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10:04 16 janvier 2021 | mise à jour le: 15 janvier 2021 à 11:12 temps de lecture: 4 minutes

Les Éclairs de Québec en deuil

Les Éclairs de Québec en deuil
Quelque 4000 personnes ont été membres de la fanfare durant les 60 dernières années. /Photo gracieuseté – Michel Légaré

SOUVENIRS. Gaston Légaré, le fondateur du plus vieux corps de tambours et clairons au Canada, est décédé de la COVID le 8 janvier à l’âge de 93 ans, à quelques jours de son 94e anniversaire.

Rita Dumas et Gaston Légaré ont marqué la destinée des Éclairs de Québec. /Photo gracieuseté – Michel Légaré

L’histoire des Éclairs de Québec est tapissée d’éloges provenant des 4000 personnes qui en ont été membre un jour. Son fils, Michel Légaré, membre de la fanfare fondée en mai 1960, raconte que l’origine du corps de tambours et clairons remonte à 1958. «Des gens de la paroisse ont demandé à mon père de s’occuper d’un groupe de jeunes d’une chorale regroupant de bons musiciens. Il n’y avait pas de loisirs aux Saules à ce moment.»

«Mon père voulait devenir chanteur d’opéra, mais à cause d’une situation familiale il n’a pas pu le faire. Il a fait plus de bien en s’occupant des Éclairs.»
-Michel Légaré

Puis est venue la fanfare Les Antonios de ville Les Saules. «C’était le prénom du curé de la paroisse Sainte-Monique, Antoine Masson. Comme nous utilisons le sous-sol de l’église, il fallait être en bon terme avec lui [rires]». Les débuts ne furent pas faciles, tout était à faire, car il n’y avait ni instrument ni uniforme. Le corps de musique était composé de garçons et de filles, le premier du genre au Québec.

Michel Légaré se souvient que c’étaient les mamans qui confectionnaient les costumes. «Elles venaient rencontrer ma mère chez nous. Les filles portaient une jupe bleue à plis, un chapeau rond, comme celui des personnes qui conduisent les ascenseurs américains, et une chemise blanche.» Lorsque les jeunes ont fait leur première parade, ils étaient coiffés d’un chapeau de carton fabriqué par Mme Légaré et quelques parents bénévoles.

On apprend, dans l’historique de la fanfare, que les filles réclamaient un nom qui les représenterait plus adéquatement. La direction opta pour Les Marie-Anne de Ville Les Saules. Ce n’est qu’en 1972, avec l’annexion à la Ville de Québec, qu’on adopta le nom définitif: le corps musical mixte Les Éclairs de Québec. Dans ses meilleures années, le groupe a compté jusqu’à 107 jeunes.

Anectotes

L’âme des Éclairs de Québec est décédée le 8 janvier. /Photo gracieuseté – Michel Légaré

Michel Légaré raconte qu’un jour, autour de 1960, son père a reçu la visite d’un représentant d’un militaire. «Il lui a indiqué que l’armée avait l’intention de former un corps de cadets et que la fanfare allait leur nuire. Il lui a proposé soit de joindre ce groupe ou de se retirer. Mon père a refusé, car certains parents avaient déjà investi dans l’achat d’instruments.»

Il se souvient d’avoir vu ses parents pleurer suite à l’achat de 40 paires de bottes de plastiques. «Elles étaient toutes mal fabriquées, car elles blessaient au sang les pieds des majorettes. Le vendeur n’a pas voulu les rembourser.»

Il raconte aussi que les premiers tambours étaient confectionnés en peau de vache. «Un jour, il a plu lors d’une parade de la Saint-Jean-Baptiste et la peau perçait. On s’est retrouvé sans percussion.»

Sauvetage et hommages

Cherchant du financement pour développer ce groupe musical, un peu avant les années 1970, Gaston Légaré obtient un appui inattendu, celui du Club Kiwanis de Québec. Le groupe était formé d’hommes d’affaires voulant redonner à la communauté. «Je me souviens des noms de Keith Francis et de Camille Lacroix.»

Un jour, raconte le fils du fondateur, l’un des dirigeants du club a demandé à mon père, Gaston, que souhaiterais-tu avoir pour la fanfare? Mon père lui dit, un trombone et deux tambours. Le gars lui répond, tu ne me comprends pas. Tu as besoin de combien d’uniformes, de tambours et de cuivres? Par la suite, mon père a inscrit sur le gros tambour: Les Éclairs Kiwanis Québec.

