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17:01 26 juillet 2018 | mise à jour le: 26 juillet 2018 à 17:01 temps de lecture: 5 minutes

L’homme aux 230 000 coupes de cheveux

Après presque six décennies, le coiffeur de Charlesbourg Jean-Pierre Côté est forcé de ranger ses ciseaux bien malgré lui.   

Jean-Pierre Côté s’est porté acquéreur de son salon en 1967. Sonia Drapeau est la propriétaire de l’endroit depuis 2012

Photo Métro Média – Jean-Philippe Dionne

Son histoire débute en 1959, alors qu’il suit son cours à l’École technique de coiffure, sur le boulevard Langelier. À l’époque, la coiffure était un domaine régi par un comité paritaire qui exigeait des carnets d’apprentissage, des cartes de compétence et un diplôme pour pouvoir opérer un salon. Tout était contrôlé: les heures de fermeture, les salaires, la séparation des sexes dans l’établissement. Vers le milieu des années 80, le comité paritaire a disparu, libéralisant ainsi le métier.

Diplôme en main, M. Côté coupe les cheveux de ses premiers clients chez Jacques Rouleau, sur le boulevard Charest, pour ensuite être engagé à l’hôtel La Bastogne sur le boulevard Sainte-Anne. Il accepte par la suite de venir travailler chez Henri Bédard sans savoir qu’il s’embarquait dans une grande aventure.

«À La Bastogne, je gagnais 35$ par semaine et on m’offrait 56$ au salon. Mon mandat était censé ne durer qu’une semaine et je ne suis jamais parti d’ici. J’ai même acheté la bâtisse en 1967», raconte-t-il. Ce fût la naissance du «Salon Jean-Pierre» sur la rue Jacques-Bédard.

Les temps changent

À 75 ans, Jean-Pierre Côté a vu son métier évoluer au fil des années sous différents aspects. Il n’avait que 16 ans lorsqu’il a fait sa première coupe de cheveux. D’abord, les prix à l’époque étaient bien différents de ceux d’aujourd’hui. Les adultes déboursaient 60 cents pour une coupe et les enfants 35 cents.

Au niveau du principal outil de travail, les ciseaux, une «bonne paire» pouvait coûter 100$ alors qu’aujourd’hui le prix peut facilement grimper jusqu’à 1000$-1500$. Quant à la tenue vestimentaire, M. Côté a connu l’époque des sarraus obligatoire pour servir les clients et l’interdiction de s’asseoir en tout temps. Les patrons exigeaient les formules de politesse d’accueil «bonjour» ou «bonsoir» en débarrassant le client de son manteau. Le coiffeur a été témoin d’une mode complètement disparue.

«Il y avait des crachoirs ici! Parce que les gens chiquaient le tabac canadien et fumaient le gros cigare. C’était très désagréable. Moi je ne voulais pas toucher à ça pour les vider. Je me souviens, un inspecteur de la santé publique est passé et a vu que les crachoirs n’étaient pas nettoyés. Il m’avait dit que s’il revenait et qu’ils n’étaient pas vidés, il nous collerait une amende. Donc, j’ai pris la décision de les enlever. Les clients allaient cracher à l’extérieur et n’étaient pas contents!»  

La 230 000e coupe de cheveux a été faite sur Jean-Pierre Plamondon qui fréquente le salon depuis 40 ans

Photo Métro Média – Jean-Philippe Dionne

Les modes capillaires

Certains hommes, peut-être plus coquets que les autres, demandaient des soins particuliers. Comme l’application de la lotion «Great Day» qui teignait les cheveux sans nuance. «On mettait ça 15 minutes et les cheveux devenaient noirs, noirs, noirs.» Dans les années 1966-1967, les perruques pour hommes ont fait leur apparition. C’est alors que Jean-Pierre est devenu «postichié» après avoir suivi un cours. «C’est la femme de son mari chauve qui l’incitait à porter une perruque. Je prenais un plastique pour prendre les mesures et je les faisais fabriquer ailleurs. Elles valaient entre 900$ et 2000$. C’était épouvantable! Quand il faisait chaud, elle décollait, et quand l’homme la replaçait, la séparation n’était plus à la bonne place!»        

Le 29 décembre 2017

C’est la journée qui restera à jamais gravée dans la mémoire du coiffeur puisqu’il a subi un malaise, dans son salon, qui s’est avéré être un infarctus. C’était sa dernière journée de travail. Après avoir passé cinq jours à l’hôpital et trop épuisé pour reprendre son boulot, Jean-Pierre Côté se voit dans l’obligation de prendre sa retraite. Sans ce fâcheux événement, il aurait continué de faire aller ses ciseaux. Le métier et les gens vont lui manquer. Discuter, partager les peines et les joies de ses clients, c’était sa passion. Il peut toutefois compter sur ses souvenirs pour se remémorer de bons moments, comme d’avoir coiffé deux joueurs des Nordiques soit Wilfrid Paiement et Dale Hunter. Dorénavant, Jean-Pierre Côté va se reposer et troquer sa paire de ciseaux pour sa canne à pêche, loisir qu’il affectionne particulièrement.    

Jean-Pierre Côté tient à remercier tous ses fidèles clients et ses employés Karine, Marlène, Sonia, Diane, Émilie et Sara.  

Le mythique salon!

Photo Métro Média – Jean-Philippe Dionne

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