Actualités
08:15 15 avril 2020 | mise à jour le: 14 avril 2020 à 14:21 temps de lecture: 4 minutes

Dénonciation et privation de libertés: des mesures éthiquement acceptables?

Dénonciation et privation de libertés: des mesures éthiquement acceptables?
Photo: (Photo Métro Média - Perrine Gruson)Il ne faut pas sauter trop rapidement aux conclusions.

VALEURS. La situation que l’on vit actuellement soulève plusieurs problèmes d’enjeux éthiques, notamment en ce qui concerne les dénonciations de personnes qui ne respectent pas les consignes du gouvernement, ou encore pour les questions de privation des libertés individuelles. Dans le cadre de la pandémie, l’expert en éthique de l’Université Laval Luc Bégin donne quelques balises pour arriver à déterminer ce qui est acceptable et ce qui l’est moins.

Luc Bégin rappelle que les consignes gouvernementales sont là pour que les actions des individus se coordonnent afin d’atteindre un objectif commun. «La notion de dénonciation a mauvaise réputation. Dans d’autres sphères, on a parlé de lanceurs d’alerte plutôt que de dénonciateurs», exprime d’emblée le scientifique. Il rappelle que le fait de dénoncer doit être remis dans le contexte d’exception auquel nous faisons face. «La dénonciation elle-même est une question de jugement. […] On doit toujours se demander si la situation présente un risque réel», explique M. Bégin. La crainte de l’expert est que les corps policiers soient submergés de dénonciations futiles. «Certaines personnes pourraient aussi en faire des revanches personnelles. D’autres pourraient se donner un mandat de vigie sociale. Or, ce n’est pas du tout ce que les autorités ont demandé», fait-il valoir.

Pour lui, la dénonciation est justifiée et justifiable dans certaines situations seulement et il ne faut pas aller trop vite sur l’appel aux policiers. Pour résumer, on ne devrait pas se lancer allégrement dans la dénonciation et toujours se demander si la situation est une réelle menace à l’atteinte des objectifs communs. Voir un groupe de 10 personnes se rassembler dans un appartement pourrait par exemple faire l’objet d’une dénonciation. En revanche, voir un aîné ou un couple de personnes âgées aller ensemble à l’épicerie malgré l’âge avancé devrait passer par la discussion avec eux en les aidant à la prise de conscience. «Il faut les protéger. Pourquoi ne pas leur proposer de faire les courses à leur place?», donne comme exemple Luc Bégin.

La question des libertés individuelles

En ce qui concerne l’accumulation de données personnelles, de géolocalisation pour savoir quels sont les déplacements de population, le scientifique croit que l’outil est acceptable dans la mesure où il est utilisé  pour un portrait global. «Mais pour la géolocalisation d’individus particuliers, ce n’est pas acceptable». Pour lui, le risque de mettre cela dans les mains des corps policiers est dangereux. «Ça devient très difficile de leur enlever par la suite».

Un des principaux problèmes de la situation actuelle est l’absence de balises claires, aussi bien pour les individus que pour les interventions policières. «On n’est pas dans le noir ou blanc. […] Puisque les balises ne sont pas d’une clarté absolue, il faut composer avec quelque chose d’un peu flou. On a une sorte de responsabilité partagée», résume M. Bégin. Il y a peu de lois qui ont été votées pour déterminer ce qui est légal ou pas. Beaucoup d’actions, de décisions prises au temps de la Covid-19 sont donc à la discrétion de la personne qui les prend. «Soyons vigilants, mais calmons-nous avant de sauter aux conclusions», termine M. Bégin.

Un apprentissage collectif

Luc Bégin espère que d’un point de vue politique, la collectivité retirera une sorte de leçon de cette crise, sur la façon d’exercer une responsabilité citoyenne. «J’espère qu’on en retiendra quelque chose au sujet du partage et de la solidarité et non seulement dans son champ d’intérêt privé», espère le scientifique.

 

 

Articles similaires

Commentaires 1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Martin

    Il serait intéressant, de connaître le nombre de constat d’infraction remis sur la Côte par la SQ pour non-respect des consignes du gouvernement.