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21:20 29 janvier 2020 | mise à jour le: 2 février 2020 à 11:10 temps de lecture: 6 minutes

Québec pratique le vivre ensemble autour d’un souper communautaire

Québec pratique le vivre ensemble autour d’un souper communautaire
La formule du repas communautaire visait à favoriser les échanges, le partage et le rapprochement. (Photo Métro Média – François Cattapan)

Commémoration de la fusillade du 29 janvier 2017

MÉMOIRE. La commémoration des trois ans de la fusillade mortelle survenue à la grande mosquée de Québec s’est tenue sous une formule renouvelée. Certes, le devoir de mémoire est resté bien présent, mais les organisateurs ont voulu franchir une étape pour favoriser un rapprochement entre les composantes diverses de cette communauté éprouvée.

Le premier ministre du Québec, François Legault, et le président du CCIQ, Boufeldja Benabdallah, se sont fait l’accolade après leur allocution respective. (Photo Métro Média – François Cattapan)

Plutôt que de faire ça dans la froidure extérieure, sur les lieux du drame, le Collectif citoyen 29 janvier, je me souviens a choisi la chaleur de l’église Saint-Mathieu. Un lieu ouvert à toutes les confessionnalités et, surtout, assez grand pour accueillir plus de 300 convives attablés autour d’un repas communautaire. Une occasion de rencontrer l’autre, de fraterniser et de partager des plats métissés aux origines variées, à l’image des disparus et du Québec moderne.

Selon une coorganisatrice de l’activité, il demeure important de se rassembler pour apporter du réconfort aux familles de victimes et aux survivants. Bien que cela remonte à trois ans déjà, les blessures et la douleur restent vives. «Il nous semblait opportun de mettre un espace à la disposition des gens de Québec pour échanger et rendre hommage aux six victimes tombées sous les balles. C’est une voie constructive qui met pleinement en pratique le vivre ensemble», confie Maryam Bessiri.

Crescendo politique

Resté paraplégique après avoir reçu plusieurs balles du tireur, Aymen Derbali se révèle comme un exemple de résilience chaque fois qu’il prend la parole en public. (Photo Métro Média – François Cattapan)

Bien que l’intention initiale était de réduire les interventions pour donner toute la place à l’ouverture et à la découverte de l’autre, les discours politiques ont monopolisé beaucoup de temps. Les allocutions se sont succédé en crescendo pendant plus d’une heure, retardant d’autant l’accès au buffet et la prise du repas. Tour à tour, les propos rassembleurs, notamment du maire de Québec, Régis Labeaume, du premier ministre du Québec, François Legault, et du président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), Boufeldja Benabdallah, ont été salués chaleureusement.

C’est toutefois dans un tonnerre d’applaudissements qu’Aly Ndiaye, militant de l’inclusion sociale mieux connu sous le nom de rappeur Webster, a clos les prises de paroles. Ses questions percutantes: «Est-ce qu’on va laisser les animateurs radio xénophobes dicter ce à quoi doit ressembler notre société? Et, est-ce qu’on va laisser les gouvernements dire aux femmes quoi porter?», ont soulevé les cris d’appui des opposantes à la Loi 21 sur le port de signes religieux.

Une minute de silence a été observée pour honorer la mémoire des six disparus lors de la fusillade du 29 janvier 2017. (Photo Métro Média – François Cattapan)

Autres activités

La journée de commémoration avait commencé par une activité portes ouvertes à la grande mosquée du chemin Sainte-Foy. Malgré le chantier de rénovation pour rendre le lieu plus accueillant et sécuritaire, les gens ont pu visiter l’endroit où le drame s’est produit il y a trois ans. Enfin, à 21h30, il était possible de visionner le documentaire La Mosquée: une communauté menacée au Cineplex de Sainte-Foy. Le film relate les sentiments vécus par les musulmans au lendemain de la fusillade.

Dans une intervention faite plus tôt en journée à Ottawa, le premier ministre canadien Justin Trudeau a insisté sur la nécessité «de bâtir un pays où chacun est en sécurité. Peu importe sa religion, ses convictions, ou son origine.»

Ce qu’ils ont dit:

«Cette commémoration citoyenne encourage le respect et le droit de vivre selon nos convictions. C’est ça qu’on célèbre, le désir de prendre notre place.» – Conrad Sioui, grand chef huron de Wendake

«Ce qui reste après ce drame, c’est l’amour et le respect de nos différences. C’est ce qui nous a permis de nous en sortir tous ensemble.» – Régis Labeaume, maire de Québec

Le buffet présentait une multitude de plats d’origines diverses, à l’image de la communauté actuelle de Québec. (Photo Métro Média – François Cattapan)

«Je veux lancer un message aux familles des victimes. Le Québec est à vos côtés au lendemain de cette attaque haineuse qu’on ne croyait jamais possible.» – François Legault, premier ministre du Québec

«Le chemin est long pour rétablir la concorde. Il faut que cesse la référence à la différence. L’enfant qui a perdu son père, on ne doit pas lui dire: tu es un fils d’immigrant, mais tu es le fils d’un concitoyen du Québec.» – Boufeldja Benabdallah, président du CCIQ

«Nous avons tous un devoir de mémoire collective pour qu’une telle tragédie ne se reproduise jamais. La diversité doit être vue comme une richesse et non comme quelque chose qui divise.» – Aymen Derbali, survivant de la fusillade

«Il faut du courage pour admettre qu’il reste du chemin à faire contre le racisme. Au-delà du vivre ensemble, il faut grandir ensemble pour construire le Québec.» – Webster, rappeur et militant de l’inclusion sociale

Lire également l’article paru sur le documentaire La Mosquée: une communauté menacée.

Le premier ministre Legault a pris le temps d’échanger avec les convives et même de s’amuser avec quelques enfants présents. (Photo Métro Média – François Cattapan)

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