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14:57 19 avril 2018 | mise à jour le: 19 avril 2018 à 14:57 temps de lecture: 5 minutes

Le camionneur miraculé

Ils sont vitaux pour notre économie, transportent nos biens sur des kilomètres. Nous les croisons tous les jours sur notre chemin. Les camionneurs travaillent fort, font de longues heures sur la route. Ces hommes et ces femmes sont tous liés par le même fil conducteur: la passion pour leur métier. C’est cette passion qui a transporté Charles Englehart, camionneur de Charlesbourg depuis 25 ans, vers l’enseignement où sa vie a basculé le 10 janvier 2018.      

La réadaptation sera longue, mais le camionneur est persuadé de se retrouver à nouveau derrière le volant d’un poids lourd

Photo TC Media – Jean-Philippe Dionne

Il raconte encore avec émotion le terrible accident qu’il a vécu alors qu’il enseignait au Centre de formation en transport de Charlesbourg. Ce qui semblait être un banal exercice de déneigement a pris une tout autre tournure.

«Dans le stationnement en avant de l’école, nous avons fait un transfert de neige avec les élèves. Ils n’ont pas besoin de supervision lors du chargement, mais pour le déchargement oui, puisque c’est un nouvel apprentissage. Donc, je marchais en avant du camion 12 roues et quand il a arrêté de décharger, je suis allé sur le côté pour entendre les barrures des portes et m’assurer que le camion ne lève pas. Et c’est à ce moment qu’un énorme bloc de glace de 3 pieds par 4 pieds est sorti par le côté et je l’ai reçu directement sur la nuque».

M.Englehart a subi des blessures très sérieuses: cou et colonne vertébrale cassés. Les médecins stupéfaits affirment qu’il est un véritable miraculé et n’était pas censé s’en sortir. Canne à la main, collet cervical au cou, les traces de sa malchance sont encore bien visibles. Le camionneur est conscient qu’une bonne étoile veillait sur lui le jour de l’accident. Malgré tout, ses yeux scintillent toujours lorsqu’il parle de son métier qu’il a de tatoué sur le cœur. 

La route dans les veines  

Avant de devenir camionneur, Charles était maître d’hôtel. À la suite d’une séparation, il retourne vivre dans son patelin au Nouveau-Brunswick. Le père de famille a toujours adoré conduire. Il venait chercher son fils toutes les deux semaines en voyageant Moncton-Québec, la même journée.

«La route n’est pas un facteur négatif. Je décroche totalement. Parfois, au lieu de prendre un vol à Québec, j’allais à l’aéroport de Montréal. Moi je tombe en vacances quand les portes de la voiture ferment. C’est en dépassant les camions sur les autoroutes que le déclic s’est fait. J’adore conduire! Pourquoi ne pas être payé pour le faire? Quand j’ai commencé ma carrière de camionneur, je ne réalisais pas que j’aillais avoir une paie pour ça», lance M. Englehart.   

Partir sur de longues distances et pour très, très, longtemps, c’est ce qu’il a choisi de faire durant plus de 15 ans. Des voyages de deux mois, deux mois et demi, étaient monnaie courante. Même si l’ennui pour ses proches pouvait gagner en émotion, il savait qu’il aurait droit à un long congé pour les voir à son retour.

L’envers de la médaille

Le parcours professionnel de Charles n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Être routier comporte son lot de risque. Le danger numéro est la fatigue au volant. Savoir repérer les signes de baisse d’énergie est primordial pour lui. «Il faut savoir écouter son corps. Moi je sais que quand je commence à jouer dans mes cheveux, j’en ai encore pour 20 minutes et ensuite je dois me stationner sinon c’est risqué».

Les changements brusques de température ou de conditions de la chaussée représentent un défi. Surtout dans les Prairies canadiennes où la géographie particulière peut jouer des tours aux routiers. En une fraction de seconde, la route peut devenir glacée dépendamment de son exposition au vent et au soleil.

Bien sûr, autant d’années passées sur la route sans accident auraient été un tant soit peu utopiques. Les plus importants cas de tôles froissées se sont produits dans la même ville, Détroit, dans les  mêmes circonstances: deux voleurs de voitures, pourchassés par les policiers, ont terminé leur course exactement à la même place…encastrées dans son poids lourd!  Les deux histoires se sont heureusement conclues sans blessés graves. À la suite de son accident, Charles Englehart sourit à la vie et sera patient. La guérison sera longue et il jure qu’à un moment donné il se retrouvera à nouveau derrière le volant d’un mastodonte.      

Sa vie a basculé en une fraction de seconde.

Photo TC Media – Jean-Philippe Dionne

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