Communaute
20:30 25 avril 2010

Rappel historique 1760-2010 : 250e anniversaire de la bataille de Sainte-Foy

À cette période-ci, il y a 250 ans, les églises de L’Ancienne-Lorette et de Sainte-Foy étaient occupées par les troupes anglaises. L’église de L’Ancienne-Lorette, la deuxième, érigée en pierre et ouverte au culte en 1725, avait remplacé la chapelle de brique bâtie en 1674 par le père Chaumonot. Son occupation a eu lieu du 12 novembre 1759, soit deux mois après la bataille des Plaines d’Abraham (13 septembre 1759), jusqu’au 26 avril 1760, soit deux jours avant la bataille de Sainte-Foy (28 avril 1760).

Le gouverneur James Murray écrit, après la retraite des troupes françaises vers la rivière Jacques-Cartier : « Le 12 novembre 1759, après avoir reconnu la région moi-même, j’ai pris position dans les églises de Sainte-Foy et Lorette, pour contrôler toutes les voies d’accès vers Québec, de sorte qu’aucune troupe importante ne puisse l’approcher sans d’abord forcer ces deux postes. J’ai fortifié ces églises de manière à résister à toute attaque.» Le lieutenant John Knox précise, le 18 novembre : « Les églises de Lorette et de Sainte-Foy sont fortifiées et ont deux pièces de campagne (12 livres) chacune, avec des canonniers et des munitions. Ces postes sont entourés de retranchements et d’une barricade de pieux munie de meurtrières pour la mousqueterie.»

Peu avant la bataille de Sainte-Foy, le 20 avril 1760, les soldats du major John Hussey, commandant du 47e Lascelles, transportent à Lorette, à travers les marais de la Suète, deux gros canons de 18 livres (poids des boulets). Mais le 26 avril, à l’approche des troupes de Lévis (4 500 hommes), ils se retirent avec leurs canons sur les hauteurs de Sainte-Foy où l’armée de Murray, qui au total à Québec compte 7 313 hommes, pense pouvoir mieux contrer l’attaque.

L’occupation de l’église de Sainte-Foy a duré une journée de plus et a connu une fin plus dramatique lorsque le major John Dalling en arrière-garde l’a fait sauter, le 27 avril 1760 à 13 heures, avant de se replier à Québec pour la bataille qui est aussi appelée « la seconde bataille des Plaines d’Abraham ». L’occupation des églises a duré cinq mois et demi.

Faits antérieurs à l’occupation anglaise des églises de Lorette et de Sainte-Foy

Voici les faits qui ont précédé l’occupation des églises de L’Ancienne-Lorette et de Sainte-Foy par l’armée anglaise. Le matin de la bataille des Plaines d’Abraham, le 13 septembre 1759, le brigadier Bougainville marche de Cap-Rouge jusqu’au lieu des combats avec 900 hommes, mais, écrit-il, « quand j’arrivai à portée de combattre, notre armée était battue et en déroute. Toute l’armée anglaise s’avança pour m’attaquer. Je fis ma retraite devant elle et me portai de façon à couvrir la retraite de notre armée.»

Bougainville se retire jusqu’à L’Ancienne-Lorette. Au camp de Beauport, un conseil de guerre, avec le gouverneur Vaudreuil, décide de retraiter à la rivière Jacques-Cartier pour y attendre le retour du lieutenant-général de Lévis. En soirée et de nuit, les régiments venant du camp de Beauport avec Vaudreuil passent par la rue Saint-Paul à L’Ancienne-Lorette et traversent la rivière de Cap-Rouge par le « pont de L’Ancienne-Lorette » (un peu plus haut que le pont actuel sur le boulevard Hamel près du rang Saint-Ange).

Johnstone écrit : « C’était une marche tout à fait à la manière indienne; non pas une retraite, mais une horrible, abominable fuite (de Vaudreuil), mille fois pire que celle du matin sur les Plaines d’Abraham, en un tel désordre et une telle confusion que, si les Anglais l’avaient su, 300 hommes envoyés après nous auraient été suffisants pour détruire et tailler toute notre armée en pièces.» Lévis en sera indigné : « On n’abandonne pas ainsi 20 lieues (60 milles) de pays. »

