justice
12:00 26 novembre 2016

Braquage au Dooly’s de Beauport : Medina attend son verdict

TRIBUNAL. Accusé de 6 chefs de complot pour avoir présumément participé de l’intérieur au vol qualifié survenu en 2012 au bar-billard Dooly’s de Beauport, Erwin-Gilberto Medina est en attente du verdict. Les parties ont terminé leurs plaidoiries, cette semaine, et le juge René De la Sablonnière a pris la cause en délibéré. Il rendra son jugement le 3 février prochain.

Erwin-Gilberto Medina saura en février s’il est condamné ou acquitté de complicité dans le vol qualifié survenu au Dooly’s de Beauport en novembre 2012. (Photo TC Media – François Cattapan)

Le braquage spectaculaire avait fait la manchette, il y a 4 ans, alors que trois cambrioleurs cagoulés avaient pris en otages le gérant et le concierge du Dooly’s des Promenades Beauport. À la pointe du fusil, ils leur avaient suffi de moins de 10 minutes pour vider sept coffres et distributrices d’argent pour les machines de loterie vidéo. Le vol perpétré vers 5h30 du matin, le 20 novembre 2012, avait permis de récolter la totalité des fonds disponibles sur place pour débuter la journée, soit près de 60 000$.

Au fil de l’enquête, un doute a été soulevé quant à la nécessaire participation d’un complice de l’intérieur pour expliquer l’efficacité du coup. Le soupçon a mené à porter des accusations contre le gérant de l’époque Erwin-Gilberto Medina. Les enquêteurs ont relevé plusieurs éléments circonstanciels qui confortent leurs prétentions. Dont, le fait qu’il n’a pas semblé paniqué lors des événements dramatiques, qu’il est le seul à qui on n’a pas couvert les yeux et qu’il a mis beaucoup de temps à appeler le 911.

Le procès a été tenu sur quatre jours au palais de justice de Québec, après de nombreux reports. Ceux-ci s’expliquent notamment par deux désistements d’avocat de la Défense en cours de procédures, suivis de la récusation du juge qui a déjà officié comme procureur de la Couronne dans un autre dossier concernant un des coaccusés. La cause de Medina a été si longue à aller de l’avant que les trois auteurs du vol ont eu le temps d’être condamnés et de purger leur peine. Deux d’entre eux ont d’ailleurs été appelés à la barre comme témoins principaux.

Faux complice

Dans ses plaidoiries en Défense, Me Sébastien St-Laurent s’est employé à discréditer la thèse de complicité contre Medina en lui opposant le témoignage de Jean Povolo. Selon celui qui se décrit comme l’organisateur du coup, sa certitude qu’il y avait un complice de l’intérieur au moment du braquage s’est estompée depuis. Il affirme n’avoir jamais rencontré le gérant dans la préparation de l’opération.

Povolo prétend plutôt que son ancien associé et témoin de la Couronne, Francisco Galvan, a inventé la complicité de Medina à qui devait être versé la moitié du butin. De cette façon, il a pu s’offrir une part de 40 000$, tandis que les deux autres complices obtenaient 10 000$ chacun. Cette certitude lui vient du constat du train de vie mené par Galvan, qui aurait notamment investi 30 000$ dans l’acquisition d’un restaurant.

De l’avis de Me St-Laurent, «si le gérant avait été de mèche, il n’aurait certainement pas perdu son temps à faire défoncer deux coffres vides, alors que le casse était chronométré pour 5 minutes». Dans le même ordre d’idée, «si les braqueurs avaient pu compter sur un complice de l’intérieur, ils n’auraient pas déployé autant de moyens pour faire de la surveillance des lieux», termine-t-il en soumettant que la solidit�� du témoignage de Jean Povolo soulève un doute qui devrait profiter à son client.

Preuve d’opportunité

De son côté, le procureur de la Couronne, Me Daniel Bélanger, estime que le témoin de la Défense n’est pas fiable. Il lui prête une mémoire sélective, des réponses évasives pour ne pas contredire ses aveux de l’époque aux enquêteurs et, surtout, d’importantes invraisemblances. La principale étant qu’un complice reparte avec les deux tiers du magot, sans qu’on ait rencontré ni vérifié l’implication du gérant.

«Prétendre que la planification se résumait à se présenter au Dooly’s par hasard dans l’espoir de tomber sur un employé qui entre travailler tôt le matin pour éviter de défoncer la porte ne tient pas la route. Pourtant, note-t-il, plusieurs éléments de preuve d’opportunité penchent vers la participation du gérant. Entre autres, le coup s’orchestre pendant que le patron est en voyage, Medina avait été avisé qu’il serait licencié dans les semaines à venir et a plaidé coupable en admettant la complicité de ce dernier.»

Pour Me Bélanger, pareil coup ayant vidé jusqu’à la dernière cent tous les coffres et distributrices d’argent en si peu de temps requiert indéniablement chorégraphie et connivence de l’intérieur. Il ajoute que sur la vidéo de surveillance, il est pour le moins préoccupant de constater que les cagoulards sortent vers 5h28, alors que Medina qui se libère rapidement de ses liens ne compose le 911 que 15 minutes plus tard vers 5h43. De plus, les enquêteurs ont observé que le gérant semblait particulièrement calme, tandis que le concierge avait eu la peur de sa vie au point d’uriner dans ses pantalons.

Medina déçu des médias

Libre durant les procédures, Erwin-Gilberto Medina a accepté de prendre la pose pour TC Media. «Tu veux ma photo, vas-y, prends-moi. Mais seul, pas avec ma famille qui a déjà assez souffert de toute cette histoire. Je ne veux pas que leurs visages soient identifiés à moi et que ça leur nuise», a-t-il proposé poliment.

Une fois son portrait tiré, l’homme de 42 ans a déploré le traitement reçu dans les médias depuis le début des longues procédures. «Quand les journalistes écrivent et titrent que le gérant était complice du vol au Dooly’s, avant la fin du procès, c’est comme me condamner à l’avance», a dénoncé l’homme en complet cravate en émettant le souhait que la couverture soit objective et équitable quel que soit le verdict du juge.

Québec Hebdo

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