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20:03 10 mai 2021 | mise à jour le: 10 mai 2021 à 20:43 temps de lecture: 6 minutes

Apprendre à dire non avec Say No! More

Apprendre à dire non avec Say No! More

C’est le moment d’oublier les grosses sorties de jeux et de se tourner vers le monde toujours fascinant des jeux indépendants incroyables qui passent dans le beurre. On le sait, c’est difficile de sortir de sa zone de confort, mais il suffit de déroger de sa routine de divertissement une seule soirée pour terminer certains jeux inoubliables, comme celui-ci.

Dans Say No! More, il n’y a qu’une seule action possible: dire non en appuyant sur un bouton! C’est tout? C’est tout!

C’est en fait un jeu narratif complètement déjanté qui débute lors de votre première journée dans votre tout nouveau poste de stagiaire. Il ne suffit que de quelques minutes pour réaliser que le sourire nerveux des employés camoufle un sentiment d’injustice refoulé. Dans son discours d’accueil, votre supérieur vous fait savoir qu’il n’y a qu’une seule règle dans cette compagnie: vous devez dire oui à tout! Il a oublié son lunch, est-ce qu’il peut prendre le vôtre? «Oui, j’imagine!»

Dans votre cubicule pas très accueillant (et juste à côté des toilettes), vous découvrez une cassette audio qui changera la situation. Celle d’un motivateur très 80’s qui va vous apprendre un mot magique, mais tabou: «Non!». Avec cette arme dévastatrice à la main, vous allez enfin pouvoir vous frayer un chemin dans les couloirs du bureau sans crouler sous les demandes.

-Stagiaire! Faites-moi un café!
-Non!
-Stagiaire! Restez ce soir pour faire du temps supplémentaire à ma place!
-Non!
-Stagiaire, fais-moi un sourire, tu es plus beau quand tu souris!
-Non!

Appuyez sur un bouton pour dire «Non!»

Bien sûr, le but n’est pas de dire non à vos patrons lorsqu’ils vous demandent de faire votre travail, ou de refuser d’aider un proche qui en a réellement besoin. C’est plutôt de dire non aux abus de pouvoir et à l’exploitation, dans le but d’améliorer votre sort et ceux des autres. C’est pourquoi l’inaction est aussi une possibilité: savoir quand NE PAS dire non est aussi un élément clé. Les différents employés vous font des demandes à la chaîne: à vous de juger lesquels ne sont pas appropriés.

Ça peut sembler rigide comme gameplay, mais c’est réellement son scénario hilarant du début à la fin qui en fait une belle expérience à dévorer en une seule soirée. Le style polygonal tout mignon ajoute à absurdité du concept. L’équipe de développement ne cache pas son amour pour Katamari Damacy, Incredible Crisis et Muscle March, qui ont clairement influencé son humour et sa signature visuelle, tel qu’on a pu l’apprendre dans leur AMA (Ask Me Anything) sur Reddit.

Quand un concept farfelu touche à une corde sensible

C’est d’ailleurs dans ce forum qu’ils nous ont dévoilé l’origine du concept. Ils s’étaient amusés à créer des mécaniques comiques dans Unity, sans savoir où ça mènerait. En développant un système de conversation, ils se sont rapidement rendu compte que le plus drôle était de simplement répondre «Non» à tout. Le concept du jeu était décidé. Dire non à des collègues de travail désagréables faisait tellement de bien!

Ils se sont questionnés pourquoi, et on fini par réaliser qu’il n’est pas toujours facile à dire à des amis ou dans un milieu de travail, mais surtout, à nous même. Ce qui n’était qu’une blague est alors devenu un jeu avec un message percutant. Say No! More est tout de même léger et drôle, mais il restera sans aucun doute dans votre esprit bien longtemps après avoir vu défiler le générique.

Apprendre à dire non

À cette époque individualiste où les médias sociaux contrôlent nos vies, nous sommes plus que jamais à la recherche de l’approbation et de l’amour des autres. On veut plaire à tout prix, c’est pourquoi c’est si difficile de dire non. 

L’ironie, c’est qu’à force de dire oui à tout, on finit par s’ensevelir de tâches sans être capable de tenir toutes nos promesses, et on se retrouve à décevoir plus de gens que si on en avait simplement refusé quelques-unes. Le conférencier Stéphane Cordier, nous propose 4 questions à se poser avant de tomber dans le piège de dire oui trop rapidement.

  • Qu’est-ce que l’autre attend précisément de moi ? (Le fameux: «Peux-tu me rendre un service?» qui nous oblige à accepter avant même de savoir les détails)
  • Ai-je l’envie, les compétences et les moyens pour intervenir correctement ?
  • La personne qui me demande quelque chose est-elle prête à se prendre en charge elle-même ensuite ou va-t-elle me refiler son fardeau ?
  • Quels sont les critères qui me permettront de juger quand ma mission d’aide est accomplie ?

Si vous n’avez pas le temps, le goût, ou les compétences pour une tâche, dire oui par peur de déplaire risque de faire plus de mal que de bien. Pour l’autre, mais aussi pour votre estime personnelle.

Les spécialistes nous disent que ce n’est pas un hasard si les enfants de dix-huit mois à 2 ans ont une phase dans laquelle ils disent non sans arrêt. C’est une façon d’affirmer sa propre existence, de se faire respecter. Si on ne dit jamais non, on se plie au désir de l’autre et on s’efface, on freine notre épanouissement.

Même si votre réponse est négative, elle ne doit pas nécessairement être agressive pour autant. Dans Say No! More, on peut changer la sorte de non que l’on dit selon la situation (sec, calme, sarcastique, absurde). C’est aussi valable dans la vraie vie. Il est tout à fait possible de dire non sans être agressif. L’honnêteté est bien souvent la meilleure solution.

Est-ce que ce jeu changera votre vie? Non. Par contre, il est fort possible que vous y reconnaissiez l’environnement de travail toxique qui a déjà fait (ou qui fait présentement) partie de votre vie. Dans ce cas, la leçon à en tirer sera claire comme de l’eau de roche.

On vous recommande donc chaudement Say No! More, disponible sur Steam et Switch, que ce soit pour apprécier son scénario loufoque ou comme première étape vers une réflexion sur l’estime de soi.

Un texte de Martin Brisebois de Jeux.ca

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