16:44 13 mai 2022 | mise à jour le: 13 mai 2022 à 16:45 Temps de lecture: 4 minutes

Les chats noirs et le revers de la superstition

Les chats noirs et le revers de la superstition
Photo: Hannah Troupe/Unsplash

En ce vendredi 13, les superstitieux.euses voudront faire particulièrement attention de ne pas passer sous une échelle ou casser un miroir. Si ces symboles de malheur peuvent paraître anodins, c’est autre chose quand on parle des chats noirs, qui peuvent souffrir de ces vieilles croyances.

Également associés à la sorcellerie, les chats noirs passeraient plus de temps dans les refuges avant d’être adoptés. «Il y a de cinq à sept fois plus d’euthanasies de chats noirs que de toute autre couleur, et donc cinq à sept fois moins de chance qu’un chat noir se fasse adopter», affirme le comportementaliste félin Daniel Filion, alias l’Éduchateur, qui a d’ailleurs fait une vidéo où il explique les origines du mythe.

Il existe plusieurs versions de la genèse du mythe, mais la version privilégiée est généralement celle qui implique le poème Métamorphoses d’Ovide. Écrit au début de notre ère, le récit porte sur la déesse romaine Diane, qui se cache de ses semblables en se transformant en chat, une image tirée de la représentation de la déesse égyptienne Bastet.

Au IVe siècle, l’empereur Théodose 1er interdit les religions païennes, ce qui inclut le culte de Bastet, ouvrant la porte à de premiers liens avec le poème d’Ovide et les chats noirs. Mais c’est au Moyen Âge que le mythe prend toute son ampleur, quand le pape Grégoire IX publie Vox in Rama. En se positionnant contre la sorcellerie, la bulle pontificale déclare la guerre aux chats, et particulièrement aux chats noirs, qu’il impliquait dans la dévotion au diable.

Il y a un gros effort qui est fait chez les vétérinaires et les refuges pour changer un peu cette vision. Mais ça reste un grand problème, même après tout ce temps.

Daniel Filion

L’Éduchateur mentionne également que l’apparence du chat est souvent le principal critère d’adoption, alors qu’il faudrait plutôt se fier sur son comportement, comme on a l’habitude de le faire avec les chiens. Cela dit, il est prouvé qu’il n’y a pas de relation entre la couleur du chat et son comportement, contrairement à la croyance populaire. Ça veut donc dire qu’un chat noir n’est pas nécessairement plus agressif ou plus doux qu’un chat orange, par exemple.

Mais cette idée populaire qui attribue certains comportements aux chats noirs ne suffit pas à expliquer leur impopularité quand vient le temps de l’adoption. «Si c’était autre chose que le mythe qu’ils portent malheur, ça ne serait pas à ce point observable, explique Daniel Filion. En Amérique du Nord, on perçoit souvent les chats écaille de tortue comme plus agressifs (même si ce n’est pas vrai), mais il n’y a pas vraiment d’incidence sur leur adoption, contrairement aux chats noirs.»

Selon le spécialiste, il y a chaque année des cas de persécution de chats noirs en raison de cette association avec le diable et la sorcellerie. Si ces occurrences restent plutôt rares, les difficultés d’adoption des chats noirs sont bien fréquentes et tout à fait observables.

«Je pense qu’expliquer d’où vient le mythe permet de le démystifier et de comprendre que c’est vraiment l’humain qui l’a créé», conclut l’Éduchateur, qui se donne la mission de faire adopter le plus de chats noirs possible chaque fois qu’il en a l’occasion.

Articles similaires

Commentaires 0

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.