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19:54 30 avril 2020 | mise à jour le: 1 mai 2020 à 09:45 temps de lecture: 6 minutes

Parents dans l’impossibilité de retourner travailler à l’école faute de garderie

Parents dans l’impossibilité de retourner travailler à l’école faute de garderie
Ces parents n'ont pas de solution.

DÉCONFINEMENT. L’absence d’aide gouvernementale aux milieux familiaux privés, contrairement aux services de garde reconnus, ainsi que la diminution des ratios, a forcé plusieurs de ces milieux à fermer, laissant plusieurs parents qui doivent retourner travailler sans aucune solution.

Claudie*, enseignante, cherche encore une solution. Sa fille, d’âge scolaire, pourra aller au service de garde d’urgence scolaire la première semaine, tandis que son fils de 4 ans, qui n’a plus son milieu familial habituel, a obtenu une place en CPE en tant que service d’urgence, mais pour la première semaine seulement, puisqu’il reprendra sa clientèle habituelle par la suite. Claudie a pensé faire venir sa mère garder chez elle, alors que celle-ci fait partie des personnes vulnérables. «Ma mère de 73 ans diabétique avec un conjoint immuno-déprimé devra déménager chez-moi la semaine prochaine pour mes deux enfants. Ensuite, mon fils déménagera chez elle pour une à deux semaines… Donc je « place » mon fils pensionnaire chez ma mère», se désole l’enseignante.

L’éducatrice en milieu familial des enfants de Sylvie* ne rouvrira pas non plus. «L’employeur me dit d’utiliser les services de garde d’urgence», explique-t-elle. Une solution non viable sur le long terme puisque ceux-ci ne seront disponibles qu’une semaine avant de reprendre les enfants qu’ils accueillent d’habitude. «Je suis en train d’essayer de me faire exempter, sinon je devrais donner ma démission», précise Sylvie, qui en tant que personnel administratif, espère trouver une solution virtuelle pour aider les élèves qu’elle accompagne. Chez ces deux familles, les pères sont des travailleurs essentiels ou télétravaillent 60h par semaine, diminuant l’attention et l’encadrement nécessaire pour le développement des enfants.

Une maman travaillant comme personnel de soutien à la Commission scolaire de la Capitale a également interpellé Québec Hebdo. «Le service de garde en milieu familial de ma fille de 3 ans a fermé définitivement suite à la COVID. Je suis secrétaire d’école primaire et les écoles recommençant à ouvrir, je suis appelée à être sur place dès lundi le 4 mai, le télétravail ne peut se poursuivre. Mes parents ayant plus de 70 ans ne sont pas disposés à recevoir ma fille. Une amie me dépanne la semaine prochaine mais ensuite rien… personne… je ne peux être à deux endroits en même temps. […] J’ai dû faire une trentaine d’appels minimum pour me faire dire que les nouvelles inscriptions ne peuvent être acceptées. J’ai 26 garderies d’ajoutées sur ma place 0-5 ans», explique celle-ci qui connaît d’autres parents dans la même situation, tout comme Sylvie et Claudie qui ont signifié ne pas être les seules dans leur école primaire.

Les milieux familiaux privés tombent comme des mouches

Les milieux de garde familiaux privés ne bénéficient pas d’aide financière, alors que le taux de fréquentation et le ratio devront aussi être réduits à l’instar du réseau public (l’éducatrice aura droit d’accueillir trois enfants incluant les siens contre six en temps normal). Puisque personne ne vient pallier leur absence de rentabilité, plusieurs ont dû mettre la clé sous la porte.

«On demande aux éducatrices de garder les places jusqu’en septembre sans que les parents aient à payer et sans avoir le droit de mettre fin au contrat. Elles n’auront pas droit à la PCU et ne seront pas financées», explique Sophie Forget Bélec, présidente de l’Association québécoise des milieux familiaux éducatifs privés.

La présidente, qui parle carrément de «faillite de réseau», représente plus de 500 milieux familiaux privés et elle donne un chiffre approximatif de 100 milieux qui ont fait part de leur fermeture jusqu’à présent. Pour Mme Forget Bélec, la solution consisterait en une aide financière et une formation continue en parallèle. «On ne veut pas perdre les femmes qui offrent des bons milieux», exprime celle qui attend une réponse du ministre de la Famille prochainement.

Les commissions scolaires dans le flou

Les centres de services administratifs attendent avec hâte la semaine prochaine pour avoir un portrait juste du nombre d’enfants à venir dans les écoles pour ajuster leurs scénarios et leur personnel.

Martine Chouinard, secrétaire générale des Premières-Seigneuries, explique que les services de garde d’urgence dans les écoles ne sont pas adaptés aux tout-petits. «Si une employée ne peut pas se présenter [faute de service de garde], elle ne peut pas, concède Mme Chouinard. Si j’ai une centaine d’employés qui ne peuvent pas rentrer, on va mettre de la pression sur le ministère de la Famille», indique-t-elle, en attendant d’avoir un portrait plus précis. À la question, allez-vous continuer alors à payer cette employée? «Je ne peux vraiment pas répondre tant que je n’ai pas la réponse officielle du ministère de l’Éducation», fait-elle valoir.

«Les directions d’école et les responsables des ressources humaines prendront en compte ces situations, si possible, lors de l’affectation des tâches en tenant compte que certaines fonctions exigent une présence en classe alors que d’autres tâches, comme l’accompagnement des élèves restés à la maison, peuvent se faire à distance», mentionne Valérie Gingras, conseillère en communications pour la Commission scolaire de la Capitale.

Les anciennes commissions scolaires attendent avec impatience les données compilées par chacune des écoles, aussi bien pour le nombre d’employés disponibles que le nombre d’enfants attendus au début de la semaine prochaine. «Le nombre d’élèves va être déterminant. On va voir s’il faut changer les horaires et quelles sont les mesures à mettre en œuvre par exemple, pour assigner du personnel au suivi à distance des élèves», conclut Martine Chouinard.

Au moment d’écrire ces lignes, le ministère de la Famille n’avait pas répondu à nos questions.

 

*Les mamans interrogées dans le texte ont préféré taire leur véritable nom par crainte d’éventuelles représailles de la part de leur employeur.

 

 

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