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14:36 26 janvier 2021 | mise à jour le: 21 janvier 2021 à 14:50 temps de lecture: 8 minutes

Où est passée notre résilience?

Où est passée notre résilience?
/Photo 123RF

Depuis le début de la pandémie, Ève Dubé, professeure invitée au département d’anthropologie de l’Université Laval, surveille de près l’adhésion aux directives de santé publique des Québécois. Ses travaux de recherche portent principalement sur les enjeux culturels, sociaux et éthiques entourant la prévention des maladies infectieuses. Nous l’avons questionnée sur les difficultés actuelles pour trouver du positif en période de pandémie.

«Actuellement il est facile de tomber dans le négatif parce qu’il y a beaucoup de personnes négatives, alors c’est facile de trouver ce discours-là un peu partout et sur les réseaux sociaux. Le discours plus positif est plus difficile à vendre», constate Ève Dubé. Pourtant, pendant ces mois d’arrêt, plusieurs ont découvert le yoga, la méditation et le pouvoir du moment présent, sans toutefois le crier sur les toits. «La pression sociale est forte. Quand on est entourés de gens négatifs, c’est plus difficile de dire: moi ça va bien. »

Est-ce malgré tout possible de trouver au fond de soi des ressources pour faire face et même sortir meilleur de la pandémie ? «Je pense que la pandémie met en lumière le meilleur comme le pire de l’humain. La situation est exceptionnelle, inédite, et c’est là qu’on voit tout le continuum possible de l’adaptation. Il y a bien sûr eu le choc initial au début de la pandémie, mais au fil du temps les gens développent toutes sortes de stratégies d’adaptation dans tout nouveau contexte parce qu’on ne peut pas vivre dans l’inconfort sur le long terme», pense l’anthropologue.

Axer sur le positif

S’il ne faut pas nier la fatigue de la population, avec toutes les mesures contraignantes auxquelles vient s’ajouter le couvre-feu, il reste que chaque personne est responsable de développer sa capacité de résilience face à l’épreuve. «Avec la pandémie, l’influence des réseaux sociaux sur notre perception est grande. Il faut essayer de prendre des pauses, et retirer les personnes toxiques de nos relations parce que celles-ci peuvent nous maintenir dans un mauvais état d’esprit», conseille Ève Dubé.

Si, comme parent, le rythme des derniers mois a été différent, il est tout de même possible de faire émerger de nouvelles traditions, et de profiter de ce temps que l’on n’avait pas avant. Sans compter que l’attitude des parents influence grandement celle des enfants. Un parent résilient stimule par ricochet la résilience chez ses enfants. «Parfois, il faut juste se concentrer sur ce qu’on peut contrôler afin d’en tirer le meilleur parti. Pour les jeunes adultes, c’est plus difficile, je peux comprendre, mais il ne faut pas sous-estimer la capacité de résilience et d’adaptation des jeunes.»

«Mon grand-père disait: «Fais pas ce que tu aimes, apprends à aimer ce que tu fais!» C’est des lunettes qu’on choisit de mettre pour voir la vie.»

Ève Dubé, anthropologue

S’inspirer des générations précédentes

À travers le temps et les époques, c’est en resserrant les liens dans la communauté au lieu de se diviser que l’humain a pu traverser les grandes crises. «Lors de la grippe espagnole, à l’époque des grosses familles, il y avait beaucoup de soutien et d’entraide dans les familles et dans les communautés. Il faut s’accrocher à ce qui nous relie plutôt qu’à ce qui nous oppose. La pandémie met en lumière le fait qu’on est tous connectés. On a tendance à ne pas voir que tout le monde a un impact, que les actions de chacun ont des conséquences. On a tous a un rôle à jouer, il faut se rappeler que l’on fait partie d’une société», insiste-t-elle.