Le 18 septembre 1759, le jour même où se fera la capitulation de Québec, Bougainville écrit, de Lorette, à Bourlamaque au lac Champlain : «On n’ose se croire en sûreté que derrière Jacques-Cartier. Je prends sur moi de maintenir le cap-Rouge et Lorette. Je sauve les magasins de Charlesbourg, de Cap-Rouge et de Saint-Augustin, qu’on (Vaudreuil) abandonne, et je suis à portée d’introduire des vivres dans Québec. Aujourd’hui, je marche pour reprendre notre camp de Beauport, qu’on a laissé tout tendu, canons encloués, magasins détruits, et M. le chevalier de Lévis, arrivé hier à Jacques-Cartier, fait remarcher l’armée. Je crains qu’il ne soit trop tard…»

Ramezay à Québec est informé par le capitaine de cavalerie de la Rochebeaucourt de l’avance de l’armée française, à quatre lieues de la ville. « Le sieur de Bougainville eut l’ordre de passer la rivière Saint-Charles. Il n’était qu’à trois-quarts de lieue de la ville, lorsqu’il apprit qu’elle avait capitulé, cette place étant presque en cendres, ayant été canonnée et bombardée pendant soixante-huit jours. » (Campagne de 1759, non signée).

Mis devant le fait accompli par Ramezay, Bougainville, à une demi-lieue de Québec, fait rétrograder l’avant-garde au pont de Lorette et est rejoint par Lévis qui avance toujours : « Il est inouï, dit Lévis, que l’on rende une place sans qu’elle soit ni attaquée ni investie ». Lévis campe trois jours à la rivière du Cap-Rouge. Dans son Journal, il écrit : « Nous avons envoyé des détachements pour retirer des munitions de guerre et de bouche qui avaient été abandonnées (par Vaudreuil) au camp de Beauport. La perte de Québec nous ayant mis dans la nécessité de prendre une position en arrière et d’établir un poste pour assurer la tête des quartiers d’hiver, je déterminai M. de Vaudreuil à faire construire un fort à Jacques-Cartier. L’armée s’y replia pour y travailler. »

Au début d’octobre, après trois semaines en avant-garde à L’Ancienne-Lorette, Bougainville et ses hommes se retirent à Pointe-aux-Trembles (Neuville). C’est là que Lévis décide de positionner son avant-garde pour l’hiver avec le capitaine Louis de Repentigny, à peu de distance du fort Jacques-Cartier qu’on construit à Cap-Santé. Dès lors, le champ est libre pour l’armée anglaise qui établit des postes avancés à L’Ancienne-Lorette et à Sainte-Foy et occupe les deux églises durant cinq mois et demi, du 12 novembre 1759 au 26 avril 1760. À la fin de décembre 1759, le gros des troupes françaises s’est retiré à Montréal pour l’hiver.

La décision de l’état-major anglais d’établir des postes à Sainte-Foy et à Lorette

Après la retraite de l’armée française, les Anglais, retranchés dans la ville de Québec, cherchent à consolider et sécuriser les limites du territoire conquis. Le lieutenant John Knox rapporte les raisons des officiers anglais d’établir des postes avancés à L’Ancienne-Lorette et à Sainte-Foy, à l’approche de l’hiver : «Ce plan de l’élargissement de nos limites soulève diverses opinions parmi nous. D’abord, il apparaît hautement nécessaire de renforcer les deux postes de Sainte-Foy et de Lorette, car par leur situation particulière, ils vont non seulement protéger les habitants du pays conquis qui se sont soumis à notre gouvernement, mais en plus nous pourrons, avec plus de facilité, être approvisionnés en provisions fraîches, sans lesquelles il sera difficile pour nous de survivre. En deuxième lieu, les habitants de notre connaissance nous assurent qu’en prenant possession du pays du côté de Lorette, nous protégeons une excellente source de bois de chauffage dans les forêts de Sainte-Foy. De plus, non seulement nous serons protégés des attaques-surprises des Français, mais nous pourrions le soir ou au clair de lune envahir les quartiers des ennemis et lever des contributions en vivres à travers leurs districts. Enfin, il nous est toujours possible de supporter ces détachements avancés, ou de les retirer, en les assistant d’une couverture appropriée.»

