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13:14 22 avril 2021 | mise à jour le: 22 avril 2021 à 15:09 temps de lecture: 4 minutes

Quitter pour ne plus revenir

Quitter pour ne plus revenir
Photo: GracieusetéSoFia vit une vie familiale loin de la violence conjugale.

VIOLENCE. La pandémie a engendré une augmentation de la violence conjugale. SoFia, une mère de trois enfants et infirmière de profession, a accepté de plonger dans ses souvenirs douloureux pour faire comprendre le cycle de la violence, et surtout, pour aider les personnes qui en sont victimes.

SoFia, comment vivais-tu la violence avec ton ex-conjoint?

Je vivais régulièrement de la violence physique et psychologique. Le jour où j’ai reçu un coup avec mon bébé de quelques semaines dans les bras, ça a été l’élément déclencheur pour partir.

Pendant cette période, quelles étaient tes inquiétudes?

J’avais peur de mourir, peur d’être blessée, peur que mon agresseur concrétise ses menaces, et aussi, peur du jugement de ma famille. J’avais honte de rester dans une relation de violence conjugale.

Comment vivais-tu le cycle de la violence?

Le cycle de la violence, c’est vraiment comme une roue qui n’arrête jamais. À la phase 1, la victime marche sur des œufs et tente de maintenir l’équilibre dans un climat de tension. Ensuite vient la crise. Ça explose! Et puis à la phase 3, l’agresseur tente de se justifier. Pour la victime, cela crée un appel de loyauté envers celui qu’elle aime. Moi, je me disais, par exemple, «On est un couple solide, on va s’en sortir, l’amour est toujours présent.» La frustration de la victime s’estompe inconsciemment, comme si, pour se protéger, le cerveau en vient à minimiser les gestes. Dans mon cas, j’ai entendu des justifications du genre «Tu fais exprès pour me faire fâcher, j’ai besoin de toi, je m’excuse». Souvent, l’agresseur se dégage de sa responsabilité et la met sur le dos de la victime et des enfants. Tant qu’il n’admet pas qu’il a un problème, le cycle recommencera. C’est un mélange de manipulation, de jalousie et de possessivité.

Et après, c’est la réconciliation et c’est à cette dernière étape que les victimes reviennent?

Oui, c’est la lune de miel, l’espoir. Dans mon cas, je retrouvais l’homme de qui j’étais tombée amoureuse, et ça soulageait mes blessures. Ma garde baissait, et ça recommençait.

Comment fait-on pour arrêter ce cycle?

Ça prend une distanciation physique absolue entre les deux. Certaines se coupent des médias sociaux, d’autres changent de ville et de numéros de téléphone. Moi je suis allée en maison d’hébergement avec mes trois enfants. J’ai pu avoir accès à des avocats et des travailleurs sociaux. Ma famille était présente aussi.

Mais il arrive que les victimes n’ont plus beaucoup de réseau social à ce stade, non?

Exact, parfois l’agresseur l’a isolée graduellement, mais parfois la victime s’est éloignée elle-même de son réseau, par honte d’être retournée auprès de son agresseur. Elle se sent jugée. L’estime de soi est parfois moins forte aussi. Les organismes communautaires comme SOS conjugal sont tellement importants dans ce genre de situations!

Selon toi, pourquoi on voit souvent des femmes quitter leur agresseur, puis revenir près de lui?

Il peut y avoir plusieurs raisons. Il y a le fait que les agresseurs ne sont pas toujours méchants. Ils portent en eux des qualités qui nous ont rendues amoureuses. Du jour au lendemain, c’est difficile de les quitter parce qu’il y a toute une relation qui est présente.

Qu’as-tu envie de dire aux femmes qui nous lisent et qui hésitent à quitter la violence conjugale?

Prenez soin de vous et de vos enfants, sinon personne ne le fera à votre place. Tenez un journal et prenez des photos des blessures physiques ou bris de matériel. Moi ça m’avait beaucoup aidé à ne pas revenir sur ma décision. C’est un long processus, et une fois qu’on en est sorti, on se sent mieux, soulagé et en paix.

La violence conjugale en statistiques

-En 2015, les infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal représentent près du tiers de tous les crimes commis envers la personne au Québec.

-78 % des victimes sont des femmes.

– Dans près de 50 % des cas, les auteurs présumés sont les conjoints ou conjointes des victimes, tandis que 32,6 % sont les ex-conjoints ou ex-conjointes et 10,3 % sont les amis ou amies intimes.

– Les 18 à 29 ans représentent le groupe d’âge le plus touché, et environ 30% des victimes de violence conjugale ont entre 30 et 39 ans.

 

Ressources d’aide: sosviolenceconjugale.ca/fr

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