Force est de constater que la génération actuelle a plus tendance à s’apitoyer sur son sort qu’à trouver ses forces intérieures pour faire face aux nouveaux défis. Il s’agit là d’une question de confort et d’expérience vécue selon l’anthropologue. «Pour plusieurs, c’est la première grande épreuve et la première réelle privation de liberté, donc c’est plus difficile que pour ceux qui ont connu plus de difficultés. La résilience, ça se développe à travers les épreuves. Ça peut être intéressant d’écouter nos grands-parents sur les enjeux qu’ils ont eus au cours de leur vie. Certains ont dû arrêter l’école très jeune pour travailler et aider la famille, alors que d’autres ont été obligés de faire la guerre. Ça peut nous aider à nous rappeler qu’on est quand même confortable dans notre confinement en 2021.»

Développer sa résilience au lieu de s’apitoyer, une stratégie gagnante pour surmonter les épreuves./Photo 123RF

En effet, ailleurs en ce moment même la guerre et la famine font rage en plus de la pandémie. De quoi remettre en perspective notre besoin pas si vital d’aller magasiner. Pourtant, malgré des conditions de vie plus qu’acceptables et un filet social beaucoup plus solide qu’ailleurs, les gens aiment se plaindre. «Il y a quelque chose avec les réseaux sociaux qui laissent plus de place au chialage qu’au positif. Ça donne l’impression qu’il y a moins de résilience, mais j’aime croire que c’est un miroir déformé de la société et que la réalité est moins pire qu’elle n’y parait.»

La pandémie met encore plus en lumière le négatif du discours sur les réseaux sociaux où deux groupes s’opposent: ceux qui chialent sur les mesures sanitaires et les autres qui chialent sur ceux qui chialent sur les mesures. «Dans ce climat de polarisation, il faut voir une grande tendance à l’individualisme. On pense beaucoup à notre nombril. Dès qu’on a une frustration, on la vit plus difficilement puisqu’on est plus centré sur nos propres besoins et nos propres intérêts comme société. L’individualisme est un courant social en montée depuis plusieurs années. C’est une tendance des sociétés développées qui est plus grande que la somme des individus. En Asie, par exemple, la vision collective du monde est beaucoup plus grande que la nôtre», termine l’anthropologue.

6 stratégies pour développer notre résilience

1-Travailler notre bienveillance et notre empathie. En ce moment, on est tous à fleur de peau, donc on devient vite agressif ou choqué par les actions des autres. En se mettant à la place des autres, on peut penser que la personne qui ne porte pas son masque l’a oublié, ou qu’elle est dans la lune au lieu de penser qu’elle a fait exprès et la juger, par exemple.

2-Essayer de se focaliser sur le positif même s’il y en a peu. Travailler sur ce dont on a le contrôle. Par exemple, même si je suis choquée du couvre-feu, j’ai peu de chance que ça change, donc je dois trouver une façon d’en tirer mon parti et de vivre avec ça.

3- Ignorer les personnes toxiques ou les nouvelles qui nous maintiennent dans le négatif. Se connecter plutôt aux personnes et aux nouvelles qui nous font du bien et qui nous aident à garder le moral.

4-L’engagement. Faire notre part pour la communauté en aidant d’autres personnes autour de nous peut être très gratifiant.

5-Se reconnecter sur ses valeurs et ses intérêts. Pourquoi ne pas prendre ce temps de plus qui nous est accordé dans les circonstances pour faire ce que nous avons toujours remis à plus tard par manque de temps? Par exemple, apprendre une nouvelle langue, à jouer d’un instrument, intégrer des changements plus écologiques, se mettre au yoga ou à la méditation, faire plus d’exercice, etc. C’est peut-être aussi le meilleur moment pour arrêter de fumer, boire moins, apprendre à nos enfants à cuisiner, bref profiter de l’occasion pour améliorer ses habitudes de vie et savourer le moment présent.

6- Développer sa gratitude au jour le jour. Vivre au Québec c’est être dans l’une des meilleures places au monde, nous rappelle Ève Dubé. Pensons aux conditions de vie des migrants, des enfants de la guerre ou même des femmes ailleurs dans le monde et apprenons à voir ce qui est bon et bien dans notre vie. La situation pourrait être bien pire.

 

 

 

 

 

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