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10:42 23 novembre 2020 | mise à jour le: 24 novembre 2020 à 19:45 Temps de lecture: 8 minutes

Critique – Demon’s Souls

Critique – Demon’s Souls

En 2009, FromSoftware larguait une bombe atomique dans le monde du jeu vidéo avec l’exclusivité PlayStation 3 Demon’s Souls. Plus d’une décennie plus tard, la création de Hidetaka Miyazaki se refait une beauté avec un remake pour le lancement de la PlayStation 5. Deux générations de consoles plus tard, comment Demon’s Souls tient le coup?

Faire face à ses vieux démons

Après l’excellent remake de Shadow of the Colossus, le studio BluePoint Games n’avait plus vraiment besoin de faire ses preuves. Pourtant, il s’était donné comme mission d’attaquer un autre projet d’envergure, un chouchou de la communauté : Demon’s Souls. Une tâche herculéenne compte tenu du prestige associé à ce jeu, qui avait relancé la tendance des aventures à difficulté intense.

Bien vite, on se rend compte d’une chose : le jeu tel que nous le connaissions sur PlayStation 3 demeure somme toute le même sur le fond. BluePoint a même conservé le code source original pour l’intelligence artificielle et les combats afin de respecter l’œuvre de FromSoftware au maximum (qui n’a pas participé au remake, soit dit en passant). En termes de fidélité, c’est incroyable, mais cela pose aussi quelques problèmes.

D’abord, Demon’s Souls est le premier de son genre. Il est donc moins évolué que des jeux comme Dark Souls ou encore Bloodborne. Le protagoniste bouge lentement, les tactiques sont limitées, c’est très roche-papier-ciseau comme approche. Ensuite, les boss ont tous une seule stratégie valable pour la plupart, par exemple Phalanx est faible contre le feu. Les approches sont donc limitées pour infliger un maximum de dégâts, ce qui rappelle un peu une série comme Mega Man

demon's souls remake cathedral

Pour les nouveaux, Demon’s Souls est un jeu difficile qui n’explique pas grand chose. Vous êtes un guerrier dans le Royaume de Boletaria qui, après le réveil d’un ancien démon et des arts interdits, doit tenter à tout prix de freiner l’avancée des monstres. Pour le reste, il faut lire les descriptions d’objets, discuter avec des personnages rencontrés en cours de route et deviner. À chaque fois que vous tuez un ennemi, vous absorbez ses âmes qui vous serviront à monter de niveau, améliorer votre équipement ou acheter du butin. 

Dans Demon’s Souls, il y a un véritable enjeu difficile à saisir pour les nouveaux : traverser les différents mondes (on en compte 5) en tant que forme humaine ou spectrale. La première a le double avantage considérable de compter sur une jauge de vie pleine et de pouvoir faire appel à des fantômes en coopération. En forme spectrale, vous avez moins de vie, mais votre mort n’aura pas d’incidence sur le monde. 

Il faut savoir que mourir dans Demon’s Souls fait partie du jeu, c’est une mécanique centrale compte tenu du niveau de difficulté intense. Mourir en forme humaine a aussi le désavantage de faire pencher la balance du côté obscur avec le système de World Tendency à peine expliqué dans le jeu. En gros, plus vous mourrez en forme humaine dans un monde donné, plus il devient affecté par l’obscurité et deviendra difficile avec l’apparition de fantômes rouges (Black Phantoms) bien plus coriaces. 

Certains événements sont liés à la World Tendency, mais comme c’est si mal expliqué dans le jeu (ce qu’aurait pu rectifier BluePoint), la plupart des nouveaux joueurs ne sauront pas ce qui leur arrive. 

demon's souls bridge

Umbasa

Demon’s Souls est un jeu que je considère de la vieille école en ce sens que sa conception globale fait appel à des principes qui, de nos jours, ne sont plus vraiment d’actualité. Si je peux excuser le manque d’explications par rapport à des mécaniques de jeu précises au profit de la découverte autodidacte, c’est un plus difficile pour moi de passer outre comment FromSoftware a mis sur pied le système de combat. 

Il faut comprendre que Demon’s Souls est un hybride entre jeu de rôle, jeu d’action et jeu d’aventure. Ne pas prendre en considération l’environnement est une façon sûre de périr, idem pour ce qui est de comprendre comment les ennemis attaquent. En ce sens, Demon’s Souls est un jeu tactique qu’il est mieux d’aborder avec patience, surtout pour une première partie. 

