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07:34 9 novembre 2020 | mise à jour le: 9 novembre 2020 à 12:44 temps de lecture: 10 minutes

Critique – Assassin’s Creed Valhalla

Critique – Assassin’s Creed Valhalla

Vous vous demandez peut-être comment les vikings, le peuple le moins discret au monde, peuvent être le point central d’un jeu d’infiltration comme Assassin’s Creed? Mini-spoiler, question de vous mettre en contexte : les protagonistes sont approchés par deux membres des « Hidden Ones », une organisation qui deviendra la confrérie des assassins. Si leur habit blanc avec accent rouge n’était pas assez pour vous le faire comprendre, ce le sera sûrement lorsqu’ils donneront à votre personnage la fameuse lame cachée qui lui permettra d’assassiner comme dans le bon vieux temps. 

L’introduction de Valhalla est géniale. Elle nous immerge dans le monde cruel des vikings des années 870. Les traumas d’enfance nous peignent un portrait clairement défini du héro du jeu, qui figure parmi les plus mémorables de la série.

Au milieu de tous ces cris de guerre, de la bière et des décapitations, j’avoue être bien heureux d’avoir choisi d’incarner la version féminine d’Eivor, le protagoniste de Valhalla. Ça élimine déjà une grosse partie de la toxicité de conquérant, prêt à tuer tout le monde pour marquer son territoire. Après Kratos, Hades (dans… Hades), et l’omniprésence des clones de Jason Momoa, un répit du « mâle barbu fâché » est grandement apprécié. Par contre, l’héroïne tombe aussi dans un archétype : elle est Furiosa dans Mad Max, mais bon, c’est déjà mieux!

On vous offre le choix, mais pour la première fois, vous pouvez incarner la version féminine et masculine « en même temps ». On nous explique qu’il y a un glitch dans l’animus et qu’il n’arrive pas à être certain du sexe d’Eivor, alors vous pouvez aussi choisir de laisser l’animus décider, et vous alternerez à chaque chapitre.

Des trésors, du mystère et des artéfacts

Après 4 heures à se promener sur les montagnes enneigées de la Norvège, le prologue se termine et on retrouve rapidement le Assassin’s Creed qu’on connaît, pour le meilleur et pour le pire. Une fois qu’Eivor et sa bande débarquent en Angleterre pour continuer leur conquête, on a accès à la carte complète à monde ouvert de Valhalla et on tombe rapidement dans nos vieilles habitudes. On ouvre la carte pour réaliser qu’elle pullule de points de synchronisation et de points d’intérêt qui se séparent en 3 catégories : trésors, mystères et artéfacts. 

Les trésors sont bien souvent au milieu de camps ennemis, vous donnant une raison d’aller croiser le fer avec ces pauvres gens qui n’ont rien demandé. Sinon, les trésors sont cachés au fond d’une grotte inaccessible ou d’un bâtiment sans ouverture. Ça devient alors un casse-tête : il faut peut-être détruire le cadenas à l’intérieur de la maison en visant à travers une fenêtre, plonger dans un lac pour trouver un passage englouti sous l’eau, ou remarquer une série d’arbres qui nous donnera accès à une fenêtre autrement inatteignable. C’est presque du géocaching virtuel. Parmi les trésors, on retrouve de nouvelles armes ou pièces d’équipement, des attaques spéciales, des coffres pleins de ressources et bien sûr quelques pièces de monnaie.

Les mystères sont de petites missions secondaires qui sont là pour étoffer l’univers du jeu, et nous divertir. Si les missions d’Origins étaient plutôt semblables l’une de l’autre (SVP sauvez mon mari prisonnier d’une forteresse), ici, c’est absolument le contraire. Je n’arrive pas à dire si c’est nécessairement une bonne chose : les missions sont excessivement farfelues! Aider un homme à se suicider, donner des œufs de vipère à une prisonnière pour qu’elle produise le gaz le plus odorant possible, retirer une hache de la tête d’un passant, battre un grand-père à main nue pour le libérer d’une malédiction, bref, ce n’est que quelques exemples, mais les autres qui me viennent à l’esprit sont tout aussi étranges. C’était parfois le cas dans Odyssey, mais dans Valhalla, c’est poussé à l’extrême.

Les artéfacts sont les « collectibles » du jeu. Ils sont parfois de simples objets romains à trouver au milieu de ruines. C’est aussi le retour des feuilles volantes de Black Flag, qui testeront vos talents de parkour. Si vous vous retrouvez dans un paysage lugubre presque en noir et blanc, c’est qu’une sphère de malédiction est quelque part autour de vous. Vous devez la détruire pour que tout redevienne normal. D’ailleurs, je profite de ce point pour pointer le fait que la série semble s’éloigner de plus en plus de ses racines historiques. Le surnaturel et la mythologie sont de plus en plus présents. 

On vous indique combien d’éléments de chacune des catégories (trésors, mystères, et artéfacts) se trouvent dans chacune des régions, ce qui poussera les complétionistes à passer au peigne fin le paysage verdoyant.

Ç’a d’ailleurs été un problème pour moi depuis les tout débuts de la série, mais plus particulièrement dans Origins, Odyssey, et Valhalla. Si la prochaine mission de la campagne se trouve à l’autre bout de la carte, je ne peux m’empêcher de jouer à connecter les points sur la carte, tentant de terminer le moindre objectif sur mon chemin. Assurément, mes séances de jeu sont plus longues, mais aussi moins significatives par rapport au progrès de la campagne. 

