Économie
07:48 18 juillet 2020 | mise à jour le: 18 juillet 2020 à 10:56 temps de lecture: 7 minutes

Les commerçants se plient à la responsabilité citoyenne du couvre-visage

Les commerçants se plient à la responsabilité citoyenne du couvre-visage
Photo: (Photo Métro Média - Archives)Le port du masque est obligatoire dans les espaces publics fermés au Québec à partir de ce samedi 18 juillet. (Photo Métro Média - Archives)

SANTÉ. Le monde des affaires accepte à contre-coeur la décision du gouvernement du Québec obligeant le port du couvre-visage dans les lieux publics clos à compter de ce samedi 18 juillet. Les 13 organisations représentant presque l’ensemble des entreprises qui auront à appliquer cette nouvelle directive y voient un moyen d’éviter la propagation de la Covid-19. Cependant, elles déplorent l’ajout de cette responsabilité dans leur cour.

Dans un communiqué conjoint, le regroupement estime que la santé publique est la responsabilité et l’affaire de tous et non celle d’un seul groupe. Toutefois, on soulève une crainte à l’effet que l’ensemble des risques et du stress lié à l’application des règles incombe aux employés et exploitants des commerces. À l’instar de la ville de Toronto, mais aussi d’autres États comme l’Angleterre ou encore la Belgique, les commerçants verraient d’un bon oeil la mise en place d’amendes proportionnées visant directement les consommateurs contrevenants.

Commentaires de chacune des organisations

«En effet, depuis le début juillet tant les clients que les exploitants torontois sont sujets à une amende pouvant atteindre 400$. Le caractère dissuasif de la mesure a permis une vaste et rapide adhésion de la mesure dans la population.» – Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA)

«Les hôteliers et propriétaires d’établissements d’hébergement ont déjà dans leur ADN la sécurité sanitaire de leur environnement. Nous comprenons les décisions prises, mais nous regrettons que le fardeau incombe auprès de nos entrepreneurs, qui appliquent déjà de hauts standards sanitaires. Nos hôteliers sont des hôtes accueillants et ne veulent pas jouer un rôle policier.» – Xavier Gret, président-Directeur général de l’Association Hôtellerie Québec (AHQ)

«Les restaurants auront à gérer une particularité notoire, soit le fait que la clientèle retirera son masque lorsqu’elle sera assise. Il faudra donc surveiller le port du masque dans toutes les allées et venues des clients et les avertir en cas de manquement. Les exploitants jonglent déjà avec les exigences de la Santé publique et de la Santé et sécurité du travail pour offrir une expérience sécuritaire à leur clientèle. Ils n’ont pas besoin de jouer à la police en plus sous peine de recevoir une amende.» – Alain Mailhot, président-directeur général de l’Association Restauration Québec (ARQ)

«Depuis 4 mois, les entreprises s’efforcent de faire respecter au mieux toutes les mesures imposées par le gouvernement. Ils sont proactifs, anticipent les règlements et font preuve d’une adaptation surprenante pour maintenir la propreté et la distanciation sociale dans leurs espaces. Ces derniers devraient bénéficier de soutien et de ressources pour maintenir la sécurité sanitaire et non subir des pressions et parfois des menaces pour faire appliquer une réglementation dont ils ne sont pas responsables.» – Caroline Tessier, directrice générale de l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal (ASDCM)

«Nos membres, des commerces de toutes tailles, sont inquiets de se voir attribuer le rôle de policiers dans la gestion du port du masque obligatoire. Certains commerces, déjà à bout de ressources, devront encore une fois puiser dans des poches déjà vides afin d’allouer du personnel à la fonction policière que le gouvernement nous impose. N’en jetez plus la cour est pleine!» – Marc Fortin, président du Conseil Canadien du Commerce de Détail-Québec (CCCD)

«Compte tenu des multiples exemptions en matière des droits de l’homme qui existent en regard de cette politique, et de l’incapacité́ des détaillants à exiger une preuve d’exemption, il est déraisonnable de s’attendre à ce que les employés exercent le rôle de policier ou risque des amendes importantes.» – Anne Kothawala, Présidente et chef de la direction du Conseil canadien de l’industrie des dépanneurs (CCID)

«Alors que les détaillants ont prouvé qu’ils agissent de façon responsable dans les mesures sanitaires imposées. Pourquoi on sent maintenant le besoin de leur imposer des amendes pour appliquer la mesure du port du masque par les clients?» – Stéphane Drouin, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD)

«Depuis le début de la crise, les entreprises ont collaboré en consacrant des ressources importantes dans l’application des directives du gouvernement. Elles craignent à présent d’être les uniques responsables du comportement des individus et du respect des nouvelles mesures nécessaires de santé publique. Le ministre de la Santé et des Services sociaux devrait préciser davantage l’application des sanctions et la notion de responsabilité pour les individus, dans le décret publié cette semaine.» – Charles Milliard, président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ)

