Communaute
23:30 7 juillet 2015 | mise à jour le: 7 juillet 2015 à 23:30 temps de lecture: 4 minutes

Le Dumpster ou… Comment faire ses courses dans les poubelles

DEBROUILLE. Manuela, étudiante à l’Université Laval, nous fait pénétrer dans le monde du dumpster. Une activité qui consiste à fouiller dans les poubelles pour récupérer des denrées encore comestibles jetées par les grandes surfaces.

Enfourchée sur son vélo, sac en plastique soigneusement plié dans la caisse arrière, Manuela* est prête à partir à l’assaut des poubelles. Oui, vous avez bien lu, les poubelles. Les containers, cachés derrière les supermarchés, recèlent des trésors cachés. «En fait, ça s’appelle faire du dumpster. C’est un anglicissisme, dump ça veut dire poubelle, du coup dumpster ça veut dire quelqu’un qui va chercher dans les poubelles». Une pratique que Manuela a découverte en Suède grâce à d’autres étudiants. «La première fois que j’ai été dumpstée, j’étais avec des amis et j’ai été très surprise de la quantité de nourriture que j’ai trouvé».

Désormais, c’est une routine quotidienne pour la jeune étudiante. Habituée à ses coins favoris, elle récupère des légumes, des fruits, mais aussi de la nourriture encore emballée. «Je ramène beaucoup de pain, des fruits, des légumes … Quelquefois, des produits laitiers. Voir même de la viande, mais je ne la prends pas souvent. Seulement quand elle est congelée». Et à chaque poubelle ouverte, c’est l’espoir de découvrir un beau butin. Seul bémol, d’autres fouilleurs peuvent déjà être passés. Il faut alors que la main se fraye un chemin entre les sacs éventrés par les prédécesseurs pour tenter de trouver quelques restes qui n’auraient pas déjà été ramassés.

Pour Manuela, le choix de pratiquer le dumpster entre en cohésion avec les valeurs qu’elle défend: «Je le fais en premier lieu pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Je suis toujours assez surprise et choquée de la quantité de nourriture encore comestible que je trouve dans les poubelles! En plus, je fais des économies ». Et ce sont de sacrés dépenses que Manuela s’épargne car elle a réussi à diviser son budget par trois depuis qu’elle s’est lancée dans l’aventure du dumpster. Sa meilleure trouvaille ? «Six boîtes de fromages que j’ai trouvées en mai 2015 et qui sont bons jusqu’en 2016!», sourit l’étudiante.

Une activité principalement étudiante

Manuela part à l’attaque des poubelles le plus souvent seule, mais aussi parfois avec des amis «pour les initier». Et en effet, aux résidences étudiantes de l’université, certains barbecues ou repas sont réalisés uniquement grâce au dumpster. «Ce sont surtout les étudiants qui font ça. D’abord parce que ce sont ces classes-là qui ont le moins de revenus et aussi parce que le gaspillage alimentaire est un problème de société dont on parle depuis peu…Donc les anciennes générations sont moins sensibilisées», affirme Manuela.

Pourtant, la pratique est considérée comme illégale, car les étudiants violent le caractère privé des poubelles des établissements. Mais Manuela n’a jamais rencontré aucun problème au Canada, même si elle a entendu dire que «certaines poubelles avaient été aspergées d’eau de javel afin de rendre les produits impropres à la consommation». Des rumeurs qui tirent souvent leurs sources des regroupements de fouilleurs sur les réseaux sociaux. Des endroits où les adeptes du dumpster s’échangent les bons plans, mais aussi les endroits à éviter.

De la part des quelques clients des supermarchés qui croisent les fouilleurs, juste quelques regards curieux, aucune animosité ne se fait sentir. Bien au contraire: «Une fois je suis tombée sur quelqu’un qui probablement pensé que j’étais en manque d’argent puisque lorsqu’il m’a vu ramasser des légumes dans une poubelle, il m’a offert de l’argent ! Même si je lui expliquais que c’était par principe et non par manque, il avait l’air surpris et pas convaincu», s’amuse Manuela.

*Le prénom a été modifié par souci d’anonymat.

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