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21:02 8 octobre 2020 | mise à jour le: 3 novembre 2020 à 21:00 temps de lecture: 5 minutes

Twitch fait face à des accusations d’abus sexuels et de racisme

Twitch fait face à des accusations d’abus sexuels et de racisme

On pourrait presque devenir blasés à force de voir les dénonciations s’accumuler. Après des accusations contre Blizzard, Riot et plus récemment Ubisoft, c’est au tour de Twitch de faire face à des accusations d’abus, d’harcèlement sexuel et de racisme.

En effet, dans un article des plus documentés, Gamesindustry.biz dévoilait aujourd’hui des témoignages de nombreux employés et ex-employés qui parlent d’une structure toxique et qui favorise les abuseurs au détriment de leurs victimes.

Une misogynie au coeur de l’entreprise

Brendan Sinclair, auteur de l’article de Gamesindustry.biz, rapporte que de toutes les récriminations qu’il a entendues au cours de sa recherche, celle de misogynie est la plus courante.

Selon les témoignages recueillis, Twitch aurait été dès ses débuts un véritable boys club. Émulant la culture malheureusement trop présente dans le monde du gaming, les femmes employées au sein de l’entreprise auraient été couramment traitées de bitches (chiennes), en plus de devoir subir des attouchements et du harcèlement sexuel en plein milieu de travail.

Ce qui est encore plus troublant, c’est la façon dont les ressources humaines auraient protégé les agresseurs au lieu de les punir.

En fait, on parle d’une absence totale de procédures et d’organisation au sein des ressources humaines. Selon les témoignages, les ressources humaines auraient surtout eu UNE mission en tête : protéger la compagnie et les patrons.

Tout ça, c’est sans parler de l’attitude des décideurs à l’égard des streameuses. En effet, la compagnie aurait fait la sourde oreille aux plaintes de harcèlement sexuel venant des créatrices de contenu. Quand un fan obsessif a été retrouvé avec un couteau près du domicile d’une streameuse (Sweet Anita), plusieurs ont réclamé que Twitch instaure l’obligation de vérifier les comptes, afin de mettre un terme au harcèlement. L’entreprise a fait la sourde oreille.

En fait, des employés à l’interne racontent que si l’entreprise était heureuse d’appuyer la totale liberté d’expression (il aurait fallu de longs débats pour interdire le mot n**** en ondes, un haut placé ayant même mentionné que le KKK pouvait bien diffuser sur la plateforme s’il respectait les règles), on a vite voulu bannir les femmes qui osaient montrer leur décolleté.

À l’interne, les employés et les décideurs les considéraient comme des Boob streamers qui méritaient leur sort.

Un fond de racisme

Parmi les gens sondés, certains ont également dénoncé l’attitude de Twitch quant au racisme.

Si l’entreprise tente du mieux qu’elle peut de se donner une image d’ouverture (malgré des efforts souvent maladroits, comme une vidéo en appui à Black Lives Matter qui ne comptait qu’une seule phrase dite par une personne noire), derrière les portes closes, il en serait tout autrement.

Le manque de diversité serait flagrant, les hauts dirigeants étant presque tous des hommes blancs. Pour les lanceurs d’alerte, c’est ce qui expliquerait l’apathie des patrons envers les discours haineux, considérés comme de l’humour d’adolescents.

Quand la question du racisme serait soulevée, elle serait aussi vite balayée du revers de la main, les patrons (blancs) n’y voyant pas un vrai problème.

Une structure d’entreprise hermétique

En fait, il serait là le grave problème de Twitch selon les témoignages recueillis par Brendan Sinclair : l’entreprise, autrefois connue sous le nom de Justin.tv, serait dirigée par une caste fermée de dirigeants qui sont là depuis le début, et qui seraient vus comme des intouchables.

Il serait très difficile d’introduire de nouvelles idées à ce groupe restreint se considérant comme des génies, et pratiquement impossible de porter plainte contre quelqu’un faisant partie de la clique.

Des streamers aux comportements répréhensibles auraient même été protégés parce qu’ils avaient fait la fête avec les dirigeants hors d’atteinte.

Cette culture d’entreprise permettrait même à des employés au rôle jugé comme essentiel de pouvoir agir comme ils le veulent, sans conséquence.

On raconte l’histoire colorée d’un employé qui aurait étendu ses excréments sur les murs pour signaler son mécontement suite à la restriction des soirées bar ouvert dans l’entreprise. L’employé aurait été identifié, mais jamais renvoyé pour ses actions.

Une culture à changer

À la défense de Twitch, les témoignages semblent indiquer que quelques pas auraient été faits dans le bon sens, surtout depuis l’acquisition par Amazon en 2014.

Mais il demeure qu’à la lecture de cet article, on ne peut s’empêcher de noter la présence d’une culture geek toxique, partagée par beaucoup d’autres entreprises de la sphère techno, où le boys club est protégé au détriment des femmes et des minorités.

Espérons que ces dénonciations répétées sauront renverser la tendance.

En attendant, on vous invite à lire l‘article complet de GamesIndustry pour avoir tous les détails.

Un texte de Pier-Luc Ouellet de Jeux.ca

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