Le système de combat, pour le meilleur et pour le pire, n’a pas été changé depuis 2009. Ce qui résulte en un gameplay lent où la fluidité manque cruellement, surtout en comparaison avec par exemple Bloodborne. Les ennemis semblent tous plus agiles que vous, quelque peu castré par des contrôles limités. En conséquence, nous sommes en présence d’un contraste important entre la modernité des graphismes et le gameplay souvent archaïque. 

demon's souls flamelurker

So the world might be mended. So the world might be mended

La difficulté est telle dans Demon’s Souls que même les vétérans rageront. Je me souviens avoir complété le jeu à l’époque sur PlayStation 3 et j’ai terminé la plupart des autres jeux de FromSoftware depuis. Pourtant, Demon’s Souls m’a causé plusieurs soucis, et je pèse ici mon euphémisme. Trous sans fin, ennemis qui enchaînent des actions sans pouvoir esquiver, ennemis cachés, pièges meurtriers, boss coriaces, invasions de joueurs dans son propre monde (en version humaine seulement), j’étais rouillé

Heureusement, il est possible de faire appel à des âmes charitables en forme humaine qui vous prêteront main forte pour terrasser des boss ou simplement traverser les différents niveaux. Dans mon cas, c’est devenu une nécessité pour progresser, car le jeu est tout simplement insupportable par moment. C’est un peu comme activer le mode facile. Quand le protagoniste prend au moins deux à trois secondes pour utiliser un objet de guérison et que les ennemis vous infligent souvent trop de dégâts, vous comprendrez que de pouvoir compter sur un ami est essentiel. Certains boss comme Fool’s Idol deviennent une blague à plusieurs, incapables de concentrer leurs efforts sur une seule cible. Pourtant, en solo, c’est un boss épuisant. 

Il n’y a pas vraiment de courbe d’apprentissage dans Demon’s Souls : c’est plutôt une ligne plate qui demeure au stade « vous allez mourir ». C’est un peu ce que je voulais dire par ancienne école, surtout par rapport à la difficulté. Ici, BluePoint ne vous prend pas par la main : il faut apprendre de ses (nombreuses) erreurs et trouver les failles qui vous permettront de progresser et ultimement vaincre des nombreux démons qui envahissent Boletaria. 

demon's souls remake laria

Demon Vanquished

La dualité entre le gameplay plutôt dépassé de Demon’s Souls et les capacités techniques de la PlayStation 5 représente un fini bien particulier. Les temps de chargement sont beaucoup plus rapides que par le passé grâce au disque dur SSD, au point où ils sont pratiquement invisibles.

La plus grande nouveauté vient des graphismes, tout simplement hallucinants. Chaque zone est détaillée à souhait avec des effets spéciaux spectaculaires. Le feu en particulier m’a subjugué, qu’il danse sur un démon de la Moria ou sur une surface huileuse. Les effets de lumière sont eux aussi très réussis et donnent vie à un jeu qui compte sur une multitude de « donjons » mémorables, le premier dans mon cas étant Prison of Hope. Sur PlayStation 5, ce niveau labyrinthique prend vie avec des éclairs qui zèbrent les cieux en pleine nuit alors que les Mind Flayers font leur tournée, clochette à la main. C’est difficile à expliquer en quelques mots, mais l’atmosphère est géniale, un coup de maître dans la présentation. 

Au final, Demon’s Souls est un jeu mémorable, beau et frustrant, tout en même temps. Si vous aimez les jeux difficiles et sans pitié, n’hésitez pas. Le plus intéressant, c’est qu’une nouvelle génération de joueurs est amenée à affronter les nombreux cauchemars qui se cachent dans ce remake. Et pour cela, je remercie BluePoint Games, car qu’on le veuille ou non, Demon’s Souls est un incontournable qui a inspiré l’industrie depuis plus d’une décennie.

demon's souls remake umbasa

Verdict

Les plus

  • Effets visuels et techniques renversants, à couper le souffle
  • Un remake qui conserve l’essence du jeu original à 100 %
  • Les petites améliorations niveau gameplay, par exemple la possibilité d’envoyer l’équipement en trop directement à son stockage
  • La communauté très active qui rend les défis plus digestes en coopération
  • Un réel sentiment de fierté une fois les boss vaincus
  • Le mode photo et ses multitudes d’options

Les moins

  • Un gameplay qui n’a pas super bien vieilli pour ne pas dire castrant
  • Un jeu très frustrant et pas pour les bonnes raisons
  • La nouvelle trame sonore un peu décevante
  • Le système de World Tendency, toujours aussi nébuleux

Note finale

8.7 / 10

Un texte de Michael Bertiaux de Jeux.ca

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