Société
17:00 17 juillet 2014 | mise à jour le: 17 juillet 2014 à 17:00 temps de lecture: 4 minutes

Ces hommes qui ne voulaient pas se battre

TÉMOIGNAGE. 1917. La guerre marque l’Europe au fer rouge depuis trois ans lorsque le premier ministre du Canada impose la Loi du service militaire pour maintenir l’effort de guerre du pays. Dans le rang Saint-Bernard, à Charlesbourg-Ouest, Charles et Frank Giroux refusent de mettre leur vie en jeu pour défendre les Anglais. Récit de deux insoumis raconté par leur nièce, May Villeneuve.
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Lorsque Charles, mi-vingtaine, est convoqué à l’examen médical obligatoire, il répète à la face de l’armée ce qu’il soutient depuis les premières rumeurs de guerre: il est hors de question qu’il y participe. Son frère Frank, plus jeune, est du même avis.

Les policiers militaires ne tardent pas à débarquer à la résidence des Giroux pour arrêter les deux rebelles. La mère, Julie Vaillancourt, leur en refuse l’entrée sous prétexte qu’ils n’ont pas de papiers d’autorisation pour fouiller le domicile. En anglais, ils planifient leur prochaine visite; ils ignorent que la maîtresse de maison, qui s’adresse à eux en français, maîtrise l’anglais en raison de son héritage irlandais.

Bien au fait du plan de la milice, donc, elle peut faciliter la fuite de ses deux fils lorsque les représentants de l’armée reviennent avec un mandat. Bredouilles à la suite de l’inspection des bâtiments, ils tiennent de nouveau un conciliabule en anglais devant la mère: la prochaine fois, c’est bien armés qu’ils imposeront leur loi.

Ils seront accueillis par des voisins brandissant fourches et bâtons. «Tirez, je fesserai après!», lance l’un d’eux dans une formule qui restera célèbre parmi les témoins. Cette fois, néanmoins, Charles et Frank prennent définitivement la poudre d’escampette. Cachés dans l’attelage conduit par leur père, ils rejoignent Tewkesbury la nuit venue, où un ami de la famille, Louis Bernier, les conduit dans le creux de ses terres. Là, dans la forêt, à l’insu du voisinage, ils établiront leur campement de résistance.

Survie en forêt

Les premiers mois, les frères Giroux s’accommoderont d’une tente de l’armée prêtée par un autre ami de la famille, Pierrot Trudelle, le temps de se construire une cabane avec les arbres environnants. La discrétion s’impose en tout temps, jusque dans le rationnement du nombre de bûches qu’on met à chauffer pour éviter que la fumée ne trahisse leur présence. Leurs journées, ils les passent à chasser le petit gibier et à se fabriquer du mobilier de survie.

Chaque semaine pendant plus d’un an, le père, Alfred, se paiera des virées nocturnes dans la forêt de Tewkesbury pour ravitailler ses fils. Les voisins remarqueront bien quelques anomalies dans la routine de la famille Giroux, mais ils seront tenus dans l’ignorance du sort des fugitifs.

À l’armistice, Charles et Frank sont accueillis en héros par les leurs. Le campement de résistance deviendra d’ailleurs le lieu de rendez-vous du pique-nique familial annuel. De leur quotidien pendant la guerre, ils garderont nombre de souvenirs, qui sont présentés tout l’été à la Maison Éphraïm-Bédard, dans le cadre de l’exposition «Échapper ou survivre à la guerre 14-18» de la Société d’histoire de Charlesbourg.

Psssit!

Pieds plats

Charles n’apprendra qu’à l’armistice que l’examen médical subi pour l’armée révélait qu’il avait les pieds plats, ce qui l’aurait exempté du service obligatoire.

Rang Saint-Bernard

Le rang correspond aujourd’hui à côte des Érables, dans l’arrondissement des Rivières. La maison des Giroux s’y trouve encore.

Membre du Groupe Québec Hebdo

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