Société
20:44 21 octobre 2013 | mise à jour le: 21 octobre 2013 à 20:44 temps de lecture: 3 minutes

Deux infirmières en mission chez les travailleuses du sexe

Peur d’être jugées, craintes d’être mal reçues; les travailleuses du sexe fréquentent bien peu les CLSC. Pour mieux répondre aux besoins des prostituées et danseuses nues de Québec en matière de santé sexuelle, les infirmières cliniciennes Hélène Marchand et Isabelle Têtu ont décidé d’amener le CLSC à elles avec le projet Dépistage des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) auprès des travailleuses du sexe de Québec qui leur a valu récemment le prix Innovation clinique Banque Nationale 2013 de l’Ordre régional des infirmières et infirmiers de Québec.

Pour faire une différence dans le dépistage et la prévention des ITSS, les deux jeunes femmes se sont rendues directement dans les agences d’escorte, les salons de massages érotiques et les bars de danseuses nues de Québec. «Percer le milieu» n’a pas été facile pour les deux infirmières qui ont eu besoin de l’aide des intervenantes du Projet intervention prostitution de Québec (PIPQ).

«On allait directement dans le milieu avec les intervenantes du PIPQ. Puis, comme les filles voyagent beaucoup d’une agence à l’autre, ça nous ouvrait d’autres portes. Ensuite, si les tenanciers voyaient que ce n’était pas de troubles quand on venait, on pouvait revenir», expliquent les deux infirmières.

Dépistage, prévention et traitement des ITSS, vaccination contre les hépatites virales, contraception d’urgence et contraception hormonale par le biais d’ordonnances collectives; le projet implique de nombreux volets qui n’ont pas été faciles à mettre en place. «Il faut avoir le charisme nécessaire pour que les filles aient le gout de te revoir. Il faut aussi est capable de rempaqueter son matériel rapidement pour aller s’installer dans les toilettes si une fille a besoin de la chambre que tu occupais. Et puis souvent la fille ne veut pas donner son vrai nom. Ça te prend un moyen de la rejoindre parce que si tu te ramasses avec un résultat de chlamydia positif et que tu n’es pas capable de le dire à la fille, ça va pas bien», lance Isabelle Têtu. «Il faut aussi sortir de la structure et aller rapidement à l’essentiel, tout en étant discrète», renchérit Hélène Marchand.

L’objectif derrière tout cela: «redonner confiance au système et rattacher les filles au CLSC», expliquent les infirmières. Le modèle d’intervention a d’ailleurs fait école puisqu’il a aussi été implanté avec succès dans la région de Chaudière-Appalaches.

Résultats

Du 1er avril 2011 au 1er mars 2013, les deux professionnelles de la santé ont rencontré 285 travailleuses du sexe. En tout, c’est 155 visites dans les milieux prostitutionnels où 386 dépistages des ITSS ont été pratiqués et 177 vaccins contre les hépatites virales A et B ont été administrés. De plus, 51 interventions liées à la contraception ont été faites (tests de grossesse, administration de la contraception d’urgence et initiation de la contraception hormonale).

Désormais, plusieurs travailleuses du sexe contactent directement les infirmières lorsqu’elles veulent des dépistages, de la contraception, des informations et des conseils. Heureusement parce que la relève ne se bouscule pas aux portes. «C’est un modèle unique, il faut que ça te tente vraiment. Ce n’est pas tout le monde qui est capable de faire ça. Ça demande tout un engagement. Le prix qu’on a remporté, c’est une belle reconnaissance. J’espère que le projet va se poursuivre», termine Isabelle Têtu

Groupe Québec Hebdo

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