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14:01 2 août 2018 | mise à jour le: 2 août 2018 à 14:01 temps de lecture: 4 minutes

Une vie à contempler son reflet

Dans la société actuelle, il est de plus en plus rare de voir un individu occuper le même travail tout au long de sa vie. C’est pourtant l’exploit que le Beauportois Clément Langevin s’apprête à réussir alors que son commerce est en processus de vente, ce qui le dirigera vers sa retraite.   

«J’imagine que je ne voulais pas être Américain, c’est pour ça que je passe mes hivers à Cuba», s’esclaffe Clément Langevin

Photo Métro Média – Jean Carrier

La plus vieille vitrerie de la région de Québec a connu seulement deux propriétaires au cours de ses 60 ans d’histoire. «Mon père, Maurice, a débuté le commerce en 1957 et je l’ai repris le 1er juillet 1980 alors qu’il voulait prendre sa retraite. Nous n’avons jamais eu de difficulté à trouver des clients. Je vends parce qu’il n’y a pas de relève», s’exprime l’homme de 65 ans.

Le vitrier n’a pas réussi à donner l’amour de son métier à son garçon et à ses deux filles alors que lui est tombé dedans étant petit. «J’ai été élevé dans «la vitre»! Je coupais de la vitre dès l’âge de 5 ans et ça a toujours fait partie de ma vie par la suite», affirme simplement l’homme.

La vitrerie se spécialise dans le secteur résidentiel et les clients proviennent principalement de la Côte-de-Beaupré, Sainte-Brigitte-de-Laval, de l’île d’Orléans et de Beauport. Le contrat le plus exigeant parmi les souvenirs de M. Langevin fut au Casino de Charlevoix. Une énorme pièce murale avait été installée au plafond. Fabriquée avec différentes couleurs, cela avait représenté un bon défi. Il en garde un bon souvenir même si la pièce a été retirée depuis par les dirigeants du casino.     

Employé fidèle

Une belle complicité règne dans ce lieu de travail alors qu’Yves Lévesque, l’unique employé du commerce travaille pour son patron depuis l’arrivée de celui-ci. «Nous avons notre routine. Je vais chercher le café et nous jasons 30 minutes avant de partir la journée  et on travaille sans interruption par la suite de 9h30 à 16h45», confie le chef d’entreprise.

Le lien de confiance est bien établi entre les deux hommes alors que les décisions du commerce passent entre les mains de l’employé durant l’hiver. «Le boss passe l’hiver à Cuba et c’est moi qui assure la continuité durant son absence. Ça arrive aussi qu’il s’absente pour aller chasser à son chalet, il faut bien que ça continue à rouler», raconte le sympathique travailleur avec un sourire en coin.

Travail physique

Une vie passée à transporter de la vitre inflige des conséquences sur le corps des deux hommes. «La vitre thermos, c’est pesant! Nous le ressentons dans les genoux. C’est environ 100 tonnes de vitre qui passent dans nos mains à chaque année», soulignent en même temps les deux travailleurs.

Ce boulot peut aussi s’avérer dangereux. Il y a quelques années, un incident est survenu lors d’une manipulation alors que le coin d’une vitre a coupé la cuisse de Clément Langevin. Le propriétaire a eu une petite frousse alors qu’une trentaine de points de suture ont été requis pour fermer la blessure.   

Avenir incertain

L’entreprise est en vente, mais il n’y a pas d’acheteurs potentiels pour l’instant. Ce qui complique les choses, c’est l’obligation de vendre la bâtisse comme une vitrerie. «Cela réduit considérablement le nombre d’options. Une possibilité est de mettre à terre l’édifice pour vendre le terrain» ajoute celui qui gère les affaires de la compagnie sans la moindre trace d’ordinateurs.

Il est facile de comprendre que Clément Langevin aimerait voir la vente de son commerce se concrétiser afin de le voir continuer à opérer, mais il n’en fera pas un drame si cela n’arrive pas. Dans tous les cas, il sera parfaitement heureux dans une forêt à chasser le gros gibier.

Un profond climat de respect s’est installé entre les deux hommes qui se côtoient depuis 38 ans

Photo Métro Média – Jean Carrier

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