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16:57 7 juillet 2015 | mise à jour le: 18 octobre 2021 à 11:04 Temps de lecture: 6 minutes

Sainte-Anne-de-Beaupré perd sa subvention pour son usine d’eau potable

USINE. Le gouvernement du Québec retire le financement totalisant 9M$ pour la construction d’une usine de traitement des eaux à Sainte-Anne-de-Beaupré, incitant la municipalité à se raccorder à celle de Beaupré alors que près de 1,7M$ ont déjà été dépensés.

«On a été pas mal assommé par la nouvelle», laisse tomber le maire de Sainte-Anne-de-Beaupré, Jean-Luc Fortin, qui a convoqué les représentants des médias à l’hôtel de ville, mardi. Après près de 10 ans de démarches, un décret avait été adopté en janvier 2014 par le gouvernement du parti québécois octroyant une aide financière de 8,9M$ pour la construction d’une nouvelle usine d’eau potable sur la Rivières-aux-Chiens, un projet estimé à 12M$. Sainte-Anne-de-Beaupré s’était alors engagée à défrayer la somme manquante.

Cette municipalité faisait partie d’une courte liste au Québec à devoir modifier son approvisionnement en eau potable pour des questions de sécurité publique et de quantité. Sainte-Anne-de-Beaupré puise son eau par des puits et par captation souterraine. Toutefois, les drains ne sont pas situés assez profondément à certains endroits, ce qui augmente les risques de contamination.

Ce système, particulièrement dépendant des précipitations, peut causer des soucis d’approvisionnement lorsque la demande est grande. La municipalité, qui accueille environ un million de touristes par année, a déjà connu des pénuries d’eau pendant l’été, la forçant à s’alimenter à Beaupré.

Annulation

Mais voilà, à la grande surprise de l’administration Fortin, le ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, Pierre Moreau, a fait parvenir une lettre le 3 juin dans laquelle il affirme qu’il retire la promesse d’aide financière. «[…] J’ai demandé à la Ville de Sainte-Anne-de-Beaupré de se tourner vers une solution moins coûteuse pour s’approvisionner en eau potable, c’est-à-dire de raccorder son réseau à celui de la Ville de Beaupré. L’aide financière pouvant être consentie pour le projet de raccordement sera établie en fonction des règles et normes du programme dès que la Ville aura clairement signifié qu’elle oriente son choix vers cette solution», ajoute le ministre Moreau dans un communiqué.

Toutefois, selon une étude comparative réalisée par la firme Génio experts-conseils en mai 2013, le projet autonome de Sainte-Anne-de-Beaupré était évalué à 11,9M$ et celui d’un raccordement à Beaupré à 11,5M$. La municipalité s’engageait alors à défrayer la différence.

Le Mamot indique quant à lui que «l’analyse du ministère démontre que ce projet ne représente pas la solution la plus économique tant à ce qui a trait aux coûts d’immobilisation qu’en ce qui a trait aux coûts d’exploitation, et qu’il existe un écart de 3,5 millions de dollars entre les deux projets».

«La Ville de Beaupré a déjà proposé à la Ville de Sainte-Anne-de-Beaupré de mettre en branle un projet conjoint. Cette solution a l’avantage d’assurer plus rapidement et à moindre coût pour le contribuable, un approvisionnement en eau potable répondant aux besoins des citoyens de Sainte-Anne-de-Beaupré», déclare pour sa part la députée de Charlevoix-Côte-de-Beaupré, Caroline Simard.

Le maire Fortin dénonce non seulement la façon «cavalière» du ministre d’annuler la subvention, lui qui, selon M. Fortin, n’était pas entré en contact avec des représentants de la municipalité sur ce dossier, mais également le fait de ne pas avoir obtenu les données sur lesquelles se basent le ministre pour justifier sa décision. «Nous avons rencontré le ministre [le 16 juin] et lui avons posé la question sur quelles études ils se basaient et jamais il ne nous en a donné l’accès», souligne M. Fortin, qui se dit «outré» de cette façon de faire.

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Le maire de Sainte-Anne-de-Beaupré, Jean-Luc Fortin.

(Photo TC Media – Jean-Manuel Téotonio)

Travaux déjà débutés

Sainte-Anne-de-Beaupré a déjà dépensé près de 1,7M$ issu de la taxe d’accise en divers travaux préliminaires en vue de la construction de la nouvelle usine. «On se retrouve devant rien avec 1,7M$ dépensé sur la base d’un décret ministériel. On passe de l’investissement au gaspillage et on nous parle de saine gestion des finances publiques?», se questionne le maire. Aucune entente n’avait toutefois été signée, les plans et devis devant être terminés pour se faire, indique M. Fortin. Environ 30% de ces plans sont présentement complétés.

Écartant la possibilité de tout recours légal contre le gouvernement, celui qui dirige la municipalité depuis 2005 affirme que son équipe continuera de travailler pour «ne serait-ce que mettre la main sur les études secrètes de ce gouvernement».

Raccordement à Beaupré

Le maire de Beaupré, Michel Paré, indique que l’usine de sa municipalité, inaugurée à la fin 2008, a été construite de façon modulaire en vue d’un possible raccordement de Sainte-Anne-de-Beaupré à la prise d’eau actuelle.

Ayant également reçu la lettre du ministre Moreau annonçant l’annulation de la subvention, Beaupré a contacté sa voisine pour l’informer que des travaux d’infrastructures souterraines auront lieu à partir du 15 juillet sous l’avenue Royale, à la limite de Sainte-Anne-de-Beaupré et qu’il serait possible pour quelques dizaines de milliers de dollars de plus d’installer de plus gros tuyaux pouvant la raccorder.

M. Fortin fait toutefois remarquer que des travaux de plusieurs millions de dollars, des coûts pris en compte dans l’étude de Génio pour le raccordement à Beaupré, seraient nécessaires pour raccorder sa municipalité et qu’il y a pour l’instant trop d’inconnu. «Je n’ai pas de débit réservé alors on ne sait pas quelle quantité d’eau on pourrait avoir. Je n’ai pas de financement. Comment sera gérée l’usine de Beaupré», se demande M. Fortin.

Le développement de Sainte-Anne-de-Beaupré est bloqué depuis près de 10 ans, car elle est incapable d’obtenir des certificats d’autorisation du ministère puisque le système actuel empêche de fournir un débit d’eau potable insuffisant à de nouvelles résidences.

«À l’ouest de la municipalité, il y a de 300 à 350 terrains disponibles pour la construction qui sont dans le périmètre urbain. Les promoteurs sont en attente pour l’eau potable pour pouvoir développer. […] La capacité financière de la ville est extrêmement limitée. On a besoin de développement pour être capable de respecter la capacité de payer des citoyens», affirme le maire.

Québec Hebdo

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