Beaucoup de musiciens des Éclairs de Québec sont devenus des professionnels. On retrouve, entre autres, Évelin Auger, 1er trombone pour un orchestre symphonique, Murielle Légaré (fille de Gaston), 1ere percussionniste en Amérique au sein de l’orchestre symphonique de Québec et Suzanne Morissette qui est devenue percussionniste aux États-Unis.

Le club Kiwanis a donné un bon coup de pouce aux Éclairs de Québec. /Photo gracieuseté – Michel Légaré

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Commentaires 4

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  • Huguette Poulin Grondin

    Je me souviens que monsieur Légaré amenait une partie de la troupe au Lac St-Joseph avec les instruments et au grand bonheur des estivaliers faisait pousser la note à ses membres. Combien de jeunes ça faisait rêver.

  • Marlene Provencal

    Il n’y a pas de mots pour dire merci pour l’expérience et les tellement nombreux souvenirs imperrissables
    Monsieur Legare a marque la jeunesse de très nombreux adolescents.

    Merci pour le temps de qualité que vous nous avez donné

  • andre savard

    Monsieur Alain Couillard,

    Permettez moi de vous faire part de ma très grande reconnaissance au sujet de l’article que vous avez publié au sujet en titre.

    Je suis originaire de la paroisse Saint-Sauveur et j’ai grandi en face de la maison de la famille Légaré qui étaient des amis de jeunesse de mes parents. C’est en 1958 que nous avons acheté un magnifique petit chalet situé le long de la rivière Saint-Charles avec comme accès un petit chemin de terre et comme installation sanitaire, une petite bécosse en bois isolée quelque peu du bâtiment. Entourés des familles Tremblay, Dion et Nicol, nous y avons vécu jusqu’à la fin des années 90 des été heureux en compagnie de centaines de parents et amis venus de partout, mes parents étant généreux et appréciant la compagnie. Pendant toutes ces années, nous avons été à même de constater l’évolution de Sainte-Monique Les Saules et de vivre l’été, au son et au rythme merveilleux de cet ensemble de tambours et clairons qui a fait pendant de nombreuses années la fierté de cette petite ville devenue depuis un grande partie du district Les Rivières de la ville de Québec.

    Mes parents étaient remplis d’admiration pour Gaston Légaré et ils en parlaient avec grande fierté se disant très heureux de le connaître.

    Je me souviens de toutes ces soirées d’été où on entendait de notre chalet, le son des répétitions qui avaient lieu en plein air sur le terrain de jeux derrière l’église, de ces exercices de chorégraphies auxquelles nous assistions garçons et filles, remplis d’admiration, et aux défilés de pratiques qui descendaient la rue Saint-Léandre pour remonter par Marivaux en retournant au point d’origine du Parc Masson ! Nous connaissions le répertoire par cœur, tellement nous l’entendions souvent !

    Le temps a cependant malheureusement fait son œuvre et nous vieillissons tous. A preuve, notre ancien chalet bleu et blanc, abandonné, écrasé et en décrépitude comme seul vestige d’un passé qui fut tellement beau et agréable.

    Merci monsieur Couillard, de nous avoir fait revivre cette époque glorieuse où il était facile de regrouper les jeunes sous de mêmes drapeaux pour atteindre un objectif commun, développer un grand sens de fierté et une forme de vie sociale qui existe malheureusement de moins en moins de nos jours. Je conserve votre article parmi les plus beaux souvenirs de ma jeunesse.

    André Savard

    • Alain Couillard

      Bonsoir M. Savard, je vous remercie pour votre commentaire. Écrire ce texte avec les souvenirs de son fils a été du vrai bonheur. J’ai voulu rencontrer le fondateur des Éclairs de Québec, au début 2020, afin qu’il me raconte son histoire. La fanfare devait souligner son 60e anniversaire l’an dernier, mais la pandémie a tout modifié. Malheureusement, mon souhait ne s’est pas réalisé puisqu’il était déjà très malade. Au moins, le souvenir de cet homme demeure impérissable pour celles et ceux qui ont eu le plaisir de le côtoyer.