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22:30 6 février 2008 | mise à jour le: 6 février 2008 à 22:30 temps de lecture: 5 minutes

Service rapide à la clinique médicale de… Kandahar

Au Québec diriger une clinique médicale dans laquelle tous les patients seraient vus en moins d’une heure est comme un rêve inaccessible. Le docteur Jocelyn Dodaro dirige les services préhospitaliers à Kandahar, mais également sur des postes avancés dans le reste du pays. Lorsqu’il travaille dans la clinique médicale canadienne de la base militaire de Kandahar, ce résident de Québec fait, sans le savoir, des envieux, car ici les patients n’ont pas le temps d’attendre.

De 7 h 30 à 22 h, sept jours sur sept, les patients paradent. Ils consultent pour divers problèmes qui vont des otites, au rhume, au mal de gorge en passant par les problèmes musculaires et squelettiques et bien d’autres. «Nos patients sont en général en bonne santé. Que ce soit ici ou ailleurs, la médecine reste la même. Mon travail, précise le Dr Dodaro, consiste donc à remettre sur pied les troupes et à faire le suivi auprès de l’armée. J’agis un peu comme la CSST. J’informe la chaîne de commandement. Ensuite, je donne mes recommandations, par exemple, je peux conseiller de mettre quelqu’un sur les travaux légers. Toutefois, si je vois que la personne est trop blessée et qu’elle ne pourra pas reprendre du service avant trois semaines, je la retourne à la maison.»

Jocelyn Dodaro observe qu’un bon nombre de ses patients ont une forme olympique. Mais, il avoue que plusieurs d’entre eux vivent des problèmes psychologiques. «La peur, l’éloignement de la famille, les problèmes conjugaux et le stress, énumère-t-il. Les conditions sont difficiles et affectent plusieurs personnes. C’est normal, c’est la nature humaine.»
Évidemment, la clinique ne traite pas les cas graves. Ceux-ci sont référés à l’hôpital, qui semble aussi bien équipé qu’un hôpital civil en milieu urbain. Là encore, le Dr Dodaro souligne qu’il n’y a pas énormément de différence entre les soins prodigués dans cet hôpital, versus ce qu’on offre dans un centre urbain au Québec. Et, il sait de quoi il parle puisqu’il travaille également à temps partiel, une journée par semaine, à l’hôpital Saint-François-d’Assise à Québec.
«C’est la régularité qui change, à son avis. Au Québec, tu peux avoir cinq cas en une semaine et rien pendant dix jours. Ici, les traumas et autres problématiques sont constants. Dans les deux endroits, les patients sont traités de la même façon, car que vous ayez sauté sur une mine ou que vous soyez victime d’un accident d’auto, les traumatismes peuvent être similaires.» D’ailleurs, contrairement à ce qu’on pourrait croire, il y a peu de blessés par balle. Les traumatisés sont pour la plupart des victimes de bombes artisanales.

Le Dr Dodaro ne se plaint pas de ses conditions de travail, car ici, il a le temps de parler aux patients et même de prendre un café avec ses collègues. Ce qui est lourd par contre, ce sont les heures continues et la bureaucratie. «Ici, le stress est différent. On s’épuise et la bureaucratisation fruste plus d’un médecin.»

Sorties périlleuses occasionnelles

Même s’il est pour la plupart du temps à la clinique, il arrive que le Dr Dodaro sorte pour aller voir son monde sur les postes avancés. Dans ces cas, que vous soyez médecin ou non dans les forces armées, vous êtes un militaire et si jamais vous tombez sous le feu ennemi, vous devez répliquer. Par chance, cette situation n’est jamais arrivée au Dr. Dodaro.

Bien qu’il n’ait jamais eu à se battre contre l’ennemi, ce médecin a quand même eu sa part de moments difficiles. «Nous avons perdu deux amis qui étaient des ambulanciers. Je pense que c’est la première fois depuis la guerre de Corée que le Canada perdait du personnel médical.» Le Dr Dodaro a eu aussi à faire le choix difficile de choisir qui sera soigné ou non. «Il y a eu un attentat à la frontière du Pakistan. Je suis venu prêter assistance. J’avais seulement 20 places dans l’hélicoptère de retour, mais j’avais 36 blessés. J’ai pris les enfants et ceux qui étaient gravement blessés. J’ai laissé les autres là-bas, mais je me suis assuré que leur blessure était sans danger pour leur vie.»

Bien qu’il soit un jeune médecin dans la quarantaine, l’heure de la retraite a sonné pour le Dr. Dodaro. Dans cinq mois, il aura terminé son service, mais il continuera à travailler. Il ira rejoindre l’équipe de l’hôpital du Haut-Richelieu, probablement dans la spécialité qu’il préfère, soit les soins d’urgence. «Je suis fatigué, je veux passer à autre chose.»
* (Collaboration spéciale Julie Roy, hebdo L’Action)

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