Beauport Express
08:39 11 mai 2021 | mise à jour le: 11 mai 2021 à 14:11 temps de lecture: 5 minutes

Revivre le procès «Albert Guay»

Revivre le procès «Albert Guay»
Photo: Gracieuseté – Collection patrimoniale de la Sûreté du Québec.Pile utilisée lors de l'attentat qui mena à l'écrasement d'avion de Sault-au-Cochon, le 9 septembre 1949.

PROCÈS. Dans son nouvel ouvrage : Sault-au-cochon.Tome 1 – Le crime du siècle, Eric Veillette, chercheur et analyste judiciaire, se replonge dans l’affaire Albert Guay, considérée comme le crime du siècle et qui a défrayé les chroniques dans un Québec impacté par la guerre froide.

«En étudiant cette affaire, ce que j’ai découvert de plus intéressant ce sont tous les rebondissements et toutes les histoires de mœurs. Je livre un portrait des personnages comme ils n’ont jamais été racontés avant», a indiqué l’auteur. Le spécialiste s’interroge dans son œuvre: la dernière femme pendue au Canada a-t-elle été victime d’une terrible injustice?

Rappel des faits

Le 9 septembre 1949, un avion de la Canadian Pacific Airlines s’écrase à Sault-au-Cochon, sur la Côte-de-Beaupré, tuant les 23 passagers présents à bord de l’appareil. Il s’agissait du premier attentat contre l’aviation civile en occident. Il s’avèrera, après enquête, qu’un bijoutier de Québec, Albert Guay, avait fait poser une bombe dans l’avion pour assassiner sa femme Rita Morel dont il voulait se débarrasser pour épouser sa jeune maitresse Marie-Ange Robitaille.

Mais, l’enquête montrera par la suite que l’accusé n’était pas seul à imaginer et exécuter son plan machiavélique. Sa sœur, Marguerite Pitre et l’horloger de Saint-Roch, Généreux Ruest, étaient ses deux complices. Au terme du procès, les trois accusés seront reconnus coupables et pendus.

Lecture immersive

«Je ne prétends pas détenir la vérité, je veux laisser parler le procès pour permettre au lecteur de se glisser dans la peau d’un jury et de se faire sa propre opinion», a averti l’auteur.

Sept ans après avoir commencé ses recherches, Eric Veillette a parcouru avec minutie plus de 7000 pages des transcriptions sténographiques du procès. «Je m’obligeais à tout lire pour que rien ne m’échappe», a-t-il expliqué. Des preuves, des témoignages, des pièces à conviction réunis et analysés pour reconstituer le crime. «Mon but principal c’est de redonner vie au procès car tout vient de là. Quand on a un procès, la richesse c’est que c’est du mot à mot et que tous les documents sont encore légaux. En terme de documentaire c’est ce qui se fait de mieux», affirme le chercheur. L’auteur a même eu l’autorisation de la Sûreté de Québec pour publier certaines des pièces à conviction dans son livre.

Corde de potence. Ce fragment a été récupéré et remis au Musée de la Sûreté provinciale de la Division de Québec après la pendaison d’Albert Guay, exécuté le 12 janvier 1951. Gracieuseté – Collection patrimoniale de la Sûreté du Québec

«Albert Guay, souhaitait se débarrasser de sa femme oui, mais est-ce bien lui qui a eu l’idée de l’explosion dans l’avion?», interroge-t-il. C’est donc une affaire «complexe» qu’il a tenté de «simplifier pour le lecteur» sans pour autant «enlever l’authenticité des témoignages». Le premier tome a été lancé virtuellement le 22 avril. Il est disponible depuis aux Éditions de l’Apothéose.

Reconstitution minutieuse d’une histoire complexe

Au fur et à mesure qu’il analysait l’affaire, l’auteur a pris la décision de réaliser une trilogie. «Il est vrai qu’il s’agit du même crime mais les motivations de chaque accusé étaient différentes, a soulevé l’auteur. Dans le tome 2 on apprend des choses que l’on pensait acquises dans le tome 1, car les éléments ne sont ressortis que lors du second procès.»

Ainsi, chaque année accueillera un tome, «c’est aussi une façon de laisser le temps au lecteur d’absorber chaque procès et de faire une préparation psychologique», a précisé Eric Veillette.

C’est un travail de fond dont l’auteur s’est emparé. «J’ai commencé par corriger la documentation, à deux endroits, une partie à Québec et l’autre à Ottawa car le procès d’Albert Guay était en Ontario.» Une étude de cas profonde qui implique pour l’auteur de revivre les affaires criminelles pour les transmettre. «Les premiers rapports d’autopsie que j’ai lu, je n’en dormais plus, mais ça se place avec le temps», rétorque-t-il tout en précisant que cette affaire lui avait demandé beaucoup de patience. «C’est tout de même une histoire assez complexe à démêler, je dirais même que c’est la plus complexe sur laquelle j’ai pu travailler jusqu’à maintenant, il y a des témoins qui mentent et tout est à vérifier.» L’affaire Albert Guay aura inspiré de nombreux auteurs et même un film: Le crime d’Ovide Plouffe. «Quand on a accès au procès, ça rétablit des faits. La qualité de la preuve est vraiment solide. Si j’avais le temps, je voudrais étudier tous les procès», a conclu le passionné.

 

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