Économie
16:30 12 août 2008 | mise à jour le: 12 août 2008 à 16:30 temps de lecture: 4 minutes

La Maison Beaumont-Lefebvre, du patrimoine à protéger?

Le patrimoine n’a pas partout sur son territoire la même valeur pour la Ville de Québec. C’est ce qu’affirme Dominique Albernhe et François Rondeau, propriétaires d’une des trois plus vieilles maisons de l’arrondissement des Rivières. La Maison Beaumont-Lefebvre(MBL) de la rue Léo-Lessard a pourtant reçu le statut «reconnaissance» du Ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCCQ).

Lorsqu’en 1998, le couple a mis les pieds pour la première fois dans la maison en vente, elle était abandonnée depuis plus de 18 mois; mais ils ont eu du flair. «Nous n’avons pu rester plus de 10 minutes tellement elle était insalubre. Il y avait des excréments d’animaux partout; c’est vous dire l’état de délabrement de la maison et le travail que nous avons dû accomplir pour la remettre en état, expliquent-ils. Il était difficile d’imaginer le potentiel de cette maison. Mais une pierre à l’entrée portait l’inscription 1838, ça nous a allumés.» Le couple se définit comme des collectionneurs, des amoureux du patrimoine. Ils devaient prendre une décision rapidement pour la sauver in extremis de la démolition. L’acheteur potentiel projetait de la raser et de construire trois habitations sur le terrain.

Mme Albernhe et M. Rondeau se sentent alors investis de la mission de sauvegarder cette maison, une des premières et des mieux conservées des résidences dites permanentes du modèle français adapté à la réalité Québécoise, ce qu’ils découvriront plus tard, lors de leurs recherches. Ils la rénoveront, en puriste, avec des matériaux de l’époque.

Ils réalisent rapidement, lorsqu’ils emménagent dans la maison en 2002, pourquoi elle avait été laissée dans un tel état de délabrement. La maison n’est pas habitable. Une entreprise d’excavation opère de la machinerie lourde à quelques mètres seulement derrière la résidence ce qui selon M. Rondeau cause un cadre de vie malsain, bruyant et peu sécuritaire.

Le couple effectuera au fil des ans de nombreuses recherches afin de confirmer la valeur patrimoniale de l’édifice. Ils découvriront que la construction de MBL remonte au moins à 1760 alors qu’elle apparaît dans l’inventaire des biens d’Élisabeth Beaumont. Elle serait un exemplaire très bien conservé de la «grande maison», marquée par le classicisme français, construite en une seule phase, dont il subsiste peu d’exemples.

En 2003, le MCCQ octroie le statut «reconnaissance» pour cette rare maison rurale du régime français en pierre. Le statut de classement national aurait pu être octroyé, selon l’historien Paul Trépanier, mais la dégradation de l’environnement immédiat dû à la proximité de l’entreprise Lessvill serait un des éléments nuisant à cette classification. L’étude de M. Trépanier lui accorde des valeurs élevées tant de par son ancienneté que de par son style.

Le couple multipliera les démarches officielles par la suite afin que la Ville de Québec relocalise l’entreprise Lessvill, classée de type commercial à incidence élevée alors que selon le couple l’activité de l’entreprise est de type industriel. Un commerce qui, selon eux, de toute façon n’a plus sa place dans un quartier résidentiel en développement. La Ville répondra d’abord favorablement à la demande et entreprendra des discussions avec Lessvill pour sa relocalisation. Les négociations avorteront en 2007, la Ville ne souhaitant pas engager la somme demandée par l’entreprise. Depuis plus rien, les demandes du couple demeurent lettre morte à la Ville.
«La Ville se retranche sur le fait que l’entreprise a des droits acquis et qu’elle ne peut rien faire. On ne veut même pas nous dire si quelqu’un a commencé par vérifier si ces droits tiennent toujours afin de débuter les négociations sur de bonnes bases. Nous, on revendique un droit acquis d’habitation pour une maison qui était là il y a plus de 250 ans; bien avant le garage», estime M. Rondeau.

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