«Le port du masque obligatoire est de loin préférable à un deuxième confinement qui pourrait être fatal pour de nombreuses entreprises. Toutefois, la logique dicte qu’on paie pour nos propres fautes et non pour celles des autres. Cette même logique devrait s’appliquer à cette nouvelle obligation. C’est pourquoi, nous unissons nos voix aujourd’hui pour que le gouvernement ajuste le tir et responsabilise les individus qui contreviennent à la directive de la santé publique.» – Gopinath Jeyabalaratnam, analyste principal des politiques à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI)

«Nos détaillants seront encore dans l’obligation de mettre des ressources supplémentaires pour faire respecter cette nouvelle mesure gouvernementale, alors qu’ils devraient plutôt diriger tous leurs efforts vers les ventes en offrant un service à la clientèle et une expérience à la fois agréable et sécuritaire en magasin au consommateur.» – Debbie Zakaib, directrice générale de la Grappe mmode

«Depuis le début de cette crise sanitaire, nous sommes partenaires avec le gouvernement du Québec ainsi que la Santé publique. Cependant, il faut prendre en considération que nos établissements gèrent déjà une nouvelle réglementation et il serait utopique que nous soyons mis à l’amende en plus. La responsabilité civile se doit d’être respectée des deux côtés de la barrière et, en ce sens, nous aimerions voir une rectification de la part de Québec afin de bien partager la responsabilité avec le citoyen et pas juste cibler les commerçants. Soyons tous responsables et proactifs afin de freiner la crise du Covid-19 au Québec.» – Pierre Thibault, président de la Nouvelle association des bars du Québec (NABQ)

«Nous sommes inquiets de la nouvelle responsabilité ajoutée aux restaurateurs qui en ont déjà énormément sur les épaules. Il est insensé que des employés de restaurants soient responsables du port du masque chez les clients et que les seules amendes ou pénalités excluent les individus qui seraient éventuellement fautifs. Le précédent créé est dangereux.» – David Lefebvre, vice-président des Affaires fédérales et pour le Québec chez Restaurants Canada

«Les disparités existantes entre les types d’établissement, entre leurs ressources et entre leur localisation rendent complexes l’application de ce règlement. Le respect du port du couvre-visage étant une responsabilité individuelle et citoyenne, les clients contrevenants aux mesures de sécurité devraient être imputés de façon équitable sur l’ensemble du territoire, sans que le commerce en subisse de pression économique. Nous ne doutons pas de la coopération de nos membres pour faire respecter ces mesures.» – Jean-Pierre Bédard, président du Regroupement des Sociétés de développement commercial du Québec (RSDCQ)

Québec Hebdo

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Commentaires 1

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  • Denis Beaulé

    Le présent siècle se sera divisé en deux : partisan.e.s vs opposant.e.s au couvre-visage…

    Immense enjeu, la vie même. Mais quelle vie? Ou quelles vies?

    L’année précédente avait été celle de glorification infinie du à visage découvert.
    Rien, absolument rien sur terre ne pouvait avoir plus transcendante valeur que
    l’« à visage découvert ». Assorti de dévoilement d’arrière-visage, de considéré
    « signe ».

    Jusqu’à ce jour le visage masqué aura été associé principalement aux brigands,
    aux détrousseurs de banques, aux fiers-à-bras de gangs de rue, et al.

    À partir de maintenant, il le sera plutôt aux plus exemplaires d’entre nous.

    Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. Horreur l’an passé, honneur
    cette année et pour années à venir.

    Ne reste-t-il pas les yeux, découverts, « miroir d’âme »!?

    Et qu’y a-t-il de plus précieux, valeureux que notre âme?
    Le corps, imaginez, la matière, le matériel.

    Ce qu’on vise à « sauver », en effet, avec le couvre-visage
    c’est essentiellement la vie physique, matérielle sensible.
    Non la vie morale, affective, spirituelle ou psy.

    On estimerait que celle-là vaut plus que celle-ci?

    Ah, rétorquera-t-on, bien beau de faire ainsi le malin, mais
    sans vie physique, on ne va pas loin en vie d’autre nature.

    N’empêche.

    Ne s’en précipite-t-on pas moins en ce moment sur une voie
    à sens unique, considérée la seule véritablement sage et sensée,
    seule vraiment rationnelle, inspirée de la science et empreinte de
    discernement.

    Pourtant…

    Ne pourrait-il y avoir une ou des voies autres, intermédiaires, plus
    nuancées?
    Ne se pourrait-il pas que, tout considéré, mieux vaudrait montrer
    moins de rigueur ou rigorisme à propos de présumé nécessité
    du couvre-visage, et davantage à l’égard d’êtres humains
    tels par exemples les malentendant.e.s?

    Pour « sauver des vies » on en a laissé mourir sans « vie »
    sans personne à côté d’elles et d’eux;
    pour en « sauver » d’autres, prétendument, en privera-t-on
    plus encore de comprendre ce qui se dit?
    Que « sauve »-t-on, qui « sauve »-t-on ainsi? Peut-être
    rien ni personne.