L’Ancienne-Lorette est donc une position stratégique qui assure aux Anglais un approvisionnement en vivres et en bois de chauffage tout en contrant les raids d’approvisionnement des détachements français demeurés à Pointe-aux-Trembles (Neuville) et au fort Jacques-Cartier érigé sur la rive droite de la rivière Jacques-Cartier. C’est ainsi que « le 14 novembre 1759, le détachement du major John Hussey, commandant du 47e Lascelles, a pris possession de ces deux postes de Lorette et de Sainte-Foy. La route de Québec vers l’ouest du pays passe par ces deux villages, et ils dominent une étendue de terrain considérable. »

John Knox ajoute : « Ces opinions des officiers, nous avons pu en vérifier la justesse en tous points, durant toute la durée de la saison d’hiver. »

La situation risquée des habitants de L’Ancienne-Lorette

Lors de l’occupation anglaise à l’automne 1759 et à l’hiver 1760, la situation des habitants de L’Ancienne-Lorette est très délicate et même risquée. Le désastre arrivé à leurs voisins, le 18 novembre 1759, parle de lui-même : « Le major John Hussey et le colonel Hunt Walsh ont brûlé une paroisse dans le voisinage de Pointe-aux-Trembles (Neuville), appelée Saint-Joseph, et dévasté ce côté du pays parce que les habitants s’étaient révoltés en manquant à leur serment de fidélité. Des proclamations ont été distribuées partout, menaçant des plus rigoureuses mesures les Canadiens qui ne respecteraient pas leurs engagements et ne montreraient pas plus de respect pour les ordres et demandes du gouverneur James Murray de nous approvisionner en provisions, carrioles, traîneaux et chevaux, et s’ils négligeaient d’informer son Excellence quand des ennemis descendent dans leurs quartiers. »

Le lieutenant John Knox souligne par ailleurs qu’une « action aussi extrême était répugnante aux sentiments humains de l’armée britannique et à son commandant (James Murray) ».

On peut comprendre que les habitants de L’Ancienne-Lorette se soient sagement soumis, quand, deux jours après le désastre de Pointe-aux-Trembles, « Murray ordonna au major Hussey, commandant le détachement à Lorette, de sommer les habitants de cette paroisse de livrer leurs armes, de prêter serment et de brûler les maisons de ceux qui pourraient être encore avec l’armée française. »

Remarquons que les Anglais avaient aussi intérêt à rester en bons termes avec les habitants des alentours. Ainsi, Murray payait les habitants pour leurs services : « J’ai ordonné que la paroisse de Sainte-Foy et celle de Lorette fournissent des traîneaux avec chevaux, et qu’elles les apportent régulièrement chaque jour, ce pour quoi elles seront payées » (3 décembre 1759). Les habitants de Lorette ont donc vécu des mois éprouvants, exposés qu’ils étaient aux allées et venues des deux camps : l’occupant anglais et l’avant-garde de l’armée française, qui devait se remettre en campagne au printemps 1760.

La bataille de Sainte-Foy à partir de L’Ancienne-Lorette

L’Ancienne-Lorette a été impliquée dans la bataille de Sainte-Foy. Le 20 avril 1760, l’armée française s’embarque à Sorel vers Québec. C’est un bien mauvais moment : les bateaux naviguent à travers les glaces. Le 21, le lieutenant-général de Lévis s’embarque à son tour à Montréal vers Pointe-aux-Trembles (Neuville), lieu de rassemblement. Le 24, il apprend que les Anglais occupent toujours les églises de la Vieille-Lorette et de Sainte-Foy, et qu’ils défendent les hauteurs de Cap-Rouge. Le 19 avril précédent, le lieutenant Herbin (troupes de la Marine) avait essayé de monter sur les hauteurs de Cap-Rouge avec 60 Canadiens et six Indiens et avait dû se retirer en laissant sur place 2 morts et 5 blessés.

