L'Appel
22:50 24 avril 2015 | mise à jour le: 18 octobre 2021 à 10:09 Temps de lecture: 5 minutes

Un séjour qui change une vie

AIDE HUMANITAIRE.Abandonner le confort de son foyer afin de tendre la main à son prochain, c’est la décision qu’a prise Martine Gauthier, coopérante volontaire de 52 ans de la Capitale Nationale.

La résidente de Sillery vient tout juste de revenir du Bénin après six mois d’aide humanitaire. Durant son séjour, Martine agissait en tant que consultante en développement organisationnel au sein de l’Association Saint-Camille-de-Leillis qui vient en aide aux personnes atteintes de maladies mentales.

Depuis longtemps, elle souhaitait œuvrer dans la santé mentale en Afrique. À preuve, le sujet de sa maîtrise en psychologie était l’ethnologie de la sorcellerie dans le monde noir. Après réflexion, Martine Gauthier a décidé, il y a de cela près de deux ans, de se lancer et de faire un stage de coopération internationale comme projet final de sa deuxième maîtrise. Un lien était établi avec le CHU du Burkina Faso, mais les revenus de la résidente de Québec ne lui permettaient pas un tel voyage, puisque ce dernier était entièrement à ses frais. «J’ai cherché longtemps avant de trouver le stage de Cuso International. Ce qui était bien avec mon voyage au bénin, c’est qu’une partie des frais était couvert par l’organisme, il m’était donc possible de tout lâcher et d’aller aider», mentionne-t-elle.

Bien qu’elle fût très excitée à l’idée de partir, le confort dont elle jouissait ici lui a beaucoup manqué, de même que la présence de ses proches. «Je ne vous cacherai pas que je me suis ennuyé de ma famille. Ce qui m’a aidé c’est qu’un de mes fils est venu passer trois semaines avec moi au Bénin, un beau cadeau de Noël. Point vu confort, c’était mieux que ce que je croyais. J’ai été agréablement surprise», lance-t-elle en riant.

Une culture bien différente

Dès son arrivée en sol africain, elle a constaté l’écart entre les deux cultures. Bien qu’elle se soit bien adaptée, c’est plutôt du côté des Béninois que se situait le problème. «La mentalité n’a pas changé depuis plusieurs années, les croyances sont très ancrées. Pour eux, la médecine moderne c’est quelque chose de mauvais. La sorcellerie et les pratiques vaudou y sont encore pratiquées couramment. Il faut donc constamment le prendre en considération», explique la coopérante volontaire de 52 ans.

Pour illustrer ses propos, elle donne comme exemple un patient Theodore, le batiqueur : «On s’est aperçu qu’il n’allait pas bien. Après quelque temps, Theodore nous a montré une plaie assez sérieuse qu’il avait sur le côté. Il nous a expliqué qu’il avait vu quatre guérisseurs, mais que ça ne s’était pas amélioré. On l’a amené à l’hôpital et malheureusement les médecins nous ont dit qu’il était trop tard. Les onguents et les potions administrés jusqu’à ce moment avaient atteint son foie et ses reins. Il est décédé peu de temps après.»

Elle indique que les préjugés sont encore pires lorsque l’on parle de santé mentale. Pour eux, quelqu’un qui est atteint d’une maladie mentale, c’est quelqu’un à qui l’on a jeté un sort ou encore quelqu’un de possédé par le démon. «Je me suis fait un ami, là-bas qui m’a conté qu’il avait vu quelqu’un se faire jeter un sort. Quand je lui demandais pourquoi les médicaments soignaient les patients, il me répondait que les patients avaient vu un guérisseur auparavant et c’est pour ça que ça marchait. Il allait jusqu’à me dire que s’il n’allait pas voir un guérisseur, il allait mourir intoxiqué des médicaments. C’est fort les croyances», poursuit la dame.

Ce qui l’a toutefois surpris c’est à quel point les deux sociétés se ressemblent finalement. C’est d’ailleurs sur ces ressemblances qu’elle a travaillé tout au long de son séjour. «La culture est différente, mais les problèmes restent les mêmes. On ne peut pas réinventer la roue. Les jeunes souffrent énormément du souci de performance tout comme il y a beaucoup de problèmes de consommation»,

Une leçon de vie

Bien que le confort de son foyer lui plaise, Martine Gauthier a trouvé cela difficile de retourner à ses tâches quotidiennes. C’est surtout la notion du temps qui lui a causé problème.

«Quand tu as la chance d’aller passer du temps en Afrique, cela te remet les pendules à l’heure comme on dit. Pour eux, quand tu fais quelque chose, tu prends le temps de le finir avant de passer à la proche chose. Ici, tout s’enchaîne à un rythme infernal. On ne prend même plus le temps de bien faire et c’est ce qui m’a marqué à mon retour», confie-t-elle.

Elle conclut en disant qu’il s’agit d’une grande leçon d’humilité : «Au Québec, on ne se soucie pas des gens qui nous entourent. Là-bas, c’est tout le contraire. Chacun prend des nouvelles de ceux qu’il rencontre, et ce, même s’il l’a rencontré seulement qu’une fois dans sa vie, on est loin de la société individualiste dans laquelle nous vivons.»

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