Société
13:25 21 juillet 2014 | mise à jour le: 21 juillet 2014 à 13:25 temps de lecture: 3 minutes

Profession : flécherande

FLÉCHÉ. Depuis plus de 40 ans, Yvette Michelin détient et transmet son savoir ancestral de tissage de ceintures fléchées avec les doigts. Celle qui a inventé le néologisme «flécherande» peut être fière de voir Bonhomme Carnaval porter sa ceinture fléchée.

«Le fléché authentique québécois, c’est beaucoup plus qu’un tressage», lance d’emblée Yvette Michelin. À 72 ans, cette passionnée confectionne du bout des doigts sans métier ni instrument des ceintures fléchées depuis 42 ans, dont celle de Bonhomme Carnaval, qui représente tout de même 240 heures de travail.

Cet artisanat est empreint d’histoire et de tradition. Et c’est bien cela que Mme Michelin souhaite transmettre. «Cette technique patrimoniale du Québec s’était déjà perdue et je ne veux pas que cela arrive de nouveau. Au XVIIIe siècle, les ceintures fléchées étaient achetées par la Compagnie de la Baie d’Hudson, qui s’en servait comme monnaie d’échange pour obtenir de la fourrure des Amérindiens. Cette technique a été créée ici et est unique», dit-elle.

De fil en aiguille, l’élève est devenue à son tour formatrice, comme actuellement à la Maison Routhier, située à Sainte-Foy, où elle dispense ses précieux conseils. «Au Québec, le fléché a été relégué aux oubliettes, car il représentait une époque de misère. Cela n’avait pas une belle image. Je voulais redonner la place d’honneur au fléché. Ce savoir-faire n’est plus enseigné dans les familles comme autrefois, il faut transmettre cet art de génération en génération. Je rêverais que cette technique s’apprenne à l’école», poursuit cette résidente de Sainte-Foy.

La relève

Seule formatrice au Québec, Yvette Michelin a longtemps craint que son art disparaisse de nouveau. «J’ai souvent douté. En 42 ans de pratique, j’ai mis au moins 35 ans de ma vie à n’en faire que de la promotion, pour que cet art ne se perde pas. Quand j’ai vu mes compagnes d’enseignement mourir, en raison de leur âge, les unes après les autres, je me suis sentie investie d’une mission, cette technique ne peut pas disparaître», raconte-t-elle les larmes aux yeux.

Tous les efforts de la flécherande n’ont pas été vains puisqu’elle commence à avoir de l’espoir en l’avenir du fléché : «J’ai une stagiaire que je veux former pour qu’elle puisse enseigner à son tour», explique celle qui a été sensibilisée au fléché par sa mère, qui elle-même avait appris les techniques chez les Dames Ursulines au milieu des années 1910.

Yvette Michelin voue sa vie à la promotion du fléché et Bonhomme Carnaval porte fièrement sa ceinture, synonyme de tradition.

«Le fléché, bien plus qu’une ceinture!» est une exposition portant sur les nombreux usages que l’on peut faire avec le fléché. Elle est visible jusqu’au 14 décembre à la Maison des Jésuites, située sur le chemin du Foulon. Actuellement, Yvette Michelin peaufine son livre sur la technique du fléché. Il devrait être publié cet automne.

Le Québec Express, membre du Groupe Québec Hebdo

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