Le 25 avril, du fort Jacques-Cartier, il « fut donc résolu de passer à l’intérieur des terres, traversant la rivière du Cap-Rouge à deux lieues au-dessus de son embouchure, passant par là par la Vieille-Lorette et traversant les marais de la Suette pour s’emparer des hauteurs de Sainte-Foy. » Le 26 avril, l’armée débarqua à Saint-Augustin à 10 heures. Le maréchal de camp Bourlamaque « se mit en marche avec les sauvages, les grenadiers et les volontaires (les miliciens canadiens) pour aller réparer les ponts. On apprit dans ce temps que les ennemis avaient évacué les postes qu’ils avaient à l’église de la Vieille-Lorette et s’étaient retirés sur celle de Sainte-Foy. Avant 4 heures du soir, l’armée fut à même de passer, mais il n’y eut environ que le tiers des troupes qui eussent passé avant la nuit. Il y eut un orage des plus affreux. La terre était encore couverte de neige. Il faisait un froid terrible, on n’y voyait qu’à la lueur des éclairs. Les troupes mirent toute cette nuit pour achever de passer la rivière, l’inondation ayant presque emporté les ponts. Elles furent dans le plus triste état, étant transies de froid, sans feu, et mouillées jusqu’à la peau. Dès que la moitié de l’armée eût passé, M. de Bourlamaque se porta en avant avec l’avant-garde, jusqu’à l’entrée du marais de la Suette où ayant aperçu un pont que les ennemis n’avaient pas rompu, il le passa et il prit poste dans des maisons qui n’étaient qu’à une demi-lieue de l’église. M. le chevalier de Lévis fit avancer les brigades pour le soutenir, s’y porta de sa personne et y passa la nuit. À mesure que les troupes eurent passé et lorsque ce détachement fut posté, on les plaça dans les granges de la paroisse de la Vieille-Lorette d’où l’on comptait déboucher pour attaquer les ennemis au point du jour. Mais la pluie et le mauvais temps continuant (à l’aube du 27), on les laissa se reposer ». (Ppropos tirés du Journal des campagnes du chevalier de Lévis et Mémoires du chevalier de la Pause).

L’armée de Lévis comprenait le Royal Roussillon du brigadier Poulhariés, le Guyenne du lieutenant-colonel de Launay et l’artillerie du capitaine Louvicourt, le La Reine du brigadier Roquemaure et le Languedoc du lieutenant-colonel Privat, les troupes de la Marine du major général Daniel Dumas formées du 1e bataillon du commandant La Corne et du 2e bataillon du commandant de Vassan, et sous le maréchal de camp Bourlamaque, le 2e bataillon Berry du brigadier De Trivio, le 3e bataillon Berry du lieutenant-colonel Trécesson, le Lasarre du lieutenant-colonel Palmarolle, le Béarn du brigadier D’Alquier, et en réserve le bataillon de la milice de Montréal du commandant Simon Rhéaume.

Et ce 27 avril 1760, l’armée française « déboucha de la Vieille-Lorette » pour monter sur les hauteurs de Sainte-Foy et remporter, le 28 avril, « la deuxième bataille des Plaines d’Abraham. » Cette bataille a été particulièrement héroïque des deux côtés. Elle n’a pas redonné la colonie à la France, mais elle a donné la dernière victoire française en Amérique, où les miliciens canadiens ont eu l’occasion de s’illustrer par leur bravoure, en particulier au centre de la ligne de bataille. Ce jour-là, « l’abominable fuite » a été celle des Anglais vers les murs protecteurs de Québec.
À L’Ancienne-Lorette, une rue qui traverse la rue Saint-Paul porte le nom de « rue des Braves » et sur cette dernière une autre voie porte le nom de « Sainte-Foy. » C’est en l’honneur de l’armée française de Lévis qui y est passée pour livrer la célèbre bataille de la rue des Braves à Québec! Les miliciens de L’Ancienne-Lorette en étaient, à cette grande victoire française dont nous célébrons, en 2010, le 250e anniversaire. Honneur aux Braves!

Conclusion : la victoire sans combat du 27 avril 1760

Les troupes de Lévis trempées jusqu’aux os depuis trois jours sont dans un état pitoyable. Lévis les laisse cantonner dans les granges de L’Ancienne-Lorette et rejoint le maréchal de camp Bourlamaque qui est passé la Suète Sennanne.

Les premières brigades françaises qui ont traversé les marais restent regroupées à l’écart, face aux hauteurs de Sainte-Foy et aux deux canons anglais de 18 livres. L’orage de la nuit a fait place à une brume épaisse.

Murray s’avance de Québec à Sainte-Foy avec un corps de 3 500 hommes et rejoint ses avant-gardes. Les froids glaciaux ou les pluies des nuits précédentes l’ont empêché de venir plus tôt. L’église de Sainte-Foy, palissadée et percée de meurtrières, sert de dépôt de munitions à l’armée anglaise.

Le brigadier Ralph Burton, à l’aile droite, a sous ses ordres l’infanterie légère du major John Dalling, le 15e Amherst du lieutenant-colonel James Robertson, le 58e Anstruther du colonel Howe, le 2e bataillon du 60e Royal Americans du lieutenant-colonel Augustin Prevost, et le 48e Webb. Le brigadier Simon Fraser, à l’aile gauche, commande au 43e Kennedy du colonel Demetrius James, au 47e Lascelles du major John Hussey, au 78e Highlanders du major James Clephane et aux Colonial Marines du capitaine Donald MacDonald.

