Faits Divers
08:52 4 juillet 2020 | mise à jour le: 3 juillet 2020 à 16:18 temps de lecture: 4 minutes

La criminalité s’est aussi confinée en temps de Covid

La criminalité s’est aussi confinée en temps de Covid
Le ralentissement des activités judiciaires en temps de pandémie pourrait cacher un report de dénonciations plutôt qu’une baisse de criminalité. (Photo Métro Média – Archives)

ANALYSE. Contrairement à ce qu’on aurait pu craindre en matière de criminalité au plus fort de la crise sanitaire de la Covid-19, certaines catégories de délits n’ont pas explosé. On dénote même des baisses des vols et des voies de fait entre le printemps 2020 et la même période de 2019. Toutefois, il n’y a pas lieu de se féliciter trop vite, car le début de déconfinement pourrait amener une nouvelle vague de dénonciations.

La prudence est de mise avant de poser un diagnostic avertit Catherine Rossi, professeure agrégée en Sciences sociales à l’Université Laval. Les données préliminaires obtenues de la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) pour le district judiciaire de Québec peuvent paraître étonnantes, voire rassurantes à première vue. Or, il faut remettre les chiffres comparatifs en perspective.

«Pendant le confinement, les activités judiciaires ont tourné au ralenti. On peut présumer qu’il en a été de même pour certainement catégories de crime. Logiquement, les crimes externes au milieu de vie, comme les vols, les méfaits et même les agressions sexuelles ont diminué. Par contre, les méfaits de proximité comme la violence conjugale ont pu grimper. Cependant, on voit mal la victime dénoncer son bourreau, alors qu’elle est contrainte de vivre sous le même toit», explique Mme Rossi.

Catherine Rossi est professeure agrégée en Sciences sociales – École de travail social et de criminologie de l’Université Laval. (Photo gracieuseté)

Report dans le temps

C’est ce qui lui fait redouter une absence sinon un report des dénonciations en matière de voies de fait et de harcèlement. Celle qui œuvre au sein de l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval, en plus de participer à diverses recherches sur la violence intrafamiliale et conjugale, entend d’autres échos sur le terrain. Voilà pourquoi elle estime difficile de comparer la fréquence des crimes entre eux.

«Certes, les accidents et délits routiers ont baissé. C’est normal puisqu’il y avait moins de circulation. Même chose pour divers crimes à caractère sexuel qui se déroulent souvent dans un contexte de consommation, alors que les bars étaient fermés temporairement. On ne peut toutefois affirmer que l’ensemble de la criminalité a baissé durant la pandémie. Il y a peut-être eu moins de comparutions, mais les organismes de violence contre les femmes sont restés très actifs», soumet la membre du c.a. de SOS violence conjugale.

Facteurs contributifs

D’autres facteurs doivent être pris en compte dans l’analyse des variations en criminalité. Par expérience, Catherine Rossi observe que les femmes abusées appellent le 911 en dernier recours. Elles tentent de régler la situation par la négociation et tolèrent longtemps avant de perdre patience. Aussi, en isolement forcé, les parents, proches et collègues de travail ont été moins aptes à intervenir et offrir de l’aide.

La professeure spécialisée en Recherches appliquées et interdisciplinaires sur les violences (RAIV) intimes, familiales et structurelles suggère d’autres pistes de réflexion. «En période de crise, l’esprit d’entraide prend le dessus et les petits larcins d’opportunité régressent. Par contre, on doit porter une attention à d’autres catégories de crimes, comme la cybercriminalité, la fraude, l’intimidation ainsi que la maltraitance envers les aînés. Avec le retour graduel à un peu plus de normalité, il se pourrait que survienne une explosion des plaintes et poursuites à l’automne, avec la reprise des activités régulières dans les palais de justice», conclut Mme Rossi.

Elle trouve néanmoins rassurant de constater jusqu’à maintenant qu’il n’y a pas eu de scénario catastrophe ni de panique sociétale. Une réalité qui aide à contenir les élans de criminalité.

Dossiers criminels autorisés dans le district judiciaire de Québec

(Périodes du 1er mars au 25 mai 2019 vs 1er mars au 25 mai 2020)

  • Vols = 122 vs 88 (-28%)
  • Vols qualifiés = 15 vs 10 (-33%)
  • Facultés affaiblies = 111 vs 115 (+3,6%)
  • Voies de fait (violence) = 139 vs 133 (-4,3%)
En période de confinement, il est plausible d’anticiper une baisse des crimes hors domicile et une hausse des crimes de proximité. (Photo Métro Média – Archives)

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