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15:38 16 octobre 2013 | mise à jour le: 16 octobre 2013 à 15:38 temps de lecture: 7 minutes

Les étudiants de Québec s’endettent en moyenne plus qu’ailleurs au Québec

Les étudiants au cégep et à l’université au Québec ont emprunté en un an plus de 481M$ du gouvernement et ont obtenu près du double en bourse, révèlent les plus récentes données du ministère de l’Éducation du Loisir et du Sport (MELS) obtenues par TC Media. Alors que le prêt octroyé par étudiant a atteint en moyenne 2518$ en 2010 au Québec, il est de 3335$ dans la région de la capitale.

Les étudiants de la région de Québec arrivent ainsi après Montréal (3528$) et Laval (5271$) où les étudiants fréquentant les établissements postsecondaires se sont vus octroyer, toutes proportions gardées, les plus importantes sommes de l’État québécois en 2010, soit la plus récente année pour laquelle le MELS détient des données.

À Québec, c’est 21 947 étudiants qui se sont partagé 73,2 M$ en prêts. Au total, le gouvernement garantissait en 2009-2010 pour quelque 3,4G$ pour l’ensemble des prêts étudiants.

À l’inverse, le Nord-du-Québec (qui ne compte toutefois que 61 emprunteurs) est la région où les étudiants emprunteurs ont obtenu le moins en prêts pour leurs études, avec une moyenne de 1639,34$. La région de Lanaudière suit avec 1906,31$ par étudiant.

«On veut aider ces gens-là, car ils seront la société de demain. Les revenus familiaux sont moindres et il faut évaluer les besoins réels des étudiants. C’est pourquoi il y a eu quand même quelques réformes après le Sommet sur l’enseignement supérieur. Comme l’aide supplémentaire aux familles. Avant, le plafond (donnant droit à l’aide financière) arrêtait à 28 000$ de revenu familial et maintenant, c’est 35 000$ et ce sera 45 000$ en 2015-2016», fait valoir le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Technologies, Pierre Duchesne.

Nancy Scott, responsable des programmes jeunesse chez Desjardins est d’avis que l’un des facteurs qui explique que les prêts consentis aux étudiants des régions sont plus élevés est le fait que ceux-ci doivent dépenser davantage pour les frais connexes aux études. «Les étudiants des régions rencontrent des dépenses additionnelles, comme de logement ou de déplacement puisque souvent, ils n’étudient pas dans leur région d’appartenance», explique-t-elle.

En 2010, plus de 395M$ en bourses ont été accordés aux étudiants des établissements postsecondaires au Québec. Les étudiants de la région de Montréal ont été les plus choyés de l’État à ce chapitre. Les étudiants montréalais ont reçu 4 707,62$ alors que la moyenne s’est établie à 3 825,85$ pour l’ensemble du Québec. L’Estrie suit avec 4217$ de bourses moyennes devant Laval à 4192$. Québec se retrouve au sixième rang avec en moyenne 4066$ en bourse par étudiant. Le Nord-du-Québec s’est aussi distingué au chapitre des bourses avec une moyenne de 2 857$ consentis par emprunteur, soit la plus faible moyenne en province.

Les faillites explosent

Les prêts étudiants et autres dettes contractées auprès d’institutions financières ou cartes de crédit finissent par peser lourd sur le budget et sont parfois… fatals. Selon le MELS, le nombre de faillites chez les étudiants emprunteurs auprès de l’État est passé de 1241 à 1863 entre 2006-2007 et 2009-2010, soit une hausse de 50%.

À noter que le délai après lequel les étudiants peuvent être libérés de leurs créances concernant les prêts est passé, en 2010, de dix à sept ans, ce qui a possiblement contribué à faire augmenter le nombre de faillites.

«L’endettement diminue depuis 2007. Les étudiants québécois sont beaucoup moins endettés que leurs collègues du Canada anglais ou que les Américains. Ils remboursent à 90% leurs emprunts. Les faillites demeurent quand même très rares. On a bonifié l’aide financière aux études et ce sera la première fois dans l’histoire que le volume de bourses sera supérieur au volume de prêts. De cette façon, on contribue à l’enrichissement collectif», rapporte le ministre Duchesne.

De son côté, Fabien Major, expert en finances personnelles, s’étonne de voir un aussi haut taux de faillites.

«C’est inquiétant et très décevant. Ça part mal dans la vie quand tu commences comme ça. En même temps, de nos jours, le crédit est tellement facile à obtenir. C’est pourquoi il est plus important que jamais de créer des bases pour l’éducation au budget, car il ne faut pas oublier que faire faillite, ça hypothèque l’avenir pendant environ 10 ans. Ça m’inquiète, car on manque énormément d’éducation financière. On fonce sans savoir où ça va nous mener. Surtout que les taux d’intérêt ne feront que monter dans les prochaines années.»

Pas d’inquiétude à l’horizon

L’endettement étudiant n’est pas un phénomène préoccupant, tant qu’il figure au centre d’une planification budgétaire bien ordonnée, estiment deux spécialistes des prêts étudiants. «L’important, explique Nancy Scott, responsable des programmes jeunesse chez Desjardins, c’est d’être en mode prévention pour prévenir le surendettement et éviter une trop grande différence entre les dépenses et les revenus. Ce que l’on vise en amont, c’est une éducation financière appropriée. On veut une assiduité d’épargne et c’est pour ça que l’accompagnement est important. C’est important de prévenir une consommation excessive chez les jeunes», explique-t-elle.

Même son de cloche du côté de Melissa Jarman, directrice générale, services bancaires aux étudiants, chez RBC. «Bon nombre d’étudiants de niveau postsecondaire sont responsables pour la première fois de la gestion de leurs dépenses, fait-elle valoir. S’ils établissent un budget et ont la volonté d’apprendre à bien le gérer, ils établiront des bases solides qui pourraient avoir une incidence considérable sur leur avenir financier. L’acquisition de bonnes habitudes de gestion financière devrait être tout aussi importante que l’acquisition de bonnes habitudes d’études.»

«Outre ceux qui empruntent auprès du gouvernement, c’est une minorité d’étudiants qui empruntent auprès d’une institution financière pendant leurs études. C’est dû à des pratiques de saine gestion de crédit que nous avons réussi à leur inculquer ou qu’ils ont développé», explique Nancy Scott de Desjardins.

«Quand les étudiants empruntent, ils vont surtout faire une demande de marge de crédit ou de carte de crédit. Généralement, la limite moyenne pour une carte de crédit étudiante est de 300$. Ils ne profitent pas de limites excessives, ce qui fait que les faillites sont rares. C’est même une infime minorité», ajoute notre experte.

Selon Melissa Jarman, «le taux d’emploi s’accroît avec le niveau d’études. Étant donné qu’un certificat, un diplôme ou un grade universitaire augmente de plus de 45 % vos chances d’obtenir un emploi, peu importe le chemin que vous empruntez, l’enseignement postsecondaire est sans contredit l’un des meilleurs moyens d’assurer votre avenir».

La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec ainsi que la Fédération des cégeps du Québec n’ont pas souhaité commenter les résultats de ce reportage.

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Avec la collaboration de Thaïs Martel

Québec Hebdo

(Photo archives)

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