La ligne de bataille de Murray est le long du chemin Sainte-Foy. Elle est appuyée sur l’église à droite et se déploie en direction de Cap-Rouge à gauche. Murray a les deux canons de 18 ramenés de L’Ancienne-Lorette. Il se voit en forte position, sur les hauteurs dominant les marais de la Suète et l’armée de Lévis en formation au sud de Lorette. Le colonel Hunt Walsh est en arrière-garde, près du carré d’Youville, avec le 28e Bragg, et le major Roger Morris est à Sillery avec le 35e Otway, pour protéger les arrières de la position anglaise.

Pendant que ses derniers hommes et l’artillerie arrivent à Lorette, Lévis donne ordre à l’aide-maréchal des logis LaPause de faire avancer l’armée en formation à travers la Suète. Avec une forte pente à monter, la difficulté de l’attaque est telle que Lévis décide de contourner les Anglais par leur droite en montant le chemin du Vallon pour les couper de Québec et leur livrer bataille en se plaçant à la même hauteur qu’eux.

Le brigadier Burton fait tonner ses canons et mousquets dans la brume contre l’avant-garde française à l’orée du bois. Murray attend l’attaque qui ne vient pas. À travers la brume, il s’inquiète du lent défilement de l’avant-garde du maréchal de camp Bourlamaque vers Québec, dont il craint d’être coupé. Sa position lui apparaît moins forte qu’il le croyait. Il s’est trop éloigné de la ville, et se retrouve en péril. Le lieutenant d’artillerie Vézon écrit : « Murray vit déboucher notre avant-garde par le chemin de la Suète et se disposait à la charge, croyant qu’elle n’était pas soutenue, mais lorsqu’il vit notre armée entière se former en bataille et se longer sur la gauche pour lui couper sa retraite, il prit parti de mettre le feu à l’église de Sainte-Foy et de se retirer dans sa place. » À treize heures, l’église explose avec le dépôt d’armes et munitions, œuvre du major John Dalling, qui quitte le dernier vers Québec.

Les troupes françaises, désavantagées par le terrain, ne sont pas en état de couper la retraite des Anglais. Lévis les suit. L’armée française monte la côte de la Suète en colonne. Bourlamaque et l’avant-garde longent le chemin Sainte-Foy vers Québec. Les grenadiers et la cavalerie harcèlent l’arrière-garde des majors Dalling et Hussey qui s’installent au moulin Dumont (au parc des Braves) et à la redoute des Hauteurs de la Butte-à-Neveu (rue des Braves, résidence du consul de France). Bourlamaque avance jusqu’à la maison Lafontaine, à 1 500 pieds du moulin Dumont (au 880 près de l’hôpital Saint-Sacrement). Les brigades françaises « cantonnent en bataille » (prêtes à combattre) dans les granges le long du chemin Sainte-Foy. Pendant la nuit du 27 au 28, Lévis expédie les ordres aux capitaines de milices du gouvernement de Québec pour venir le rejoindre. Au milieu de la nuit, les majors Dalling et Hussey abandonnent le moulin Dumont et la redoute des Hauteurs, et se replient sur la Butte-à-Neveu (Édifice La Laurentienne).

Bilan de la journée du 27 avril : 2 morts anglais et quelques blessés. Mais pour Lévis, ce 27 avril est en soi une victoire : la retraite précipitée des Anglais avec l’explosion de l’église de Sainte-Foy et son dépôt de munitions en sont la manifestation. C’est la victoire sans combat d’un habile tacticien qui a su manœuvrer sur le terrain au sud de Lorette et exploiter un point faible dans les dispositions de bataille d’un adversaire redoutable. Ce fut aussi l’occasion d’une tentative non réussie, car si Lévis avait isolé Murray de la ville de Québec en montant par le chemin du Vallon sur le site actuel de l’Université Laval, la ville aurait pu être prise par capitulation. C’est ainsi que la grande victoire du 28 avril 1760 a été précédée la veille par une victoire sans combat de Lévis au sud de Lorette.
* Note : les titres militaires correspondent au commandement assumé sur le terrain en Amérique, et peuvent différer de ceux reconnus par les Cours de France et de Grande-Bretagne.

(Source : Gilles Drolet et Michel Quessy, Société d’histoire de L’Ancienne-Lorette)

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