Société
15:14 12 juin 2014 | mise à jour le: 12 juin 2014 à 15:14 temps de lecture: 4 minutes

Covoiturage sur les voies réservées: un pensez-y bien

RÉSEAU ROUTIER – Le covoiturage est-il la solution aux problèmes d’engorgement que connaît de plus en plus Québec? Pas si sûr, de l’avis de Marie-Hélène Vandersmissen, professeure au Département de géographie de l’Université Laval. Alors que l’administration municipale en est à évaluer la pertinence et la faisabilité d’autoriser le covoiturage dans les voies réservées en milieu urbain, sur les routes secondaires du réseau municipal, nous avons demandé l’opinion de cette chercheure spécialisée en transport urbain et en mobilité quotidienne.

A priori, Marie-Hélène Vandersmissen ne voit pas d’un bon oeil la cohabitation entre voitures et autobus dans les voies réservées en plein cœur de la ville, car les usagers du transport en commun s’en trouveront pénalisés. «Je suis sûre que ça va ralentir énormément les déplacements des autobus. Les voies réservées, dans le fond, c’est pour faciliter le déplacement des autobus qui transportent beaucoup beaucoup de monde; il faut que ces personnes-là aient un avantage par rapport aux véhicules», fait-elle valoir.

La chercheure soulève également le problème de la sécurité, anticipant que les automobilistes qui seront coincés entre deux autobus s’arrêtant aux 500 m chercheront à se tasser dans la voie de gauche avant de regagner la droite, avec les risques qu’un tel louvoiement implique. En contrepartie, le cas des autoroutes ne soulève pas chez elle les mêmes bémols, admettant qu’«il y a peut-être de la place, un débit, de la vitesse» qui pourrait alors convenir au partage des voies réservées.

Contraintes surmontables?

Encore que ces désavantages ne se feront pleinement sentir que si la population adopte massivement le covoiturage – ce qui n’est pas gagné d’avance. Mme Vandersmissen exclut ce qu’elle appelle le «covoiturage familial», à savoir deux personnes dont l’une peut être un enfant – une définition que semble favoriser le maire de Québec –; ce type de covoiturage est déjà pratiqué par environ 12% de la population, selon ses enquêtes, sans que la congestion s’en trouve réduite. «Quand on parle de covoiturage mis en place pour diminuer des problèmes de congestion, c’est vraiment un covoiturage organisé entre des gens qui actuellement ne covoiturent pas», argue-t-elle.

Un covoiturage institutionnel, autrement dit, encadré par exemple par un employeur qui mettrait en place un programme pour encourager ses employés à covoiturer – comme cela se fait déjà dans certaines entreprises américaines, avec des résultats variables. Or, la professeure n’est pas convaincue que la chose est réalisable en raison de la complexité d’un tel programme qui devrait, notamment, gérer les horaires de chacun. De plus, Marie-Hélène Vandersmissen mentionne l’existence d’une contrainte psychologique, documentée par la littérature scientifique, à l’idée de partager son véhicule avec des inconnus, même s’ils travaillent dans la même entreprise.

Changer les mentalités

C’est dire qu’il faudra en arriver à un profond changement de mentalité pour que le covoiturage quitte son statut de pratique marginale. Voire, aussi, pour que le transport collectif gagne en popularité, ne serait-ce que dans les périodes d’heure de pointe où les réseaux routiers ne suffisent pas à la demande. «Il faut que le paradigme du tout-à-l’auto change pour devenir n’importe-quoi-sauf-l’auto, à la limite, dans les heures de pointe», insiste-t-elle en mettant en garde contre le réflexe de chercher à ajuster la largeur des autoroutes au flot de voitures qui ne cesse d’augmenter aux heures de pointe – solution ponctuelle à portée réduite dans le temps. À long terme, elle invite bien plutôt à repenser l’aménagement du territoire en freinant, entre autres, l’étalement urbain.

Québec, 6e ville canadienne la plus congestionnée?

C’est ce que révèle une étude réalisée par TomTom, une entreprise néerlandaise de fabrication de GPS qui s’est servie de données GPS pour établir son index mondial du trafic 2013. Selon ces résultats obtenus par une méthodologie non scientifique, le taux de congestion à Québec, en hausse, s’élève à…

– 16% sur les autoroutes (Montréal: 23%)

– 28% sur les routes secondaires (Montréal: 27%)

– 44% à l’heure de pointe du matin (Montréal: 46%)

– 61% à l’heure de pointe du soir (Montréal: 58%)

Membre du Groupe Québec Hebdo

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