer nous-même pour accommoder la sécurité de nos enfants, cela revient à dire que nous sommes un parent qui ne fera pas de compromis, et ça, ça part mal. «Le bon parent c’est celui qui gère avec l’estime de tout le monde, il n’y a pas de perdant, pas d’humiliation. L’enfant a besoin d’être sécurisé, consolé, au terme de la crise. La majorité des familles réussissent avec ce genre de stratégie. Sinon, il ne faut pas hésiter à consulter. Vivre avec cela pendant des années ce n’est pas une solution», termine le spécialiste.

Comment s’y prendre?

  • Le mieux c’est toujours de prévenir les évènements déclencheurs.
  • Le parent doit rester calme et ne pas crier ou s’énerver lui aussi. «Certains parents n’ont pas de recul et sont toujours à limite, ils sont réactifs, ce n’est pas constructif.»
  • Il doit chercher à comprendre ce qui se passe, savoir s’il aurait pu anticiper la crise. «Un parent qui comprend, encourage de bonnes stratégies d’interventions. Il faut commencer par soi-même et comprendre pour pouvoir intervenir avant la crise la prochaine fois.»
  • Faire un time out, sortir du contexte.
  • Essayer d’avoir un contrôle d’anticipation pour prévenir la dégradation de la situation.
  • Canaliser l’énergie de l’enfant vers des activités ou des distractions gagnantes.
  • Prévoir des jeux dans l’auto pour passer le temps, faire des pauses sur la route, les laisser courir un peu, leur parler de ce que sera la récompense à l’arrivée.
  • Les routines sont très utiles, mais quand il y a des bris de routine du côté du parent, c’est déstabilisant pour les enfants. «Souvent il y a des malentendus. Surtout avec les petits qui n’ont pas pu prévenir ce qui allait se passer. Donc si le parent est clair en établissant son scénario et en validant si l’enfant a bien compris ce qui est attendu de lui, tout se passera beaucoup mieux.»
  • Quand on promet quelque chose, on livre la marchandise.
  • «Après l’événement, à partir du niveau de compréhension de l’enfant, il faut lui expliquer ce qui s’est mal passé, pourquoi il est fâché et lui apporter une solution. Pour diminuer la perte de l’enfant sans pour autant céder à ses caprices. On ne cède jamais, on réoriente.»
  • Féliciter l’enfant lorsqu’il réussit à composer avec ses émotions. Cela renforce les progrès. «L’enfant est plus capable de comprendre que ce que l’on pense.»

«Le tempérament de notre enfant fait partie du bagage avec lequel il faut composer. Certains parents ont des tempéraments explosifs. Il faut être un modèle de calme soi-même de calme et non pas en monter le ton et ce faisant, mettre de l’huile sur le feu de la crise..»

-Richard Cloutier, Ph.D., psychologue

 

 

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Commentaires 1

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  • Christian Poisson

    Excellent article! Il y a beaucoup de matière condensée dans ce texte: c’est concret et pratico-pratique, mais ça met de l’avant toute l’importance de RÉFLÉCHIR et de pas s’arrêter à des raccourcis simplistes. On est vite à vouloir une « recette » pour que notre enfant dorme bien, qu’il obéisse, qu’il arrête ses crises, etc. Beaucoup d’étiquettes à la mode ont finalement pour effet de renvoyer à l’enfant qu’il est fautif, alors que son « symptôme » s’inscrit dans une dynamique souvent systémique et complexe (attachement, exigences parentales trop élevées, cadre inconstant, modèles contreproductifs, prophétie autoréalisante, laxisme, manque de repères, manque de temps avec le parent, transmission intergénérationnelle, etc.). À trop vouloir « déculpabiliser » les parents, c’est presque devenu tabou de parler de leur rôle crucial dans la vie de leur propre enfant et de son développement. Merci M. Cloutier pour ce vent de fraicheur, vous faites honneur à la profession de psychologue.