Société
14:30 21 septembre 2013 | mise à jour le: 21 septembre 2013 à 14:30 Temps de lecture: 4 minutes

Pierre Bilodeau livre sa descente aux enfers

Le milieu communautaire de la région est en émoi depuis que le gouvernement fédéral a annoncé son plan de financement de la Stratégie de partenariat de lutte contre l’itinérance. Les gestionnaires s’inquiètent de cette nouvelle orientation. Et ils ne sont pas les seuls, comme le confie Pierre Bilodeau, ex-toxicomane, qui a réussi à s’en sortir grâce au soutien du Rendez-vous Centre-ville.

«Quand j’ai eu besoin d’aide, c’est auprès d’organismes communautaires que j’ai trouvé une écoute, confie d’emblée Pierre Bilodeau. Je voyais des gens plus maganés que moi, je voyais encore clair malgré la consommation de drogues.»

Pierre Bilodeau a commencé comme beaucoup de jeunes à fumer un joint avec des amis, pour faire comme les autres. Il avait alors 11 ans. Et puis, d’un joint de temps à autre, il est passé à plusieurs joints par jour, jusqu’à prendre de la cocaïne et toutes sortes de pilules, en passant par l’alcool. «Au début, c’était juste pour avoir du fun. Mais après, c’est devenu un vrai problème», poursuit-il.

Le drogue, plus forte que tout

Petit à petit, sa famille lui a tourné le dos. «Je me rappelle voir ma sœur regarder dans l’œil de la porte pour voir si c’était moi qui sonnait. Je venais lui demander de l’argent, elle en avait marre. J’ai vendu toutes mes choses pour me payer de la drogue. C’était plus fort que n’importe quoi, c’était plus fort que l’amour de mes proches», raconte-t-il avec émotion.

La vie de ce résident de Limoilou a basculé le 20 novembre 1998. Il était allé rendre visite à sa tante, un des seuls membres de la famille à bien vouloir encore le recevoir. «Mon dernier trip, c’était avec du PCP (phéncyclidine). Je m’étais acheté une bière en allant chez ma tante. Toutes les 15 ou 20 minutes, j’allais dans les toilettes pour snifer. Et après avoir pris les 3,5 g de PCP, j’ai pété une coche, j’avais des hallucinations. J’étais persuadé que tout allait exploser. J’ai débranché tous les câbles électriques et je me suis tenu au-dessus de ma tante pour la protéger de l’explosion», dit-il.

Après avoir laissé l’effet de la drogue se dissiper un peu, Pierre Bilodeau est parti. Le lendemain, il est retourné chez sa tante. «C’est elle qui m’a sorti de là en me disant de lâcher ça, que j’allais mourir. J’ai alors braillé comme un enfant. Et depuis ce jour-là, je ne consomme plus», affirme celui qui travaille en santé mentale au sein de la résidence Chapeleau.

Des organismes communautaires en péril

Aujourd’hui, Pierre Bilodeau a renoué avec sa famille. Et s’il a réussi à s’en sortir, il craint pour les autres. En effet, le gouvernement fédéral a récemment annoncé sa nouvelle Stratégie de partenariat contre l’itinérance. Les organismes communautaires se sentent menacés par cette nouvelle orientation axée sur le «logement d’abord». «En nous coupant 65 % de notre enveloppe, le gouvernement met en péril les tissus de service et les organismes communautaires que l’on a dans la région», résume Frédéric Keck, coordonnateur du Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec.

«Quand ça va mal, je vais au Rendez-vous Centre-ville. Quand j’ai eu des problèmes, j’ai pensé reprendre de la drogue, mais je n’ai pas craqué car j’ai trouvé de l’aide ici. J’ai encore besoin d’eux», conclut-il.

Le Québec Express, membre du Groupe Québec Hebdo

Pierre Bilodeau a consommé, pendant de nombreuses années, de la drogue et s’il s’en est sorti, c’est grâce à sa tante et aux organismes communautaires comme le Rendez-vous Centre-ville où il peut discuter avec les intervenants ou encore disputer une partie de billard.

(Photo Isabelle Le Maléfan)

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