Fidèle à ses habitudes

Le plus gros point négatif de Valhalla, c’est Odyssey. Deux ans après sa sortie, je n’avais pas encore eu le temps de m’ennuyer de la franchise. Il faut dire que depuis Origins, les Assassin’s Creed sont de plus en plus longs, d’une part parce que le public se plaint des jeux trop courts (même si quantité égale rarement qualité dans les jeux vidéo), puis aussi parce que les microtransactions et les DLC sont beaucoup plus présents aujourd’hui. 

Pire : les différentes régions sur la carte requièrent que notre personnage soit d’un niveau supérieur à un chiffre suggéré (depuis Origins), ce qui nous force à compléter les activités secondaires. Au début on le fait pour le plaisir, mais si vous en avez assez des tâches répétitives, vous serez parfois heurté à un mur si vous souhaitez continuer la campagne. S’il était possible de compléter à 100 % un Assassin’s Creed II en 35 heures, Odyssey en demandait plus de 130 (données selon HowLongtoBeat.com). Certains joueurs seront ravis d’avoir autant de contenu, tandis que ceux qui ont moins de temps libre devront étirer l’aventure sur plusieurs mois. Impossible pour le moment de dire combien de temps Valhalla nécessitera, mais je confirme qu’il suit la tendance des deux derniers.

Heureusement, la carte de Valhalla semble plus raisonnable par rapport à l’immensité de celle du dernier jeu. Votre village se trouve au centre de la carte ce qui fait déjà une partie du boulot, puis les disques SSD de la PS5 et la Xbox Series allègent grandement la téléportation d’un point de synchronisation à l’autre.

Douzième jeu Assassin’s Creed en treize ans. Je vous mentirais si je vous disais que tout sent encore le char neuf. En même temps, j’ai du mal à lui reprocher sa répétitivité, puisqu’au final, le produit est exactement ce qui nous a été vendu. On tombe dans nos pantoufles, dans une routine réconfortante de jeu à monde ouvert, puis soudainement, 4 heures se sont passées sans que l’on ne s’en aperçoive.

La grosse nouveauté, c’est les pillages très « viking » qui remplacent la conquête de forts. Vous arrivez devant une forteresse ennemie, soufflez dans votre corne et votre bande débarque en criant, déchaînant sa rage jusqu’à ce que l’endroit soit vide. Même si ça brise les conventions de la série, sachez que la meilleure stratégie reste de s’infiltrer au préalable et d’éliminer quelques gardes, question de ne pas se retrouver en désavantage numérique lors du massacre. Puis ces « raids » ne peuvent être utilisés sur tous les camps ennemis. Vous serez donc seul la majeure partie du jeu, ce qui veut dire que la discrétion est plus souvent de mise, même si la confrontation directe à la hache est une option…un peu comme dans Far Cry, où l’on peut choisir d’éliminer les ennemis avec son arc à distance ou décimer un endroit au lance-flammes.

À mon grand désarroi, il n’est plus possible d’utiliser son aigle pour identifier manuellement les ennemis autour de soi. On doit plutôt se servir de la vision d’Odin : on clique sur le joystick droit pour révéler les objets ou ennemis qui se trouvent dans un rayon autour de nous. Mon problème avec cette technique, c’est qu’il faut appuyer à nouveau lorsqu’on se déplace, pour « rafraîchir » ce pouvoir. C’est donc plus difficile de planifier nos stratégies d’infiltration puisque notre vision est limitée à ce qui est relativement proche : pas toujours une bonne nouvelle dans un jeu avec des archers.

Un jeu cross-gen, ne l’oublions pas

Assassin’s Creed Valhalla se trouve dans une drôle de position. Il sort en même temps que les nouvelles consoles, alors il est utilisé comme titre phare pour démontrer la puissance des nouvelles machines. C’est la même situation que Black Flag, excepté que cette fois, le consommateur n’est pas forcé de payer une deuxième fois s’il change de console.

Souvenez-vous que le vrai saut de génération dans la série s’est fait avec Unity, le premier titre qui était uniquement « next-gen » et le premier à utiliser AnvilNext 2.0, une nouvelle version du moteur de jeu d’Ubisoft. Tous les jeux depuis Unity, y compris Valhalla utilisent encore cette même version de l’engin. La différence, c’est que les nouvelles consoles peuvent nous donner le maximum de performance et enfin nous livrer un résultat fluide (60fps), même si la résolution est augmentée à 4K.

J’ai joué à la version Xbox One (S) de Valhalla. C’était tout à fait jouable, mais sachant que la PS5 et Series X nous attendent au détour, le 30 FPS, 1080p et les textures parfois basse résolution ne pouvaient que me donner hâte à la nouvelle génération. Si vous ne prévoyez pas passer aux nouvelles consoles, mais voulez jouer à Valhalla, je ne le vous déconseille pas non plus : il sera alors semblable à ce que vous avez vu dans Origins et Odyssey. 

Somme toute, il fait partie des « bons Assassin’s Creed » avec assez de viande autour de l’os pour vous occuper pendant bien longtemps.

Note finale

8 / 10

Un texte de Martin Brisebois de Jeux.ca

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