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09:45 26 mai 2021 | mise à jour le: 26 mai 2021 à 09:47 Temps de lecture: 5 minutes

La difficulté de nommer le territoire à travers l’histoire

La difficulté de nommer le territoire à travers l’histoire
Photo: /Archives - Ville de QuébecVue aérienne de Loretteville en 1937.

ARCHIVES. L’arrondissement de la Haute-Saint-Charles est un territoire qui a toujours été difficile à définir et à nommer en raison de son hétérogénéité. Nouveau nom créé après les fusions municipales de 2002, la Haute-Saint-Charles regroupe d’anciennes seigneuries mais est aussi composé de diverses paroisses qui ont fusionné, laissant peu de place à un caractère commun des lieux et à un même sentiment d’appartenance.

«Nommer le territoire de la Haute-Saint Charles, c’est quelque chose qui a été compliqué et pas évident à travers le temps», explique Mario Lussier, historien et président de la Société d’histoire de la Haute-Saint-Charles. En cause? L’immensité du territoire et l’absence d’élément commun auquel s’identifier.

Le découpage

À l’époque, le territoire était découpé en seigneuries, à l’intérieur desquelles il y avait des côtes, qui vont correspondre à ce qu’on appelle des rangs un peu plus tard. «Les côtes sont des lieux d’identification très importants. Par exemple, la rue Racine va porter le nom de Côte du Grand-Saint-Antoine. On donne aussi des surnoms aux côtes, comme la Côte Saint-Jacques (actuel boulevard du même nom) qui sera appelée longtemps Côte de la misère», mentionne l’historien.

Par la suite, ce sont les paroisses qui vont délimiter le territoire. La paroisse de Saint-Charles-Borromée à Charlesbourg va ainsi desservir l’actuelle Haute-Saint-Charles, s’occupant d’un territoire énorme, jusqu’au fond de Val-Bélair.

Identité progressive

À l’époque, en plus du curé de la paroisse de Charlesbourg, il y a un missionnaire en poste auprès des Hurons, sur l’actuel emplacement de Loretteville. Il s’agissait d’un Jésuite qui pouvait exercer le rôle de prêtre et donc inhumer et donner les sacrements, en plus de son rôle de missionnaire. En raison de sa proximité, de plus en plus de gens du secteur vont aller le voir plutôt que de faire appel au prêtre de Charlesbourg.

«À travers le temps, on va par exemple voir beaucoup de baptêmes de gens du rang Saint-Antoine (actuelle rue Racine) auprès du Jésuite missionnaire.  On va trouver ces actes-là en feuillets détachés dans le registre de la paroisse de Charlesbourg, auquel ils ont été ajoutés. […] Le missionnaire va jouer un rôle important parce qu’il va contribuer à créer une espèce d’identité autour de la chute où il oeuvrait, qui s’appelait à l’origine Sault-Saint-Charles, puis chute de Lorette et enfin Kabir Kouba», raconte M. Lussier.

En 1794, le territoire prend le nom de paroisse de Saint-Ambroise de la jeune Lorette et devient officiellement détaché de Charlesbourg. «On sait qu’il y a eu une pétition de citoyens en 1793 pour avoir leur propre paroisse et se détacher de Charlesbourg», évoque le président de l’organisme.

Fusions et défusions

Le territoire seigneurial est aboli en 1854 et en 1855, les municipalités sont créées. La Ville de Saint-Ambroise de la jeune Lorette naît alors, qui est un copier-coller du territoire religieux.

En 1855, la Ville de Saint-Ambroise comprend les actuelles villes de Saint-Émile, Lac-Saint-Charles, Val-Bélair et Neufchâtel. Près 20 ans plus tard, en 1873, le premier cadastre va être créé, sorte de photo du territoire foncier à ce moment-là.

S’ensuivent des défusions et des détachements. Le village de Loretteville se détache en 1904, initiant la première défusion. Il prendra le nom de Loretteville en 1913. La rue Racine est l’épicentre de ce village, où tous les commerces sont installés. On y retrouve une plus grande concentration de population, en raison des emplois générés par les industries, comme la ganterie et les commerces liés au travail du cuir.

Un autre détachement se fait au 20e siècle, motivé par la religion. En 1925, une population considérable en a assez de se rendre à Loretteville pour la messe. Le territoire est toujours très grand et il faut faire du chemin pour se rendre à la célébration. Des villes vont alors se créer comme Val-Bélair, une fusion des deux municipalités Val et Bélair, articulée autour de ses propres institutions religieuses comme les églises Saint-Gérard-Magella et Saint-Michel.

En 2002, à l’époque des fusions, tout va être redécoupé pour former une nouvelle entité: l’arrondissement de la Haute-Saint-Charles, «qui, à peu de choses près, correspond à la paroisse initiale de Saint-Ambroise-de-la-jeune-Lorette», précise Mario Lussier.

Création d’un nouveau nom encore critiqué

Selon Mario Lussier, pour plusieurs personnes encore aujourd’hui, le nom de Haute-Saint-Charles ne se réfère à rien de tangible auquel se rattacher et n’est pas pertinent. «Le nom de Charlesbourg est évident, par exemple, pour nommer l’arrondissement du même nom, illustre-t-il. Mais ici, nommer le territoire ce n’est pas évident. Encore aujourd’hui, notre organisme s’appelle la Société d’histoire de la Haute-Saint-Charles, mais ce nom est critiqué. Il n’y a pas de bonne solution. Le fait d’avoir inventé un nouveau nom vient de ce problème de nommer le territoire.»

Cet article a été écrit en collaboration avec la Société d’histoire de la Haute-Saint-Charles.

Carte postale datant d’avant 1913, illustrant le pont au-dessus de la jeune Lorette. /Photo Archives – Ville de Québec

 

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