L'Appel
07:18 24 janvier 2020 | mise à jour le: 27 janvier 2020 à 08:12

La crainte persiste chez les musulmans de la capitale

La crainte persiste chez les musulmans de la capitale
Avec La Mosquée: une communauté menacée, le réalisateur Ariel Nasr a voulu montrer l’inquiétude et la crainte qui régnait au lendemain de l’attaque de la grande mosquée de Québec. (Photo gracieuseté – Loaded Pictures)

Un documentaire relate les répercussions de la fusillade à la mosquée de Québec.

MÉMOIRE. Pour bien des gens, la vie paisible de Québec s’est arrêtée le soir de la fusillade à la grande mosquée du chemin Sainte-Foy. Le temps de l’innocence n’existe plus depuis ce jour fatidique du 29 janvier 2017 et la communauté musulmane peine à reprendre confiance. Une réalité dépeinte dans le documentaire La Mosquée: une communauté menacée, dont la projection prévue ces jours-ci coïncide avec la commémoration des trois ans de ce traumatisme collectif.

Le film met en évidence le courage et la résilience de la communauté musulmane de Sainte-Foy après que l’impensable se soit produit. (Photo gracieuseté – Loaded Pictures)

S’ouvrant sur des images bucoliques des plus beaux atours hivernaux de Québec, le film montre rapidement que les choses ne sont plus ce qu’elles étaient. Réalisée par Ariel Nasr et produite par Sergeo Kirby, l’œuvre documentaire d’une durée de 1h08 a été tournée à l’approche des cérémonies soulignant tristement la première attaque à survenir dans une mosquée en Occident. Malgré l’effervescence et la solidarité du moment, le moral est au plus bas.

Pendant que certains s’accrochent «à l’espoir du vivre ensemble en harmonie», d’autres craignent «le cynisme politique et les discours creux sur le multiculturalisme sans désir d’endiguer les problèmes de racisme et d’islamophobie». À bout d’énergie, des membres de la communauté se préparent à quitter le Québec, tandis que d’autres s’efforcent de convertir leur déception en détermination. Il y a une fracture tangible depuis les événements. Et l’émergence de groupes d’extrême droite, encouragée par les propos xénophobes des animateurs de radio poubelle, n’a rien pour rassurer.

À cet égard, la démarche comporte des limites qui soulèvent des questions restées sans réponses. Le fait que les entretiens avec des survivants portés à l’écran remontent à moins d’un an après la tragédie ne brosse pas un portrait actuel de la situation. Cet aperçu d’une autre époque, alors que la douleur était vive, n’offre aucune perspective sur l’évolution des choses trois ans plus tard. Comment se portent les fidèles? Quelles initiatives d’ouverture ont été tentées? Que faire pour une meilleure cohabitation? On n’en sait rien.

Projections provinciales

Dressant un portrait intimiste de la communauté musulmane de Sainte-Foy, La Mosquée: une communauté menacée s’attarde à son courage face au deuil et à la dureté de l’épreuve. Les témoignages sont aussi nombreux qu’éloquents sur la profondeur des cicatrices qu’a infligées le drame. Cette démonstration de la résilience de ces gens, qui ont choisi Québec pour s’établir et élever leur famille, prend fin sur un message d’optimisme. Le souhait que «les différences s’ajoutent et s’intègrent, afin de devenir des complémentarités dans une société meilleure».

Le film a fait l’objet de présentations spéciales à l’intention de la communauté musulmane, le samedi 25 janvier et le dimanche 26 janvier au pavillon Desjardins de l’Université Laval à Québec. Par ailleurs, des projections grand public sont prévues le mercredi 29 janvier, jour de commémoration de la fusillade, dans le réseau Cinéplex à Québec, ainsi qu’à Montréal, Sherbrooke, Victoriaville et Gatineau.

Le documentaire est dédié à la mémoire des six victimes qui ont perdu la vie dans la fusillade du 29 janvier 2017. (Photo gracieuseté – Loaded Pictures)

Québec Hebdo

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