L'Autre Voix
09:31 26 janvier 2021 | mise à jour le: 26 janvier 2021 à 10:00 Temps de lecture: 6 minutes

Jaqueline Mourao, athlète du Brésil à la Côte

Jaqueline Mourao, athlète du Brésil à la Côte
L’athlète pratique le ski de fond, le vélo de montagne et le biathlon au niveau olympien. (Photo gracieuseté)

Portrait. Tombée en amour avec le vélo de montagne à l’âge de 15 ans dans son pays natal, le Brésil, l’Olympienne Jaqueline Mourao en a fait du chemin avant de s’établir définitivement à Saint-Ferréol-les-Neiges.

Souffrant d’asthme dans son enfance passée à Belo Horizonte au Brésil, Jaqueline Mourao s’est souvent retrouvée à l’hôpital pour recevoir des inhalations. C’est ironiquement pour cette raison que sa mère l’a poussée vers les sports. «Ça m’a donné très tôt le goût des sports. À 15 ans, j’ai eu la piqûre pour le vélo de montagne qui commençait dans les années 1990 au Brésil», raconte-t-elle en précisant que là-bas, contrairement au Québec, les parents n’ont pas les moyens d’acheter des vélos, de payer des cours et d’amener leurs enfants à des compétitions. «Pour moi, c’était différent. J’avais des vélos prêtés, des casques prêtés. C’est une autre réalité que j’ai vécue, je devais tout faire toute seule. Il n’y avait pas de club de vélo, pas d’organisation, je n’avais pas d’entraineurs j’apprenais par moi-même. Mon premier coach, c’était un coach de soccer!», ajoute-t-elle en riant.

Choisie pour entrer à l’université en médecine à Pétropolis à 17 ans, Jaqueline Mourao a dû faire un choix: la médecine ou le vélo. C’est ainsi qu’elle a choisi de faire sa maitrise en physiologie de l’exercice. Puis, la chance de sa vie se présente: elle est invitée pour un stage d’un an en Suisse en tant qu’assistante coach au Centre mondial du cyclisme. «À cette époque, sortir du pays c’était hyper difficile. Je ne parlais pas anglais, j’avais 23 ans. Mais avec la Bourse de solidarité olympique que je recevais, c’était l’opportunité de ma vie pour vivre mon rêve de devenir athlète professionnelle, alors je l’ai saisie à deux mains!»

C’est là que Jaqueline a commencé à apprendre le français. «Je suis partie du Brésil en janvier (été) avec mon t-shirt et je suis arrivée en Suisse et c’était l’hiver. Je n’avais pas de vêtements convenables, j’ai eu tellement froid ! Je n’ai pas grandi avec la neige, à 15 degrés c’est l’hiver au Brésil et à 10 degrés c’est la fin du monde!»

Comme elle avait le droit de s’entrainer avec les filles, elle a commencé à obtenir de très bons résultats et on lui a donné sa place comme athlète. «Au Brésil en 2002-2003, il n’y avait pas de filles qualifiées pour les Olympiques. Suite à une crevaison au championnat panaméricain j’avais besoin d’aller à la Coupe du monde au Mont-Saint-Anne pour garantir ma place aux Olympiques. J’ai demandé Michel Leblanc, le coach de l’équipe canadienne, de me trouver un endroit pour habiter et c’est finalement Guido Visser, athlète de ski de fond olympien en 1998 à Nagano, qui m’a accueillie chez lui. Ç’a été un coup de foudre. On s’est marié en novembre 2004 tout de suite après les Olympiques.»

C’est d’ailleurs son amoureux qui l’a initiée au ski de fond. «Comme pour le vélo tu es dans la nature, tu es actif. Donc en novembre après ma saison de vélo j’ai dit à mon mari: je veux faire les Olympiques d’hiver en 2006! J’ai appris à skier en quatre mois, mais je savais juste pousser, c’est lui qui devait me mettre les skis dans les pieds! Finalement, je n’ai pas fini dernière, j’étais là aussi la seule femme à représenter le Brésil aux jeux d’été et d’hiver en même temps. C’était mes Olympiques les plus le fun, c’était tellement inattendu!»

«Je crois que la société va changer sa vision de l’âge et ses idées préconçues sur nos possibilités en vieillissant. On peut atteindre nos objectifs à tous les âges. »

-Jaqueline Mourao

(Photo gracieuseté – Claude Bouchard)

Brésilienne et Québécoise

Jaqueline Mourao a toujours continué à représenter le Brésil. «Je ne voulais pas enlever la place d’une fille du Canada. Mais je me sens Québécoise. J’ai eu deux enfants ici.»

En 2008 après des jeux de Pékin sans médaille, l’athlète abandonne le vélo de montagne et se consacre au ski. Mais, au bout de 10 ans, la question la tiraille encore: si j’avais continué, que se serait-il passé? C’est donc en 2018, à 43 ans, qu’elle se réconcilie avec ce sport. Classée 4e à la Coupe Canada, la championne brésilienne remporte la médaille de bronze aux Jeux Panam 10 ans après avoir arrêté le vélo!

Tout est possible, à tout âge!

«Beaucoup de femmes m’écrivent pour me dire que j’ai eu du courage de faire ça pour moi. J’aurais pu me tromper et échouer. Mais ça donne des ailes de ne pas se mettre de limites avec l’âge, ce qu’on peut faire ou pas, ce que les autres vont dire, etc. c’est en focalisant sur tes passions que tu trouves une belle façon de vivre. C’était très significatif pour moi d’accomplir ça. J’avais besoin de ma réponse pour être en paix avec moi-même. Il y a de plus en plus de sportives qui font des come-back plus tard dans leurs vies. Je crois que la société va changer sa vision de l’âge et ses idées préconçues sur nos possibilités en vieillissant. On peut atteindre nos objectifs à tous les âges. »

Et ça, Jaqueline Mourao ne cesse de le prouver: jeux de Vancouver 2010, Sochi 2014 et Corée 2018 en ski, un biathlon, seule fois où le Brésil a été représenté à cette discipline, les défis s’enchainent dans la vie de l’athlète. Et le prochain ce sera quoi? «À cause de la COVID j’ai finalement annulé ma saison. Je voulais prendre ma retraite après les jeux de Tokyo, mais finalement je vais devoir m’entrainer encore un an puisque s’ils sont remis à 2021 (vélo). Je voulais finir ma carrière en février 2022 en ski pour faire les deux Olympiques dans la même année. Mon prochain défi sera d’être une maman à temps plein, de moins courir et de passer plus de temps avec ma famille. On est bien au mont Sainte-Anne, on sort tout le temps. Il y a tellement de beaux endroits à explorer.»

Instagram: jaquelinemourao (39 700 abonnés)

Jaqueline Mourao est très connue dans son pays d’origine alors qu’ici elle vit sa vie dans l’anonymat. (Photo gracieuseté)

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